Turkish President Recep Tayyip Erdogan delivers a speech following an evaluation meeting at the Presidential Complex in Ankara on April 5, 2021. - Erdogan on April 5, 2021, accused dozens of retired admirals of eyeing a "political coup" by attacking his plans for a canal linking the Black Sea to the Mediterranean. Erdogan's fury was directed at a letter published by 104 former admirals over the weekend urging him to abide by the terms of the 1936 Montreux Convention. (Photo by Adem ALTAN / AFP)
Ça fait longtemps que le doute n’est plus de mise sur le respect qu’accorde le président turc Recep Tayyip Erdogan aux valeurs européennes. Mardi, plus qu’un pied de nez, c’est une grave humiliation qu’il a portée à l’Europe et aux Européens en traitant la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen avec mépris.
Un acte délibéré (…) de la part d’un macho nationaliste maniant la manipulation et l’irrespect avec l’intention d’humilier non seulement une femme, mais aussi les institutions européennes
En visite à Ankara pour parler des droits humains avec l’autocrate du Bosphore, celui-ci a foulé aux pieds toutes les valeurs européennes en traitant la présidente de la Commission comme un personnage de seconde zone : Ursula von der Leyen ne s’est pas vue proposer un siège pour s’asseoir alors que Charles Michel, le président du Conseil européen prenait place au côté du président turc sur de confortables fauteuils. Et quand elle a été invitée à s’asseoir, c’est dans un canapé, à l’écart, en face du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu. Les caméras de télévision ont capté ce moment plus qu’embarrassant pour les dirigeants européens. Que pouvait-on attendre d’un président pour qui la fin justifie les moyens, un mégalomane assumé ?
Les dirigeants européens ont commis une erreur en ne préparant pas minutieusement une rencontre aussi importante avec le leader turc qui bafoue notamment la liberté d’expression et a installé un régime islamo-nationaliste de persécution des voix discordantes dans son pays. Pour justifier ses arrestations arbitraires, tout opposant ou journaliste critique court le risque d’être accusé de terrorisme ou de complicité de terrorisme. Vu les diatribes que le sultan du Bosphore a déjà proféré à l’encontre de dirigeants européens, notamment les Allemands et Néerlandais, qu’il avait qualifiés de « nazis » en 2017 pour ne pas l’avoir laissé faire campagne sur leur territoire lors du référendum constitutionnel d’il y a 4 ans, on pouvait s’attendre à un sale coup de sa part. N’a-t-il pas usé de chantage migratoire en menaçant l’Europe de laisser passer les migrants s’il n’obtenait pas les milliards d’euros promis ?
Ce moment embarrassant du 6 avril est loin d’être un simple couac dans l’organisation du protocole, une simple coïncidence ou encore un faux pas. C’est un acte délibéré et préparé de la part d’un macho nationaliste maniant la manipulation et l’irrespect avec l’intention d’humilier non seulement une femme, mais aussi les institutions européennes.
Les dirigeants européens ont eu tort de croire les bonnes intentions de changement d’un président qui s’est employé à démanteler l’Etat de droit dans son pays depuis une dizaine d’années. On aurait dû deviner que son « plan d’action pour les droits humains » présenté le 2 mars lors d’une cérémonie rassemblant toutes les autorités du pays au palais présidentiel d’Ankara n’était qu’une opération de communication pour berner son peuple, mais aussi les Européens pour les attirer dans un piège. Ce piège s’est refermé sur eux mardi devant les caméras de télévision. En étant passif devant l’attitude de goujat de l’autocrate turc, le président du Conseil européen Charles Michel a non seulement manqué de tact, mais il a été le complice involontaire d’un piège qu’il ignorait probablement.
Espérons qu’aujourd’hui, ils savent à quoi s’en tenir avec le sultan du Bosphore. La Turquie, grand pays, aux portes de l’Europe est d’un intérêt stratégique et économique important. Elle doit rester un allié de l’Europe, mais il est temps d’arrêter de faire preuve de naïveté à l’égard de son président.
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