ROYAUME-UNI

Face à la liste des scandales qui s’allonge, des voix réclament la démission de Boris Johnson

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson poussé vers la sortie. AFP

La pression monte sur le Premier ministre britannique à mesure que la presse égrène les comportements choquants du locataire du 10 Downing Street. Outre les fêtes organisées à sa résidence, alors que la population se voit imposer des mesures de confinement avec notamment le nombre de personnes à recevoir chez soi, il apparaît que Boris Johnson et ses collaborateurs violaient allègrement les consignes et faisaient preuve de manque d’empathie. D’après The Telegraph, pendant que la reine-mère enterrait son mari, des collaborateurs de Boris Johnson faisaient la fête dans sa résidence de fonction en son absence. L’opposition et des membres du parti du Premier ministre demandent publiquement son départ.

La Reine toute vêtue de noire, la tête baissée assise seule dans la chapelle du château St Georges de Windsor assiste aux funérailles de son mari 99 ans, conformément aux règles de distanciation sociale. C’est l’un des symboles marquants du confinement au Royaume-Uni.

Mais le 16 avril 2021, deux fêtes étaient organisées à Downing Street jusqu’au petit matin, a rapporté, pour la première fois, The Telegraph. Le journal indique que le personnel est allé dans un magasin voisin avec une valise, pour la remplir de bouteilles de vin et les ramener à Downing Street.

Des excuses qui peinent à convaincre

C’est pourquoi Downing Street a présenté ses excuses auprès de la Reine Elizabeth II. Le journal conservateur rapporte qu’une trentaine de personnes buvaient de l’alcool et dansaient jusqu’au petit matin. Lors d’un rassemblement au sous-sol pour l’un des photographes personnels du Premier ministre, des sources ont affirmé qu’il y avait une « atmosphère de fête », avec un ordinateur portable placé sur une photocopieuse avec « la musique qui éclate ».

La fête de départ se serait ensuite jointe à une autre pour l’ancien directeur des communications du Premier ministre, James Slack, dans le jardin du n° 10 Downing Street et s’est poursuivie après minuit. Une personne est même « montée sur la balançoire de Wilfried (le fils de Boris Johnson) et l’a cassée ». Slack s’est depuis excusé pour la « colère et la douleur » qu’il a causées.

À l’époque, le Premier ministre britannique était absent de Downing Street. Mais ces révélations viennent allonger une liste interminable de fêtes organisées durant les périodes de confinement. Comme cette fête organisée le 17 décembre 2020 par Kate Josephs, qui était chargé des restrictions Covid, lors d’un pot de départ, une nouvelle information révélée par The Telegraph. À ce moment-là Londres était en Tier 3 c’est-à-dire avec l’interdiction de rencontrer des amis à l’intérieur comme à l’extérieur.

Une fête qui vient s’ajouter à celles de la période de Noël 2020. Ces nouvelles révélations envasent encore plus le dirigeant conservateur, qui, cas contact Covid, n’est plus apparu en public depuis son mea culpa au Parlement.

Quelles étaient les règles du Covid en avril 2021?

Le 16 avril 2021, lorsque le personnel de Downing Street a été accusé d’avoir organisé deux fêtes de départ, l’Angleterre était soumise à des restrictions Step 2. Les Britanniques étaient interdits de socialiser avec d’autres foyers à l’intérieur. Et les rassemblements intérieurs de plus de six personnes à l’extérieur étaient illégaux, sauf au travail dans la limite du raisonnable.

 

Des amendes fixes pouvant aller jusqu’à £10,000 étaient imposées aux personnes organisant des rassemblements illégaux de plus de 30 personnes. À cette époque, le pays était en période de deuil national, à la suite du décès du duc d’Édimbourg. Et le gouvernement britannique avait déconseillé à la population de « se déplacer au palais royal et de déposer des fleurs à Windsor ». La Reine avait montré l’exemple en suivant les règles du Covid à la lettre.

La colère de la population et des députés

Ce nouveau scandale de Downing Street passe très mal, car des gens ne pouvaient pas aller voir leurs proches, les embrasser, se rendre aux enterrements ou même s’asseoir sur un banc.

Ces réceptions déchaînent la colère des proches de victimes du Covid-19. Et l’association Bereaved Families for Justice y voit un mépris envers les Britanniques. C’est pour cela que l’opposition appelle à la démission de Boris Johnson. Et ce jeudi 13 janvier, le Conservateur, Andrew Bridgen, un fidèle de Boris Johnson, a annoncé publiquement qu’il a envoyé une lettre de défiance envers le Premier ministre et demande sa démission.

Si 53 autres des députés conservateurs la demandent auprès du Comité 1922, Boris Johnson aura, à ce moment, vraiment du souci à se faire. En 2019 Theresa May en a fait les frais. Ainsi une course pour le leadership pourrait avoir lieu avant les élections locales. Elles se déroulent dans quatre mois, mais elles s’avèrent un pari risqué pour les Tories. Aujourd’hui les Britanniques attendent avec impatience l’enquête de Sue Gray qui déterminera le sort du Premier ministre.

Alexander SEALE (à Londres)