IRAK

Handicap International lance un plaidoyer contre le bombardement des zones peuplées

Ahmed Jaafar Ibrahim et sa famille devant la maison détruite de leur cousin dans le village de Bachir (Kirkouk). | © Shwan Nawzad / HI
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L’ONG Handicap International publie un premier rapport sur le coût et les conséquences de la guerre en Irak. Dans son analyse « Reconstruction impossible : impact de la contamination liée aux engins explosifs sur les populations touchées en Irak », elle dresse un tableau édifiant de la vie quotidienne des populations en prenant l’exemple du gouvernorat très peuplé de Ninive. D’après Handicap International, le déminage des villes bombardées coûte six fois plus cher que celui d’une zone rurale.

Handicap International part en guerre contre les conflits et les bombardements massifs qui endeuillent les villes et les populations. L’Organisation Non Gouvernementale (ONG) a publié mercredi un rapport sur la situation en Irak, cinq ans après la fin de la guerre avec un constat accablant. Il est intitulé « Reconstruction impossible : impact de la contamination liée aux engins explosifs sur les populations touchées en Irak ». « Cinq ans après la fin de la guerre en Irak, les communautés sont toujours fracturées, tout comme les bâtiments, les routes et les ponts qui les entourent », résument-ils. Ils soulignent que de nombreux Irakiens « ont trop peur pour laisser leurs enfants aller à l’école à pied » et d’autres « sont contraints de travailler dans des endroits pollués par des explosifs, poussés par le besoin d’obtenir un revenu ».

Pour illustrer son combat, Handicap International a choisi de mettre en avant le quotidien des habitants du gouvernorat de Ninive où se trouvent les villes de Mossoul, Sinjar et Tall Afar. « Le rapport est un plaidoyer contre le bombardement des zones peuplées. On essaie de faire comprendre aux militaires qu’en bombardant massivement les villes peuplées, ils peuvent certes tuer l’ennemi, mais ils causent aussi des dégâts considérables à la population civile », nous a confié Erwin Telemans, directeur général de Handicap International Belgique.

Le déminage en zone urbaine coûte six fois plus cher

L’ONG rappelle que l’Irak est l’un des pays les plus contaminés par les restes explosifs : plus de 3.200 km² des terres sont contaminées, soit deux fois la superficie de Londres ! « Cette contamination est un danger pour la population : les mines ou les restes explosifs ont fait quelque 700 victimes entre 2018 et 2020. Un nombre stupéfiant de 8,5 millions d’Irakiens vit dans des zones affectées par cet héritage mortel des conflits successifs », précise Handicap International qui rappelle que le déminage des villes bombardées coûte six fois plus cher que celui d’une zone rurale. « Le travail est souvent effectué avec des machines et des équipements lourds. Il y a un risque constant pour les démineurs et le voisinage que des explosions contrôlées provoquent l’effondrement de bâtiments. Dans les villes, ce travail essentiel prend huit fois plus de temps que dans les zones rurales. Le financement de telles opérations constitue un sérieux obstacle. L’Irak a besoin de 170 à 180 millions de dollars par an, dont 50 millions pour Mossoul, afin d’éliminer les engins explosifs », explique Alma Taslidzan Al-Osta, responsable « plaidoyer désarmement et protection des civils chez Handicap International ».

Près de 700.000 personnes sont toujours déplacées dans les camps et la vie de milliers de blessés est encore suspendue à des soins adaptés à leurs besoins. | © E. Fourt/HI

La cohésion sociale en rade

Les démineurs parlent de contamination tridimensionnelle, car celle-ci est dissimulée dans les gravats. Le déminage exige une formation de haut niveau en matière d’explosifs et de munitions et, d’après Handicap International, peu de démineurs en disposent en Irak. Même les combinaisons bleues de protection classique des démineurs peuvent être inutiles face à cette contamination. « Nous trouvions plus d’objets à mesure que nous creusions. Cela rend le déminage difficile, car il ne s’agit pas seulement de contamination à la surface, mais de celle qui se trouve enfouie profondément dans le sol », témoigne un démineur à Mossoul interrogé pour le rapport.

La contamination liée aux engins explosifs est un handicap pour la cohésion sociale dans le pays et à Ninive, la guérison s’avère compliquée. Par ailleurs, une personne déplacée sur 12 affirme que la présence d’engins explosifs est un obstacle à son retour chez elle. L’Irak comptait 678.512 déplacés en 2020. « Lorsqu’un chef de famille est blessé dans un accident, il peut avoir le sentiment de ne plus pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, ce qui a un impact négatif sur son bien-être psychologique », note Marc Van der Mullen, directeur de Handicap International en Irak. « Si un membre de la famille souffre d’un handicap après un accident, il peut être considéré comme un fardeau, d’autant plus que l’accès aux services de santé reste limité et coûteux ».

Un démineur de HI plaçant avec précision le canon à eau qui sera utilisé pour détruire l’engin explosif improvisé. | © Jules Tusseau/HI

Des milliards de dégâts matériels

Il y a également les dégâts d’infrastructures, ce qui nécessite des montants importants pour la reconstruction. En effet, les bombardements ont non seulement décimé la population civile (entre 2014 et 2017), mais ils ont aussi détruit des écoles, des champs, des routes, des maisons, des stations d’épuration et contaminé ces lieux avec des engins explosifs. Le rapport compile des données sur l’impact des conflits, extraites notamment de rapports régionaux. Les dommages dans le secteur de l’électricité s’élèvent à 7 milliards de dollars ; à 2,8 milliards de dollars pour les routes, aéroports, ponts et voies ferrées… Dans la seule ville de Mossoul, 9 hôpitaux sur 13 ont été endommagés, ainsi que 169 écoles.

Ph. Law.


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