OPINION

Carton rouge pour le VAR : rendez-nous notre football

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Le VAR (Video Assitant Referee) ou la VAR (Assistance video à l’Arbitrage) selon que l’on se réfère à l’acronyme anglais qui n’a pas de genre ou à son équivalent français, est également utilisé lors de cet Euro de football… pour le meilleur, sans doute pas, mais pour le pire, peut-être bien.

Le système permet à une équipe d’arbitres assistants vidéo, basés en Suisse pour cet Euro, de revoir les décisions prises par l’arbitre principal qui est sur le terrain, à l’aide de séquences vidéo lorsque l’arbitre commet une erreur ou manque un événement important. Cet attirail a une incidence potentiellement capitale et, s’il fait fureur, c’est sans doute aussi lié au contexte actuel qui exige des preuves et qui ne légitimise qu’à coup de science et de chiffres. “L’arbitre principal, si bon soit-il, n’est pas à l’abri d’une erreur”, entend-on régulièrement dans les médias.

Le VAR ternit, efface et rend insignifiant

N’oublions pas que le VAR n’est qu’un système qui met à distance une scène de jeu et que les décisions, réputées exactes et sans faille, sont effectivement prises par une équipe humaine siégeant en Suisse, complètement coupée de la scène, puisque ce sont les arbitres assistants qui décident et non la machine qui n’est là que pour délivrer des images que seul l’homme peut interpréter. Le problème n’est donc que reporté, mis au loin et, d’une certaine manière obscurci.
En pratique, l’arbitre principal se fait toujours huer par le public mais le coupable est, quelque part, au loin, dilué dans un fatras ridicule de procédures, de temps perdu et de non jeu.

Il y a toujours eu de mauvais pénalties, des hors-jeux non sifflés et des buts marqués de la main… Mais n’est-ce pas justement tout cela qui nous fait frémir et qui rend le football aussi étourdissant en nous permettant de profiter pleinement d’une catharsis bien méritée ?

Sans la main de Dieu,  Maradona aurait-il connu la gloire ? N’avons-nous pas voué un culte à ce joueur, haut comme trois pommes, parce qu’il a justement et peut-être seulement mis ce fameux but ? Aurait-il déchainé notre passion ? Aurions-nous rêvé de son geste encore et encore, sans jamais même imaginer le reproduire en le sacralisant ? Ne nous voilons pas la face… avec le VAR, le but de Diego aurait été annulé, images à l’appui ; et ce geste, au lieu de devenir providentiel, n’aurait été qu’un simple fait de jeu… ni plus ni moins. Le VAR ternit, efface et rend insignifiant.

Pourquoi aimons-nous tant le football ? Parce qu’il n’est que fiction, qu’il possède ses propres règles et que surtout, aucune d’entre elles n’est valable dans la vie de tous les jours ! La règle du hors-jeu en est la parfaite illustration : le hors-jeu n’est pas une ligne tracée par l’équipe des arbitres assistants ; il répond à un esprit particulier, celui du football, et relève de la situation que seul l’arbitre, acteur indispensable au bon déroulement d’un match, peut évaluer, comprendre et apprécier.

Nos joueurs sont des dieux, leurs buts sont sublimes… lorsque Pippo Inzaghi marque de l’épaule, le peuple du football se lève : les uns pour déifier leur idole, les autres pour admettre que ce geste n’est pas coutumier de n’importe quel joueur ; au final, seul un être divin peut se permettre de marquer de l’épaule.

Toutes ces vies, ces histoires et ces êtres du football qui nous envoûtent sont sur le point de disparaître… sous le joug de la quête absurde d’une légitimité qui fait loi dans notre quotidien mais qui est si loin du football et de la vérité de son terrain. Le football nous permet d’échapper, le temps d’un match, aux règles de la vie de tous les jours; le VAR est une incursion du réel qui met le monde du sport et ses acteurs en danger.

Restituons le football à l’arbitre principal en lui laissant, à lui aussi, le droit de rendre notre football magique, de nous faire rêver, de se tromper et de participer ainsi à l’émergence d’un miracle…

Anne JOSEF

Doctorante à l’ULiège (Sémiotique du sport)

 


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