OPINION

Souvenez-vous de Peguy et de ses Cahiers de la Quinzaine

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Il nous revient que les jeunes ne connaissent plus le nom de Charles Péguy… Né en 1873, celui-ci fonda, en janvier 1900, une revue bimensuelle, les Cahiers de la Quinzaine, qui allaient être publiés jusqu’à sa mort, le 5 septembre 1914, d’une balle en pleine tête, au début de la Grande Guerre. Les Cahiers de la Quinzaine, ce seront la lutte pour la reconnaissance de l’innocence de Dreyfus, les attaques récurrentes contre Jaurès, accusé d’opportunisme politique, le socialisme révolutionnaire, progressivement remplacé, après la conversion de Péguy, par la défense du christianisme, à la fin ?  Le nationalisme antiallemand. Tous les articles de Péguy (certains ont plus de cent pages…) sont réunis dans trois volumes d’œuvres en prose, à la bibliothèque de la Pléiade.

On a parfois dit que, sans la mort d’Apollinaire en 1918, de la grippe espagnole, Cocteau ne serait pas devenu le poète vedette du deuxième tiers du vingtième siècle. De la même manière, sans le grand pamphlétaire que fut Péguy, Céline aurait-il connu l’inspiration, le style (une sorte de délire) qui firent son succès ? Sans certaines pages de Péguy sur la liberté « métaphysique » de l’être humain, Sartre nous paraîtrait- il si familier comme philosophe de l’existentialisme et de la liberté ?

Relisez Peguy, il est revigorant

Auteur d’une importante œuvre poétique, (Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, Le Porche du mystère de la deuxième vertu…), laquelle, lue il y a environ trente ans, nous a beaucoup émus, Péguy évolua, en littérature, vers le classicisme (il considérait, contrairement à l’opinion commune, Hugo comme un classique, romantique, par une simple stratégie « de communication »). Il fut l’ami de Maurice Barrès, pourtant antidreyfusard notoire (Jean-Luc Mélenchon a bien fréquenté Serge Dassault et Jean d’Ormesson, pas vraiment d’extrême-gauche) et, n’était sa mort prématurée, on peut penser qu’il eût été à l’Académie française, élu par les amis qu’il y comptait.

Comment ne pas évoquer, pour terminer, les dernières pages d’une œuvre posthume (Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne) « Tous les autres mondes ont été des mondes de quelque spiritualité. Le monde moderne seul, étant le monde de l’argent, est le monde d’une totale et absolue matérialité », (O.P.C., Pleiade, III, p. 1458)…

Aujourd’hui que les activités spirituelles, culturelles…ne sont pas jugées suffisamment essentielles à l’être humain pour être exercées librement, moyennant certes le respect de certaines conditions, mais, sous une apparence en trompe-l’œil, interdites dans les faits, aujourd’hui que, pendant les trois mois du premier « confinement », les librairies ont été fermées car jugées non essentielles, aujourd’hui que l’homme est réduit à ses fonctions sensitivo-motrices (donc matérielles) et que son « âme intellective », pour parler comme Aristote, est ignorée…?

Relisez ou lisez Péguy, il est revigorant.

 

Jacques MELON
Citoyen Lambda


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