Royaume-Uni

Une démocratie en berne après l’attaque au couteau du député conservateur, David Amess

D.R.
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C’est à l’intérieur d’une église méthodiste dans l’Essex, au cœur d’un quartier commerçant apparemment sans histoires, entre un golf municipal et de calmes boulevards arborés, que le député conservateur Sir David Amess, 69 ans, a été assassiné. La police a déclaré qu’un homme de 25 ans avait été arrêté. Il avait poignardé à plusieurs reprises Sir David Amess dans une église méthodiste à Leigh-on-Sea. Une arme a été retrouvée sur les lieux du crime.

Le meurtre du parlementaire était une attaque terroriste, a déclaré la police. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson a parlé de son choc et de sa tristesse face à la perte de « l’une des personnes les plus gentilles » de la politique.

La vulnérabilité des parlementaires

Sir David Amess n’est pas le premier député qui est mort en allant à la rencontre de ses élus. Souvenez-vous en juin 2016, la députée europhile Jo Cox a été assassinée en pleine rue, une semaine avant le référendum sur le Brexit par un sympathisant néonazi. Elle a été la cible d’une arme à feu et au couteau par un homme, à l’extérieur de la bibliothèque, où elle tenait une permanence.

Le meurtre de Sir David Amess, vétéran de la Chambre des communes, élu sans discontinuer depuis 1983 dans l’Essex (est de Londres), provoque une très vive émotion au Royaume-Uni, où le Parlement reste le socle de la démocratie.

Il ne faut pas oublier l’assistant social du député libéral, Andy Pennington, qui a lui aussi été mortellement blessé.

Réactions politiques et de la population

Sir Peter Bottomley, député de la circonscription de Worthing West depuis 1997, doyen de la Chambre des communes depuis décembre 2019, a déclaré que « la mort de Sir David Amess est un grand chagrin. En sortant de la Chambre des communes vendredi après-midi, après avoir appris la terrible nouvelle du meurtre de mon ami, je suis passé devant le mémorial du PC Keith Palmer (le policier tué pendant l’attentat de Westminster Bridge en mars 2017). Du côté travailliste de la Chambre des communes se trouve un mémorial à Jo Cox, mortellement attaquée lors du référendum. Il existe des monuments commémoratifs similaires aux députés conservateurs tués par l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise) pendant les troubles. Il ne faut pas oublier l’assistant social du député libéral, Andy Pennington, qui a lui aussi été mortellement blessé. J’ai connu chacun d’eux personnellement ».

Pour lui, « chaque décès est un chagrin incommensurable. Je m’attends à ce que des centaines de députés continuent d’avoir des séances de conseils aux électeurs ce week-end, le week-end prochain et à l’avenir. Le mien le fera certainement. Cela ne devrait pas arriver, mais c’est arrivé. Les gens doivent être vigilants et diligents. La question se pose : si les députés sont mieux protégés, notre réponse serait que nous arrivions au milieu du pacte. Les plus vulnérables sont les travailleurs de la santé mentale, le clergé, la police, le personnel des services de santé, les commerçants et les travailleurs des transports publics. Ils s’attendent à continuer à servir le public, et nous aussi, en tant que députés. Alors que nous continuons à faire notre devoir, nous devrons peut-être être prudents ».

Un précédent avec la mort de Jo Cox

La soeur de Jo Cox, la députée Travailliste Kim Leadbeater, a été sélectionnée comme candidate du Parti travailliste à l’élection partielle de Batley et Spen. Sa sœur aînée a été députée de la circonscription de mai 2015 jusqu’à son assassinat en juin 2016. Dans une interview Leadbeater a dit: « J’ai été totalement choquée par ce qui s’est passé. Qu’une autre famille doive encore vivre cela est horrible. Les principales personnes auxquelles je pense sont la famille de David et ses amis ainsi que la communauté qu’il a représentée pendant si longtemps. La vie de beaucoup de gens aura été changée à jamais aujourd’hui. Ils y penseront tous les jours pour le reste de leur vie. Il est vraiment important que nous ayons de bonnes personnes dans la vie publique, mais c’est le risque que nous prenons tous. Tant de députés aujourd’hui seront effrayés par cela. Cela me semble très brut et je sais, d’après les messages que j’ai reçus de personnes de tous les horizons politiques, que pour eux aussi, c’est vraiment brut. Mais les principales personnes qui me préoccupent sont la famille et les amis de David. Je connais les montagnes russes sur lesquelles ils seront désormais ». Son compagnon lui a demandé de démissionner après le décès de David Amess.

Nous ne voulons pas nous cacher ou ne pas affronter nos électeurs.

C’est après le meurtre de Jo Cox que David Amess avait insisté sur l’importance de « continuer à aller à la rencontre des électeurs ». Il avait lui-même « l’habitude de tenir ses permanences dans différents endroits afin de rencontrer les gens », a déclaré le conseiller municipal de West Leigh.

La tradition britannique a toujours été que les députés se rendent régulièrement disponibles pour aller à la rencontre des électeurs.

Un livre sur la menace envers les politiciens

Dans un livre paru en 2020, Sir David Amess a écrit sur la politique à Westminster. Il a expliqué comment les attaques et les menaces croissantes contre les politiciens et leurs familles avaient « plutôt gâché la grande tradition britannique des gens rencontrant ouvertement leurs politiciens élus ».

Il a écrit : « La tradition britannique a toujours été que les députés se rendent régulièrement disponibles pour aller à la rencontre des électeurs ».

« Cela pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous »

Tels étaient les propres mots de Sir David Amess, décrivant le danger auquel les députés peuvent être confrontés, et la conscience qu’ils portent tous, que leur travail peut – dans des circonstances rares et terribles – les mettre en danger. Dans ses journaux publiés d’une longue vie de député, Sir David a écrit sur les risques rampants : vérifier les serrures, prendre soin de ne pas rencontrer des gens seuls, être attentif à ce qui pourrait mal se passer.

L’insécurité des députés et de leurs collaborateurs

Le Parlement britannique siège de nouveau à partir de ce lundi 18 octobre 2021. Il y aura sans doute un après-midi consacré à la mémoire de ce député conservateur. Il y aura beaucoup de questions posées notamment quand les parlementaires voudront aller à la rencontre de leurs électeurs.

Mais, de plus en plus, le travail des élus s’accompagne d’abus, d’intimidations et de risques pour les députés et leur personnel. Ce drame relance aussi le débat sur la violence contre les responsables politiques et la vulnérabilité des députés

Alexander SEALE (à Londres)


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