OPINION

Égalité: Et si on déconfinait (enfin !) les femmes

Cré. Ph St Omer
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Egalité femme-homme, où en est-on en Belgique?  Doit-on encore parler d’égalité des genres dans un pays riche comme la Belgique ? Nombre de facteurs responsables des disparités ont faibli, sauf un. Il reste que les femmes doivent faire des enfants. Ce sont elles qui doivent s’occuper des enfants. Qu’elles soient médecins, avocates ou politiques, les attentes de la société restent les mêmes, elles sont censées s’occuper de l’essentiel du travail éducatif. 

Aux USA, au Royaume-Uni, ou même, dans les pays scandinaves progressistes, les études démontrent que seule une petite partie de la population pense qu’une femme peut travailler à plein temps tout en ayant de jeunes enfants.
Pour les hommes, c’est l’inverse. Pour 70% des Américains, les jeunes pères doivent travailler à temps plein.

En Belgique, le Gendre Equity Index (GEI de 2019), montre qu’une mère travaillant à plein temps comme son conjoint, passe neuf heures de plus que lui à s’occuper des enfants et de la maison. Au bout d’un an, cela représente trois mois de travail à plein temps en plus. C’est le cœur des inégalités salariales, et je me demande si cet écart ne s’est pas renforcé avec la crise Covid 19 ?

Quelle genre d’égalité quand on est parent?

Je pense souvent aux parcours de certaines de mes amies d’université (j’ai fait l’ICHEC – sciences économiques et commerciales) et à ceux de mes amis masculins. Ils sont exactement identiques. Ils ont le même dossier scolaire, la même expérience mais regardez quand ils atteignent la trentaine, l’âge d’avoir des enfants et qu’ils commencent à y songer…
S’ils ont des enfants, l’un d’eux devra rester à la maison de temps en temps. Vous pouvez faire garder vos enfants, mais un parent doit rester à la maison dans certaines situations (enfant malade, visite du docteur, vacances scolaires, mercredis après-midis).  L’homme va certainement obtenir une promotion. La femme, de son côté, aura abandonné certaines de ses obligations, refuser certains déplacements (réunions tardives, déplacements à l’étranger…). Et 8 ou 10 ans plus tard, généralement, lui, est “associé” ou “cadre”, ce qui lui permet de nombreuses opportunités. Mais elle, elle n’est devenue ni associée, ni cadre. Elle n’a souvent plus les mêmes revenus. Elle a un travail flexible ou à temps partiel, ce qui entraîne une divergence entre leurs deux potentiels de revenus, et par conséquence, plus tard aussi au niveau du montant de leurs pensions.

Les inégalités se posent entre une femme ayant des enfants et le reste du monde

C’est l’histoire racontée par les données, étude après étude, dans de nombreux pays. Une étude danoise démontre parfaitement l’effet d’une naissance sur les revenus. Si l’on compare les revenus de deux femmes, l’une avec des enfants, l’autre sans, on constate que l’écart salarial ne vient pas du fait d’être une femme, mais du fait d’être une mère 1.
Les inégalités se posent entre une femme ayant des enfants et le reste du monde. Les femmes n’ayant pas d’enfant gagnent 96% de chaque dollar, c’est la maternité qui est sanctionnée.

Pour certaines femmes, ce n’est pas un problème. Elles veulent passer plus de temps avec leurs enfants et elles acceptent de gagner moins d’argent. Certaines font des choix professionnels basés sur leur désir de fonder une famille et il n’y a rien de mal à cela. Présenter cela comme une sanction, c’est nier le fait qu’en premier lieu, c’est la femme qui fait ce choix. Et c’est probablement un choix fait en couple, avec l’accord du partenaire. Le souci après, ce sont l’écart de salaires et de pensions, avec un taux de 75% de divorce des couples mariés (en Belgique), sans compter ceux qui ne le sont pas …

Bosseuse ou maman, il faut choisir

En 1980, un journal donnait ce conseil sur la décoration du bureau au travail, qui semble toujours d’actualité. Une personne a écrit : « J’ai eu une grosse promotion, et je vais avoir mon propre bureau. Comment le décorer ? » La réponse a été : « Vos initiales ne disent pas si vous êtes un homme ou une femme, et la réponse dépend de votre sexe. Si vous êtes un homme avec une famille, recouvrez vos murs de photos de famille, on dira de vous que vous êtes un excellent soutien. Si vous êtes une femme avec des enfants, n’accrochez pas de photos de votre famille dans votre bureau, parce qu’on pensera que vous n’aurez pas la tête au travail. »

L’exemple rwandais: les femmes occupent 61% des sièges du Parlement

Les racines du problème sont ancrées dans notre vision de la famille, des mères et des pères. Cela complique le combat contre les inégalités. Mais ce n’est pas impossible. Deux pays, l’Islande et le Rwanda, ont presque mis un terme aux inégalités en seulement quelques décennies. En étudiant ces deux cas, nous tirons deux leçons sur ce qu’il faut pour créer une société où les femmes gagnent presque autant que les hommes.

Le Rwanda est l’un des pays les plus pauvres. Avant 1994, les femmes ne pouvaient pas parler en public. Les femmes mariées n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte bancaire sans autorisation du mari. En 1994, tout a changé. En seulement 3 mois, 800 000 personnes ont été assassinées. Après les combats, entre 60 et 70 % de la population du pays était féminine. Avec la pénurie d’hommes, les femmes ont dû se mettre au travail en masse, accepter des postes qu’elles ne connaissaient pas avant, comme travailler dans la police ou dans l’armée. Petit à petit, des femmes sont devenues maires ou gouverneures. En réalité, les femmes participaient au changement de tout le pays.

L’Islande et son congé de paternité obligatoire

Le nouveau gouvernement a adopté de nouvelles politiques visant à intégrer plus de femmes au pouvoir et stipule que 30% des représentants du gouvernement doivent être des femmes. Aujourd’hui, les femmes occupent 61% des sièges du parlement rwandais, le taux le plus haut du monde. Leur taux de participation à la population active est de 83,7%. Le Rwanda est l’un des seuls pays où les femmes ont autant de chances de travailler que les hommes.
La constitution a créé un observatoire des inégalités qui garantit que les programmes publics soient conformes aux objectifs d’égalité du pays. Ce changement culturel autour du sexe était un mécanisme de survie après le génocide. Le forum économique mondial place l’écart salarial à 86 centimes pour un dollar.
Est-ce un « hasard » si l’Afrique est le pays où les femmes sont les plus entrepreneures au monde ?

Et si on changeait la loi visant le congé de maternité/paternité?

L’Islande a promulgué l’égalité des congés de paternité et maternité en 2000. Cette égalité face à la naissance a fait toute la différence dans la culture masculine islandaise, une différence très positive. Les pères “nouvelle génération” veulent avoir le temps de s’occuper de leurs enfants. Ce qui est le cas en Belgique également selon plusieurs études du GEI.
Cela fait toute la différence, à la maison comme sur le marché du travail, parce qu’aujourd’hui en Belgique, lorsque vous engagez une femme, elle aura 3 mois de congé, contrairement à ses homologues masculins.

Si nous changions cette loi, les hommes et les femmes seraient égaux quant à la charge mentale et lors des entretiens d’embauche. Changer les choses à la racine, égaliser les congé de maternité/paternité aurait bien des conséquences positives : la fin de la discrimination à l’embauche, une égalité de la charge mentale dès la naissance de l’enfant, comme nous le montre les exemples du Rwanda, avec ses quotas, et celui de l’Islande.

Ma question à nos politiciens et politiciennes est la suivante :
Quand égaliserez-vous enfin les congés de maternité et paternité afin de changer la posture des femmes sur le marché du travail ? Seule une femme sur deux en âge de travailler, travaille, en Belgique.
Et qui dit femme au travail dit autonomie financière et affective !

Florence Blaimont
Citoyenne engagée, maman divorcée avec un enfant à temps plein
Cheffe de deux entreprises collaboratives, WoWo Community et Karma Flow

 

1 (Henrik Kleven, Camille Landais, Jakob Egholt Sogaard,Children and gender inequality evidence from Denmark, Priceton University, 2018.)

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