OPINION

Le Pass sanitaire: une fraude langagière vers une dictature qui ne dit pas son nom

AFP
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14 juillet 2021 : à l’heure où j’écris ces lignes, la France – pays des Lumières et du très éclairé Voltaire avec son Traité sur la Tolérance, patrie des droits de l’Homme et de l’admirable Zola avec son J’Accuse – célèbre son historique Révolution. Soit : On ne dira jamais assez combien le monde libre et civilisé, la démocratie même, lui doit ! Et, pourtant, l’on est en droit de se demander, aujourd’hui, ce que cette même France a réellement conservé, en ces sombres jours de pandémie, de ce brillant héritage intellectuel, sinon moral.

Citoyens, vos papiers : la liberté conditionnée !

Car la question, à voir comment le Président de la République, Emmanuel Macron, se comporte, au mépris de toute considération des institutions démocratiques, pour diriger ses concitoyens, de manière unilatérale et sans jamais consulter le Parlement, peut légitimement se poser. Davantage : ce sont les airs grandiloquents d’un petit dictateur qui se sont donnés à voir, ce 12 juillet 2021, pour, via le très discriminatoire « pass sanitaire », dicter au Français, sans leur demander leur avis, l’impérieuse marche à suivre pour pouvoir vivre jusque dans les gestes les plus anodins du quotidien : faire ses courses dans un centre commercial, s’asseoir à une terrasse, aller au restaurant, cinéma, théâtre ou musée, assister à un événement culturel, s’adonner à un loisir, pratiquer un sport, voyager. Et pour aller aux toilettes dans un lieu public ? On imagine le garçon de café exiger au client ce sacro-saint laisser passer : « Citoyens, vos papiers ! » Quant à la sanction, aussi arbitraire que disproportionnée (de 9.000 à 45.000 euros d’amende et 1 an de prison !), qui devrait s’abattre sur ceux qui n’obéiraient pas à pareilles injonctions, absurdes et liberticides, elle s’avère aussi scandaleuse qu’inique. Et ces policiers qui, tout en n’étant pas obligés de se faire vacciner, auront cependant le droit, dieu sait par quel miracle sinon celui d’un Etat policier précisément, de verbaliser le commun des mortels s’il n’est pas en règle avec ce fameux pass : un type de répression abject tant dans son fond que dans sa forme, dans son principe même !

Davantage : la liberté conditionnée, même si le mot d’ « obligation », quant à la vaccination, n’est jamais prononcé puisque les autorités lui préfèrent, se dissimulant derrière une invraisemblable dose de veulerie tout autant que d’hypocrisie, celui, plus policé et moins contraignant en apparence, d’« incitation », laquelle ressemble à un ignoble chantage. Quelle lâcheté ! Quelle duperie, cette fraude langagière vers une dictature, fût-elle seulement sanitaire, qui ne dit pas son nom ! Le comble, dans son cynisme larvé, de la malhonnêteté intellectuelle, et a fortiori éthique ! Pis : comme le disait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter à la douleur du monde » !

Je ne reconnais plus la France

Bref : la France d’aujourd’hui, c’est le contrôle intégral, avec l’odieuse délation chez les plus zélés de ce flicage permanent, attentatoire à l’Etat de droit ! Ah, de triste mémoire, ce petit air, nauséabond, de Vichy, où, sous la férule d’un certain Maréchal, les collabos s’en donnaient, contre une poignée d’héroïques Résistants, à cœur joie ! Oui, consternés, les vrais humanistes se demandent, aujourd’hui : comment la France de Victor Hugo peut-elle tomber aussi bas, se révéler aussi vile et servile ? La question mérite, sous forme de débat critique et sans vouloir comparer l’incomparable, d’être posée.

Longtemps, la France fut le phare de l’Europe. Aujourd’hui, sous ce démagogique Macron, elle en est la honte ! Et cette France que j’ai tant aimée, admirée jusqu’à l’idéaliser – celle de la belle langue et de l’esprit clair, du style et de la raison, des Encyclopédistes et de Chateaubriand –, je ne la reconnais plus ! Quelle régression ! Reste à espérer que le Conseil Constitutionnel retoque pareille forfaiture, commise en dehors de l’authentique « Esprit des Lois » selon Montesquieula séparation entre les pouvoirs législatif, exécutif et judiciairesans lequel il n’est point de démocratie qui vaille !

Maître-chanteur et servitude volontaire

D’où, cette interrogation : comment comprendre qu’un peuple accepte aussi docilement d’être à ce point infantilisé et soumis, comme anesthésié dans sa conscience d’êtres libres, face à ces directives qui lui sont imposées sans discernement et de façon contradictoire ? C’est là, au faîte de cet étrange paradoxe, la question que se posait déjà cet esprit éminemment libre, courageux et cultivé, qu’était La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire. De fait, y déplorait-il, non sans indignation, étonnement et révolte à la fois : « Je ne voudrais (rien) sinon entendre comme il se peut faire que tant d’hommes (…) endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a puissance que celle qu’ils lui donnent ; qui n’a pouvoir de leur nuire, sinon qu’ils ont pouvoir de l’endurer ; qui ne saurait leur faire mal aucun, sinon lorsqu’ils aiment mieux le souffrir que lui contredire. Grand’chose certes (…) voir un million d’hommes servir misérablement, ayant le col sous le joug (…), le nom seul d’un (…). Mais quel malheur est celui-là ? (…). Voir un nombre infini de personnes non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés, (…) n’ayant ni leur vie même qui soit à eux ! »

Autrement dit : les dictatures ne sont fortes, par notre  faute, que de notre seule faiblesse lorsque nous abandonnons ce bien suprême, théoriquement souverain et fondateur de notre humanité même, qu’est notre liberté, individuelle ou collective, au simple pouvoir d’un maître : un maître chanteur de surcroît » !

Le serment d’Hippocrate devenu le serment d’hypocrite

D’où, tel un salutaire manifeste de résistance à cette ignoble dictature pseudo-sanitaire, cet appel – que je fais mien aussi – de mon ami feu Stéphane Hessel dans son ultime opus : Indignez-vous ! Il est grand temps, pour un nouvel humanisme et pour que notre glorieuse civilisation ne meure point, en désespoir de cause, sous les mortifères assauts de sa propre tentation totalitaire, de son manque de lucidité, voire de sagesse, sinon d’intelligence !

Ainsi, combien de temps encore accepterons-nous de ployer l’échine sous les insupportables diktats de ce qui apparaît  ici – les dystopies d’Huxley ou d’Orwell prenant les traits de la réalité – comme le pire des mondes : la barbarie à visage techno-scientifique ? L’antique, docte et vénérable « serment d’Hippocrate » devenu le moderne, fallacieux et méprisable « serment d’hypocrite » » !

Et, face à ces intolérables abus de pouvoir, devant ces insultes au bon sens, à quand le bienveillant mais vigilant et résolu réveil des consciences ? Car il est des moments stratégiques, dans l’histoire d’une nation, où il faut savoir désobéir – c’est même parfois là l’honneur d’un peuple – face à l’infamie.

Humanisme et conscience, au nom de la liberté !

Entendons-nous, afin que mon discours ne se voit point récupéré, ni stigmatisé : je parle ici en dehors de tout esprit partisan sur le plan idéologique ; il s’agit là d’un constat neutre et objectif, philosophique et moral, sans aucun calcul électoraliste ni arrière-pensée politique. De même, je ne nie pas ici l’ampleur ni la gravité de cette pandémie ; prétendre le contraire serait irresponsable et même criminel. Je ne suis pas, non plus, un « anti-vax » borné. Je récuse également tout « complotisme » comme  tout amalgame, aux infects relents révisionnistes, sinon antisémites, entre l’abomination absolue que fut la Shoah et ce « pass sanitaire ». Nuances, donc ! Ce que, en revanche, je conteste ici, c’est la manière – la méthode, impensable dans une démocratie qui se respecte –  dont Macron vient d’instaurer, d’un ton martial et même dictatorial, ce « pass sanitaire », donnant ainsi lieu, par son aspect monarchique, à une dangereuse dérive autoritaire. Et dans son sillage, par sa nature discriminatoire, à une rupture anthropologique plus encore qu’une fracture sociale !

Ainsi, la vaccination, oui, si librement consentie ! Mais pour de bonnes, et non mauvaises, raisons : par décision personnelle, choix rationnel, devoir citoyen, sens civique, responsabilité morale, guidé par la noblesse de sa conscience ; non pas par obligation policière, contrainte sociale, calcul individuel ou, pire que tout, peur de la répression ! D’où, en guise de conclusion : que tout ce que j’écris ici soit compris au seul, beau et inaliénable nom de la liberté !

                                                                  Daniel Salvatore SCHIFFER*

*Philosophe, auteur du livre « Le meilleur des mondes possibles » (Ed. Samsa), coécrit avec Robert Redeker et Elsa Godart (avec un entretien avec Luc Ferry).


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