OPINION

L’Afghanistan des Talibans : Silence, on tue, on torture et on massacre!

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25 septembre 2021, dans la ville d’Herat, berceau culturel de l’Afghanistan, non loin de la frontière iranienne : les Talibans, il y a donc quelques jours à peine, y ont longuement torturé, puis tué sauvagement, avant d’exhiber ensuite leur cadavre ensanglanté et mutilé, pendus à une grue, en place publique, quatre hommes sommairement accusés, sans le moindre procès ni la moindre preuve, d’avoir kidnappé, prétexte fallacieux, des adolescents.

Un sommet d’horreur

La vidéo de ces assassinats – film d’une hallucinante cruauté, dont la barbarie dépasse tout entendement normalement constitué – circule, par ailleurs, sur certains réseaux sociaux. C’est un de mes amis afghans les mieux informés et vivant encore, à ses risques et périls, en ce malheureux pays, qui, du reste, me l’a envoyée en me demandant, via un message crypté tant il craint les représailles, de montrer au monde ces inimaginables et pourtant très réelles atrocités dont sont encore capables, par-delà leurs discours de façade, destinés seulement à amadouer l’opinion internationale et autres instances politico-diplomatiques, ces tortionnaires d’un autre âge que sont les Talibans.

L’Islam n’est pas l’islamisme: la charia, dévoiement du coran

Car le peuple afghan, composé majoritairement de musulmans modérés et tolérants, est massacré aujourd’hui, victime de ce type de châtiment particulièrement abject, par des fanatiques ignorants, obscurantistes et fondamentalistes, qui, de cette grande et belle civilisation qu’est celle de l’islam, n’ont retenu, dans leur extrémisme religieux, que son dévoiement le plus radical, sinon caricatural : la pseudo loi coranique de la charia !
Pis, si cela s’avère, tant dans son énorme hypocrisie que dans sa méprisable lâcheté, possible : ces quatre hommes ainsi trucidés, exposés sans vergogne, en guise d’exemples en cas de désobéissance au nouvel ordre établi, à la vue d’une population horrifiée – elle qui a pourtant déjà vécu quelques-unes des pires guerres des XXe et XXIe siècles – ne seraient en aucun cas des criminels, même si cela ne justifierait de toute façon pas un aussi terrible sort, mais bien des combattants, voire de simples sympathisants, de l’héroïque Résistance afghane du Panjchir, celle-là même qui lutte aujourd’hui courageusement, pour la liberté de son peuple, aux côtés du jeune Ahmad Massoud, digne fils de feu Ahmad Chah Massoud, mieux connu, d’historique mémoire, sous le nom de Commandant Massoud !

La vidéo de la honte

Cette vidéo, je me suis donc efforcé par acquis de conscience, même si pareil spectacle s’avère insupportable, indigne de tout être humain et répugnant jusqu’à la nausée, de la regarder intégralement : devoir, moral et professionnel, oblige ! Car, quelle que soit l’inconcevable dureté de pareilles images, à faire parfois tressaillir jusqu’à la raison la plus expérimentée ou aguerrie, il est nécessaire et même urgent, surtout en d’aussi tragiques circonstances, de regarder la vérité en face : celle que la plupart des médias occidentaux, que ce soit par complaisance envers les divers pouvoirs en place ou par simple quoique compréhensive peur de heurter la sensibilité de nos concitoyens, tendent le plus souvent, hélas, de minimiser, sinon de cacher.

D’autres témoignages en provenance d’Afghanistan se multiplient par ailleurs et abondent quotidiennement, non moins épouvantables, preuves à l’appui, quant à ce type de barbarie : on y égorge à tours de bras, y coupe la main des prétendus voleurs, y tranche la langue des intellectuels, y proscrit la pensée critique, y interdit la musique, y abolit toute forme d’art, y réduit à néant la culture, y brise toute tentative d’émancipation, y viole en masse des filles à peine pubères, y châtie les collaborateurs avec les puissances étrangères du passé, y décapite en ce meurtre collectif, où le sang de ces nouveaux martyrs coule à flots, les hypothétiques mécréants.
Bref : les Talibans, ces assassins de l’âme, y tuent l’esprit comme ils y mutilent les corps ! Une amie afghane, parfaitement crédible et digne de confiance, d’ordinaire plutôt pudique et d’habitude hostile à tout voyeurisme aussi tapageur que malsain, m’a même confié ces dernières semaines, la gorge nouée et la voix tremblante, qu’un de ses proches, resté malheureusement invalide après avoir eu un accident vasculaire cérébral, s’était fait massacrer à coups de hache, devant des médecins terrorisés, pétrifiés devant tant de férocité, sur son misérable lit d’hôpital, quelque part – je tairai le lieu exact par discrétion tout autant que sécurité – entre les villes de Mazar-i-Sharif (au nord) et Kaboul (au centre). Monstrueux !

Crimes contre l’humanité: l’assourdissant silence de l’occident

Ainsi, comment, décemment, se taire sans avoir honte, sans éprouver ni remords ni culpabilité, devant pareils crimes, de plus en plus abominables, indescriptibles, au fur et à mesure que, le temps passant et les projecteurs des médias se faisant de plus en plus rares en Afghanistan, ces Talibans, terroristes impénitents, s’installent ainsi de plus en plus fermement, sans plus de témoins oculaires pour rapporter leur ignominie, au pouvoir ? Autant de crimes contre l’humanité, plus encore que de guerre, perpétrés désormais, sous cette immense chape de plomb, sans fuite ni issue, en toute impunité. Et le monde, qui sait pourtant, se tait !
Oui, pendant que les femmes afghanes sont désormais dissimulées sous ces prisons ambulantes que sont les burkas, qu’un peuple entier meurt littéralement de faim et que des enfants n’ont même plus le droit de s’instruire à l’école, le monde, de Paris, où l’on préfère pérorer à longueur de journée sur l’insipide Eric Zemmour, à Washington, où l’inénarrable Joe Biden s’évertue encore à justifier l’injustifiable en ayant ainsi livré des millions d’innocents aux sanguinaires mains de tortionnaires tels que les Talibans, se tait… comme il se tut autrefois déjà, à l’époque de l’immonde peste brune, lorsque les Juifs, abandonnés à la nuit de l’indifférence et dans le brouillard des larmes, mouraient, dans un silence assourdissant, sous l’impitoyable férule de ces autres bourreaux que furent les Nazis !

Si c’est un homme: un génocide à venir et le jugement de l’histoire

Alors, face à ce nouveau scandale de notre pseudo-modernité, en cette nouvelle histoire de l’inhumanité, il me vient l’irrésistible mais légitime envie de crier, comme jadis un certain Primo Levi dans l’enfer d’Auschwitz : si c’est un homme ! Car, oui, l’Afghanistan est devenu aujourd’hui, même si la Shoah demeure certes un crime aussi unique qu’inique dans les annales de l’(in)humanité, un vaste camp de concentration, sinon encore d’extermination, avec, si nous n’y prenons garde en ces temps troublés, un possible, innommable, génocide à venir !
En serons-nous, par notre silence, par notre lâcheté ou par notre aveuglement, par notre feinte mais néanmoins confortable insouciance, les complices indirects, apparemment sourds et muets devant, pourtant, tant de souffrance ? Ce serait en tout cas là, si nous ne venons pas plus concrètement en aide à ce malheureux peuple afghan, désormais abandonné de toutes parts, sacrifié sur l’autel de gigantesques intérêts géostratégiques, un délit d’envergure au sein de nos sociétés supposées démocratiques : celui de « non assistance à personnes en danger ».
Qu’on se le dise : nous aurons un jour – un jour non si lointain, si nous ne sommes pas plus vigilants quant à la claudicante marche du monde – à en répondre, honnêtement mais d’autant plus dramatiquement, face à l’implacable, douloureux mais lucide, jugement de l’Histoire !

Du cimetière des empires au tribunal de nos consciences: un cri d’alarme

L’Afghanistan, pays réputé indomptable malgré la rivalité de ses diverses composantes tribales, peut bien être certes considéré, d’ancestrale mémoire, comme le fatal cimetière des empires, là même où les successives invasions mongole, britannique, soviétique et américaine se sont lamentablement fracassées dans leur volonté de le diriger, à défaut de le dominer véritablement ; il sera surtout un jour, si nous laissons ainsi sans rien dire le crime s’accomplir jusqu’à son ignoble conclusion, le sévère tribunal de nos consciences, en plus de devenir l’effroyable mais surtout condamnable terreau du terrorisme planétaire. A méditer, avant qu’il ne soit trop tard, ce cri d’alarme !

Daniel Salvatore SCHIFFER*

 

*Philosophe, auteur, notamment, de « Requiem pour l’Europe – Zagreb, Belgrade, Sarajevo » (Ed. L’Âge d’Homme »), « La Philosophie d’Emmanuel Levinas – Métaphysique, esthétique, éthique » (Presses Universitaires de France), « Lord Byron » (Gallimard-Folio Biographies), « Le Testament du Kosovo – Journal de guerre » (Editions du Rocher), « Traité de la mort sublime – L’art de mourir, de Socrate à David Bowie » (Alma Editeur), « Divin Vinci – Léonard de Vinci, l’Ange incarné », « Gratia Mundi – Raphaël, la Grâce de l’Art » et « La constellation Dante – Le chant du Sublime » (publiés aux Editions Erick Bonnier), « L’Ivresse artiste – Double portrait : Baudelaire-Flaubert » et « Le meilleur des mondes possibles » (publiés chez Samsa Editions et coécrit avec Robert Redeker, Elsa Godart et Luc Ferry).

 


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