EDITO

Un petit pays au coeur gros… comme ça

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Tout le week-end, depuis le début de la décrue dans les zones sinistrées, ravagées, parfois presque effacées de la carte par les inondations exceptionnelles de la semaine dernière, la solidarité a battu le pavé. Partout, à vélo, à moto, à pied, seau et raclette à la main, les Belges de tous âges, de toutes origines, seul, en couple ou en famille, touchés, choqués, ont pris leur courage et leur cœur à leur cou pour apporter de l’aide aux milliers de familles impactées de près par la catastrophe naturelle qui a frappé le pays. Demain, le pays commencera à panser ses plaies en ce jour de deuil national décrété par Alexander De Croo. Une minute de silence est requise à midi en mémoire aux victimes. 

Emouvant fut cette solidarité, et elle l’est encore ; presque belle à voir et à vivre, si ce n’était pas si dramatique. Une trentaine de victimes, plus de 160 personnes disparues… tel est le bilan provisoire de ces inondations hors du commun. Les pires que le pays aient connus. Les secours et les déblayages se poursuivent. Les sirènes rythment encore nos journées comme c’est le cas depuis jeudi. Ces derniers jours ont été stigmatisants pour longtemps. Surtout pour les personnes qui ont tout perdu mais aussi pour celles et ceux qui ont compati, aidé, réconforté, recueilli les victimes directes de ces événements. Epuisés moralement et mentalement, les Belges ont retroussé leurs manches et y sont allés. Ils sont venus des quatre coins du pays, des trois régions, de toutes les communautés et confessions,  et aux côtés de l’aide internationale (merci aussi à elle !), ils aident et ont aidé les zones, quartiers, villages et localités inondées à se relever… en douceur, sous un soleil de plomb. Un comble.
Du jamais vu cela aussi ? Pas vraiment, on sait combien la solidarité est immédiate dans pareilles circonstances. Et les dons en vêtements, vivres et les aides financières spontanées ont été directement déposées auprès des organes en charge de les récolter afin d’aider au plus vite les familles. Les Belges sont formidables aussi dans la détresse.

Avec la réforme de la Protection civile, la population sera à l’avenir mal protégée

A l’heure où la réforme des zones de sécurité de la Protection civile est pointée du doigt par le monde politique, à l’heure où on regrette déjà le manque de moyen ad hoc aussi de l’armée en manque de barques disposant de moteurs plus puissants pour secourir plus rapidement et où les barrages servent également de boucs émissaires, le Fédéral retient son souffle. Parlons-en tiens de la réforme de la Protection civile voulue par Jan Jambon en 2017, rendue effective en 2019 entrainant la fermeture de 4 des 6 casernes de la Protection civile disséminés sur le territoire et la révision à la baisse de 30 % des effectifs des casernes. Une partie de leurs missions « offertes gracieusement » dans le même temps aux autorités locales. C’est entre autre le cas de la distribution des sacs de sable en cas d’inondations. Fin 2017, Alex Neuprez, délégué CGSP et membre de la protection civile, osait dire qu’il fallait prévenir  la population qu’elle serait à l’avenir, avec cette réforme, mal protégée… On dirait qu’on y est. Il faudra tirer des leçons, et éviter pour cela de passer par mille et une longues et lentes commissions parlementaires dont il ne sort, bien souvent, jamais rien ou si peu.

Oui, le Fédéral retient son souffle, il doit annoncer ce lundi la suite des mesures anti-Covid dans le cadre d’un énième Comité de Concertation. Oui, la crise sanitaire se poursuit; on l’avait presque oublié. Et même si certains centres de vaccination comme celui de Vaux-sous-Chèvremont (Liège) ont disparu sous les pluies diluviennes, les mesures sanitaires doivent se poursuivre.

Oui, le Fédéral retient son souffle en cet été perturbé, aussi face à l’ultimatum des « sans papiers » en grève de la faim à Bruxelles. Si l’un d’eux devait mourir, « les ministres et secrétaire d’Etat socialistes remettrait dans l’heure leur démission », affirmait ce matin, le Ministre Dermagne.

Pendant ce temps-là, à Cannes, une Palme d’or a été remise samedi soir à un film qui crée la polémique, mais ça c’est une histoire. Julia Ducournau, récompensée pour « Titane », est la deuxième réalisatrice couronnée de l’histoire du festival 28 ans après Jane Campion. « Titane » est une coproduction franco-belge à laquelle participe la société liégeoise Frakas Productions, soutenue par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Jean-Yves Roubin  y est l’un des producteurs principaux, contacté hier, il n’était pas peur fier. Ce n’est pas la première fois que Frakas remporte un Prix au Palais des Festivals, mais il s’agit d’une première Palme d’Or. Mais pendant ce temps-là, loin des fastes des marches rouges, Jean-Yves Roubin (ci-dessus aux côtés, entre autres, de Bouli Lanners), était à Chênée, les pieds dans la boue et la gadoue. « Ma place est ici », a-t-il confié.  Les Belges sont comme ça.

 

Photo: Bouli Lanners


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