EDITO

Marche blanche: nos enfants sont-ils plus en sécurité 25 ans après ?

AFP
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Il y a 25 ans, le 20 octobre 1996, une marrée blanche défila dans les rues de Bruxelles pour réclamer des changements dans la foulée de ce qu’on connaît aujourd’hui comme étant « l’affaire Dutroux ». Il s’agit de Marc Dutroux, aujourd’hui condamné à la perpétuité en 2004 pour des faits d’enlèvements, de viols et de meurtres sur des fillettes et des adolescentes. Julie Lejeune et Mélissa Russo, âgées de 9 ans lors de l’enlèvement le 24 juin 1995 sont les victimes les plus connues du criminel Dutroux. Leurs corps seront découverts le 17 août 1996 dans la maison de leur ravisseur à Sars-la-Buissière.

Il y aura d’autres victimes : An Marchal et Eefje Lambrecks, âgées respectivement de 17 ans et 19 ans (enlevées le 23 août 1995 dans la région Ostende, leurs corps seront retrouvés le 3 septembre 1996 sous le hangar du jardin d’un complice de Dutroux à Marcinelle). Les victimes survivantes de Dutroux sont Sabine Dardenne (12 ans) et Laëtitia Delhez (14 ans) enlevées respectivement le 28 mai 1996 à Tournai et le 9 août 1996 à Bertrix. Elles ont été libérées le 15 août 1996 par les enquêteurs.

Ces drames ont ébranlé la Belgique toute entière et fait vaciller nos institutions.

Il y a 25 ans, dénonçant les dysfonctionnements de l’enquête et les erreurs commises, une marée humaine de plus de 350.000 participants marcha sur Bruxelles. La manifestation était aussi organisée en soutien aux parents de Julie, Mélissa, An, Eefje et de toutes les victimes d’enlèvements, de maltraitances et de viols. Ce jour-là, il y avait une communion parfaite entre les marcheurs et la population, une détermination à obtenir des changements. Ce fut un moment de grande émotion. Ces drames ont ébranlé la Belgique toute entière et fait vaciller nos institutions. Dans la foulée, une commission d’enquête parlementaire fut installée quelques jours plus tard. Elle constata les lacunes de notre système répressif, les erreurs de l’enquête et émit des recommandations. La marche blanche déboucha aussi sur la création en 1998 du center européen Child Focus pour enfants disparus ou sexuellement exploités. Elle a aussi permis de remettre les victimes et leurs proches au centre des préoccupations.

Les prédateurs se sont adaptés à l’évolution du monde et aux habitudes de nos enfants. Ce n’est plus avec des camionnettes blanches, vertes, etc. qu’ils traquent nos enfants, mais sur les réseaux sociaux.

Vingt-cinq ans après la marche blanche, nos enfants sont-ils plus en sécurité qu’avant ? Les institutions s’occupant des enlèvements, des viols d’enfants fonctionnent-elles mieux ? On voudrait pouvoir le croire. Mais lorsqu’on entend les principaux acteurs dans la traque incessante des prédateurs sexuels, on en doute sérieusement. Le monde judiciaire, la police, les associations, etc. réclament, dans toutes les langues, des moyens tant financiers qu’humains que matériels. Mais ces appels demeurent vains ou peu entendus. Or, le danger rode et a changé de modus operandi. C’est notamment sur le Net qu’il dresse ses filets pour attraper ses victimes. Les prédateurs se sont adaptés à l’évolution du monde et aux habitudes de nos enfants. Ce n’est plus avec des camionnettes blanches, vertes, etc. qu’ils traquent nos enfants, mais sur les réseaux sociaux. A défaut d’investir massivement dans la justice et la police, la sécurité de nos enfants restera fragile.


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