2021205, BELGIQUE : Selon une estimation de la police, ils sont 8.000 à fouler le bitume depuis la gare du Nord (les organisateurs avancent, eux, le chiffre de 70.000). Les pancartes, manif oblige, sont créatives : Alexander De Croo et Frank Vandenbroucke avec une moustache d’Hitler, Frank Vandenbroucke en nazi. Certains dénoncent un virus inventé, d’autres appellent au respect de la Constitution, tous sont fatigués de l’ère Covid. - According to a police estimate, there are 8,000 to tread the bitumen from the Gare du Nord (the organizers put forward the figure of 70,000). The signs, demonstration obliges, are creative: Alexander De Croo and Frank Vandenbroucke with a mustache of Hitler, Frank Vandenbroucke as a Nazi. Some denounce an invented virus, others call for respect for the Constitution, all are tired of the Covid. Photo DL / bePress Photo Agency/bppa
Démarré au Canada, le mouvement du « Convoi des libertés » a gagné la France et s’apprête à toucher la Belgique avec Bruxelles comme lieu de ralliement. Et on peut désormais parler de convois au pluriel puisque le mouvement est désormais alimenté par des partisans qui viennent de plusieurs pays européens (Allemagne, France, Autriche, Pays-Bas, etc.). Devant l’avancée des « convoyeurs », les villes se barricadent, redoutant la violence de certains membres du « convoi » et avec à la clé des dégradations et des pillages.
La réponse des autorités devant les « Convois des Libertés » est critiquable à plusieurs égards. Certes, la manifestation, qui a eu un succès relatif à Paris, peut être infiltrée par des éléments qui n’auront pas d’autres objectifs que d’en découdre avec les forces de l’ordre et de semer la pagaille ainsi que le chaos dans les rues de la capitale européenne. Mais n’y a-t-il pas d’autres mesures à prendre pour canaliser les participants au « convoi des Libertés » à travers des itinéraires bien précis avec un encadrement adéquat pour éviter tout débordement ? Ne peut-on pas engager un dialogue avec les organisateurs en leur imposant des mesures à respecter ?
Interdire purement et simplement la manifestation revient quelque part à nier qu’il existe dans les sociétés aujourd’hui des frustrations ainsi que des situations de détresse et de désespoir.
Interdire purement et simplement la manifestation revient quelque part à nier qu’il existe aujourd’hui dans les sociétés des frustrations ainsi que des situations de détresse et de désespoir qu’il faut laisser s’exprimer pour éviter que ces citoyens n’aillent nourrir les rangs des extrémistes de tous genres, spécialistes de la récupération. Certes, les « convois des Libertés » sont constitués majoritairement d’opposants aux vaccins et aux mesures sanitaires, mais il y a également des citoyens confrontés à des conditions de vie précaires. On fêtera bientôt le triste anniversaire des deux ans de crise avec les milliers de morts, les mesures anti-Covid-19 dont certaines portent atteinte à la liberté des citoyens ou sont incohérentes et paradoxales. La dernière en date en Belgique est le vote jeudi, tard dans la nuit, de la loi confirmant la situation d’urgence épidémique pour une durée de trois mois supplémentaires, alors que la situation sanitaire s’améliore.
Ce sont ces situations, diverses, mais stressantes pour celles et ceux qui les vivent, qui se retrouvent aussi dans les convois des Libertés.
Mais il y a aussi des familles qui vivent aujourd’hui largement moins bien qu’avant. Des citoyens ont perdu leur travail, la classe moyenne est en train de disparaître. Les prix de l’énergie flambent, plongeant de nombreuses familles dans le désarroi, certaines entreprises sont acculées. Les prix des carburants à la pompe ne cessent d’augmenter forçant des acteurs (transporteurs routiers, exploitants de taxis, etc.) à se poser des questions sur leur avenir. Ce sont ces situations, diverses, mais stressantes pour celles et ceux qui les vivent, qui se retrouvent aussi dans les convois des Libertés. Ce n’est pas un mouvement basé sur des convictions politiques communes. Il rassemble des citoyens sur différents thèmes précis et réels. Les responsables politiques feraient mieux de ne pas balayer ces revendications d’un revers de main au risque de renforcer la mobilisation et la défiance vis-à-vis du politique. Il faut écouter ces doléances et y apporter des solutions.
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