EDITO

Paty : décapité à cause d’un mensonge ?

AFP
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Cinq mois après la mort de Samuel Paty, c’est la colère qui se mêle à la douleur pour les proches et les amis du professeur français tué le 16 octobre dernier à Conflans-Sainte-Honorine, par un jeune ressortissant russe d’origine tchétchène. Il avait clairement indiqué sur les réseaux sociaux avoir prémédité son geste, suite à la polémique déclenchée autour de l’école où enseignait le professeur d’histoire et géographie. Ce dernier avait montré à ses élèves des caricatures représentant le prophète Mahomet dans Charlie Hebdo. Une jeune avait alors laissé entendre que le professeur Paty l’avait fait sortir et qu’il s’en était pris à la religion musulmane. En colère, son père avait exprimé sa colère dans une vidéo sur les réseaux sociaux, reprise par un militant extrémiste Abdelhakim S. Celui-ci avait orchestrée une véritable campagne de haine contre le professeur d’histoire-géo.

La maturité d’une société démocratique se mesure aussi par la capacité des citoyens à accepter la critique

Aujourd’hui, on apprend que la jeune fille de 14 ans avait menti sur toute la ligne. Elle a confessé aux enquêteurs avoir inventé son histoire à son père, pour cacher qu’elle avait été exclue du cours pour absentéisme. Alors, Samuel Paty, dont la décapitation avait provoqué une vague de colère dans toute la France et dont l’onde de choc a ému des citoyens de par le monde (Belgique, Allemagne, USA, etc.), serait donc la victime collatérale d’un banal mensonge ? Non. Difficile d’accepter une telle analyse lapidaire. Car l’exécution du Prof Paty pose de nombreuses questions comme celle de la liberté d’expression et celle du pouvoir des plateformes numériques que sont Google, Facebook, Twitter, etc.

La liberté d’expression ne peut souffrir d’aucune limitation, sauf si elle est utilisée pour véhiculer des propos haineux et discriminatoires ou pour glorifier le terrorisme, l’antisémitisme, le racisme. Sans la liberté d’expression, nous risquons de vivre sous la tyrannie du silence et de la peur. Sans la liberté d’expression, on ferme la porte à toute critique. “Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur”, comme l’a écrit Beaumarchais. La maturité d’une société démocratique se mesure aussi par la capacité des citoyens à accepter la critique et le droit au blasphème. La liberté d’expression ne dépend pas seulement de la loi. Elle est aussi une question d’usage et de culture. Sans l’exercer, elle recule.

Quant à la puissance des plateformes numériques, elles ont atteint aujourd’hui un monopole et un pouvoir tels qu’elles nous imposent ce qu’on peut dire ou écrire sur leurs réseaux. Il est temps de mener une réflexion démocratique afin d’instaurer un cadre régulatoire qui garantisse la liberté d’expression et en fixe les contours de sa limitation éventuelle, sur base d’un consensus.

En attendant, on ne peut se satisfaire de l’explication voulant que le prof Paty ait été la victime uniquement d’un mensonge. Ni en France, ni sous d’autres cieux. La justice doit faire son travail et les responsables doivent être sanctionnés.


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