Politique

Compréhension et empathie


Attendues avec impatience par les citoyens et principalement beaucoup d’acteurs du secteur économique, de l’événementiel et de la culture, ainsi que par le milieu scolaire et sportif, les décisions du Comité de concertation (Codeco) qui s’est réuni ce mercredi 14 avril ont, soit déçu les espoirs des uns, soit laissé un sentiment mitigé chez les autres.

Les restaurateurs, obligés de fermer les établissements depuis des mois, en sont pour leurs frais. Ils sont pris à la gorge par les difficultés financières à cause du manque de recettes et de l’importance des frais fixes dont ils doivent s’acquitter. Ils réclament une ouverture au 1er mai, jour symbolique de la fête du travail. Mais les responsables politiques du pays, sous l’emprise de certains virologues, ne leur ont accordé qu’une maigre concession : une ouverture des terrasses le 8 mai.

Insuffisante comme solution, alors que les restaurants et cafés ont déjà fait les investissements et les aménagements  nécessaires pour lutter contre la propagation du virus. Cette ouverture des terrasses du 8 mai n’aura pratiquement aucune incidence sur la trésorerie asséchée par des mois de fermeture.

Le secteur Horeca enregistre des faillites ça et là et visiblement, cette lente agonie d’un secteur qui se meurt ne semble pas faire le poids face aux objectifs sanitaires qui ne font pas l’unanimité, même chez les différents experts. Beaucoup d’entre eux,  ces derniers jours ont proposé de changer de stratégie. C’est notamment l’appel lancé début de semaine dans Le Soir par trois éminents spécialistes. Nathan Clumeck, spécialiste des maladies infectieuses, l’épidémiologiste Marius Gilbert et l’infectiologue Leila Belkhir suggèrent une approche plus ciblée en instaurant un label « Covid safe » qui aurait permis de rouvrir rapidement certains secteurs. Mais leur cri d’alerte semble être resté lettre morte.

Une ouverture des écoles est annoncée après les congés de Pâques en hybride (mélange de présentiel et distanciel), soit le 19 avril, avec une évaluation à la clé, fin du mois, pour savoir s’il faut reprendre les cours à temps plein en présentiel dans l’enseignement secondaire.
Mais rien n’est dit sur l’opportunité d’inclure les enseignants dans la liste des personnes prioritaires devant bénéficier des vaccinations. Où est la cohérence ?

Des projets pilotes sont annoncés, dès le 26 avril, dans différents secteurs (culture, événementiel, sport, etc.). Les restaurants et les cafés font partie des secteurs, à l’instar d’autres comme le sport, la culture et l’événementiel qui seront totalement libérés début juin (avec certitude ?). L’étau est desserré pour les commerces qui pourront désormais accueillir les clients sans rendez-vous, mais avec un maximum de deux personnes, à partir du 26 avril. Par contre, les voyages non-essentiels sont autorisés dès le 19 avril. Les Belges pourront donc aller faire du shopping et se régaler dans des restaurants à l’étranger, sans pouvoir le faire librement chez eux tout en respectant les mesures de bases anti-Covid (distanciation physique, port du masque, gel antigène, etc.). Où est la logique  sanitaire dans ce choix d’autoriser les voyages à l’étranger pour aller faire ailleurs ce que l’on interdit chez nous ?

Certes, il faut prendre des mesures pour continuer à lutter contre le virus, d’autant plus que son éradication n’est pas pour demain et qu’on devra apprendre à vivre avec lui dans notre quotidien comme on le fait pour d’autres maladies.

Le Premier ministre lors de son intervention d’hier, au terme du Codeco, a indiqué qu’il était temps de changer de stratégies en optant pour une gestion du risque plutôt qu’une gestion du virus.

Les mesures annoncées hier ne sont manifestement pas en phase avec cette déclaration. En effet, le Codeco d’hier s’est contenté de reprendre les formules du passé, alors qu’elles ont démontré leur limite.

Il est plus que temps que l’empathie et la compréhension guident les décideurs politiques dans la prise des décisions. Certains élus semblent s’y résoudre au niveau local, mais sans concertation avec les autres niveaux de pouvoir pour adopter une stratégie commune. La démarche risque de déboucher sur un chaos et de créer des précédents.

La méfiance des citoyens à l’égard des politiques grandit de jour en jour et la gestion de la crise jusqu’à présent ne les incite pas à revoir leur position. Au contraire. Ce serait dommage que, en désespoir de cause, ils en viennent à donner leurs voix à des partis extrémistes lors des prochaines élections.


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