Société

#MeToopolitique : Ursula Von der Leyen à l’épreuve de la lutte contre le sexisme en politique


Sofagate 2.0. Moins d’un an après le premier Sofagate, la présidente de la Commission Européenne subi un nouvel incident sexiste lors du sommet UE-Afrique qui s’est tenu à Bruxelles. Attitudes dénigrantes, remarques sexistes, le mouvement #MeToopolitique met en lumière une évidence : le monde politique entretient un climat toxique envers des femmes démocratiquement élues. Dans une récente note d’orientation, l’ONU rappelle pourtant que « cette violence politique a des effets durables et néfastes sur les personnes concernées et sur la société en général. Elle nuit aux processus politiques et électoraux, ainsi qu’à la crédibilité et à la légitimité des institutions. C’est une violation des droits politiques des femmes et une exacerbation de l’inégalité de genre ». Alors que la parole se libère sur les réseaux sociaux, l’institution onusienne recommande aux Etats de punir.

Le 6 avril 2021, le Sofagate faisait couler beaucoup d’encre. En visite en Turquie, la présidente de la Commission européenne avait dû s’asseoir sur un sofa, à l’écart d’Erdogan et de Charles Michel, qui s’était placé directement dans l’unique siège fourni par le président turc pour la rencontre.
L’histoire se répète. Ce jeudi 17 février dernier, le ministre ougandais des Affaires étrangères, Jeje Odongo, a complètement ignoré la présidente de la Commission européenne lors d’une séance photo. Il est passé devant Ursula Von der Leyen sans la saluer et s’est directement dirigé vers Charles Michel et Emmanuel Macron. Du sexisme politique ? Cela y ressemble fortement…

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Une violation perçue comme « un risque du métier »

De la « petite blague » sexiste à l’agression sexuelle, le milieu politique, comme tous les autres, n’échappe pas au sexisme et aux violences qu’il engendre. « L’expérience, la menace ou la crainte de la violence à l’égard des femmes en politique dissuade de nombreuses femmes de poursuivre leur carrière politique, leurs campagnes électorales et leurs activités connexes, ainsi que d’autres formes de militantisme public. La violence à l’égard des femmes en politique est tout simplement une violation des droits humains et des droits politiques des femmes », affirme l’ONU, section leadership et gouvernance ONU Femmes, dans une note d’orientation publiée en juillet 2021. « Cette violence à l’égard des femmes en politique peut être perçue comme un risque du métier ».

Dans une rare étude mondiale réalisée en 2016 (Link vers : https://www.ipu.org/fr/ressources/publications/bulletins-thematiques/2016-10/sexisme-harcelement-et-violence-lencontre-des-femmes-parlementaires), plus de 80% des femmes parlementaires interrogées déclarent avoir subi des violences psychologiques, une sur trois des violences économiques, une sur quatre des violences physiques et une sur cinq des violences sexuelles dans le cadre de leur travail parlementaire.

Dans une autre étude réalisée en 2018 « Sexisme, harcèlement et violence à l’égard des femmes dans les parlements d’Europe », commandée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, plus de 40 % des femmes parlementaires et femmes membres du personnel parlementaire en Europe déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail, un fait qui a conduit beaucoup d’entre elles à envisager de quitter la politique.
Le rapport est basé sur des entretiens réalisés en face à face avec 123 femmes de 45 pays européens, dont 81 femmes parlementaires et 42 femmes membres du personnel parlementaire, représentant toutes les classes d’âge.

#MeToopolitique : la parole se libère

Depuis la tribune, publiée le 15 novembre dernier, dans le quotidien français Le Monde par 285 femmes appelant à écarter « les agresseurs sexuels du monde politique », la parole se libère sur les réseaux sociaux et les témoignages affluent. « Nous, femmes travaillant dans le milieu politique, élues, collaboratrices, fonctionnaires, responsables associatives, militantes qui côtoyons régulièrement les hommes politiques, mais avant tout citoyennes, appelons le monde politique à une réponse d’ampleur aux violences sexuelles et sexistes commises par nos représentants ».

L’ONU recommande aux Etats de prévenir et de punir les actes de violence à l’égard des femmes en politique et d’enquêter sur ceux-ci, quel qu’en soit l’auteur.

 Un #MeToo qui prend toute son ampleur sur les réseaux sociaux à cinq mois de l’élection présidentielle française.
« En avril 2022, nous choisirons le ou la présidente de la République. Trois candidats ou potentiellement candidats à l’Elysée sont déjà cités dans de nombreux témoignages d’agressions sexuelles. Cela ne les empêche pas, loin de là, de considérer qu’ils sont dignes d’occuper la magistrature suprême. C’est dire à quel point la condition des femmes et des victimes leur est indifférente. En juin 2022, nous élirons les membres de l’Assemblée nationale.
Aujourd’hui, parmi les 577 députés, certains sont des auteurs de violences sexistes et sexuelles. Une fois de plus et à la veille d’élections cruciales pour notre pays, nous exhortons les appareils politiques à écouter les victimes et à faire œuvre de prévention. Combien d’élections faudra-t-il avant que les formations politiques prennent leurs responsabilités pour garantir une ambiance de travail sereine au sein du gouvernement et du Parlement, un fonctionnement apaisé de la démocratie et la protection des personnes victimes de violences ? ».

 Punir pour faire preuve d’exemplarité

« La violence à l’égard des femmes en politique est une violation généralisée et inquiétante des droits humains. Elle est à la fois une manifestation de l’inégalité de genre et l’exacerbe. Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 engage et guide le monde pour atteindre l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes. Le fait d’avoir plus de femmes à des postes de décision mène à des solutions plus inclusives qui profitent à tous », précise encore l’ONU dans sa note d’orientation.
« Par conséquent, tout acte ou toute menace de violence fondée sur le genre qui empêche les femmes d’exercer leur droit égal de participer aux affaires publiques, de voter et d’être élues, de se réunir ou d’accéder à des services, entraîne des effets préjudiciables : cela entrave le fonctionnement des institutions publiques, affaiblit les résultats des politiques, et bloque et sape la paix et le développement ».

 Afin de faire preuve d’exemplarité, l’ONU recommande aux Etats de prévenir et de punir les actes de violence à l’égard des femmes en politique et d’enquêter sur ceux-ci, quel qu’en soit l’auteur. Que ce soit au niveau local, régional, national ou international, il est temps que le monde politique assume ses responsabilités en écartant de ses rangs les élus qui alimentent un climat sexiste.


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