La semaine dernière, un groupe de travail bruxellois présentait ses recommandations quant à la future décolonisation de l’espace public de la capitale. L’objectif de ce rapport étant d’alimenter la réflexion sur les symboles de la colonisation dans l’espace public bruxellois. Le député MR Gaëtan Van Goidsenhoven, historien de formation, a commenté ce rapport en le considérant comme « un saccage en règle de plusieurs monuments historiques et de vandalisme déguisé », notamment concernant le devenir préconisé par le groupe de travail, de la statue équestre de Léopold II, située place du Trône. Le groupe de travail préconise en effet de fondre purement et simplement la statue en vue d’en réaliser un mémorial aux victimes de la colonisation belge au Congo (République démocratique du Congo).
L’historien s’indignait aussi du sort qui pourrait être réservé à d’autres monuments, comme dans le parc du Cinquantenaire où il question de créer selon lui « un dépotoir qui rassemblerait les monuments rejetés, ce qui montre bien que la liquidation du passé fait partie de l’objectif poursuivi ». Il semblerait donc qu’il ne soit plus question de « recontextualisation », mais plutôt de reconstruire un futur collectif qui conviendrait aux descendants des personnes autrefois colonisées. Ainsi, dans sa grande majorité, le groupe de travail propose surtout une relecture de cette période de notre histoire dont nous avons bien du mal à nous détacher. Doit-on pour y parvenir en passer par la Cancel culture, cette culture de l’effacement ou de l’annulation pour ne pas oser emprunter l’odieux terme de culture du « remplacement » qui entend mettre au ban de la société et, dans le cas qui nous occupe, de l’histoire, des individus responsables d’actes, reconnus de tous, comme inadmissibles.
En juin 2020, lors du 60ème anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC), le roi Philippe adressait enfin une lettre au président, Félix Tshisekedi dans laquelle il demandait pardon, pour la première fois dans l’histoire au nom de son pays pour les « actes de violence et de cruauté » commis pendant la période coloniale. Le Roi y exprimait « ses plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore présentes dans nos sociétés. » Une reconnaissance des faits et un pardon (tardif) très attendu par la population congolaise et belge. Un geste symbolique qui demeure pourtant apparemment insuffisant.
Dans la foulée du mouvement américain, Black Lives Matter, une nouvelle pétition visait à retirer les statues de Léopold II de l’espace public et toutes traces de cette période sombre ainsi que le lien entre ce passé et le racisme persistant aujourd’hui. A l’instar du rapport 2019 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), sur « la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie », le rapport du groupe de travail bruxellois met en évidence la prégnance de biais racistes issus de la période coloniale qui s’ancrent dans les références à un racisme d’exploitation, perdurant dans une société qui condamne ouvertement le racisme.
Depuis, les visites décoloniales gagnent du terrain à Bruxelles. On y apporte, en parcourant l’espace public, les détails invisibles et primordiaux à la bonne compréhension de cette période et largement bâclés dans les cours d’histoire de notre enseignement; la période coloniale n’y est abordée, il est vrai et hélas, que par le bon vouloir ou l’insistance de certains enseignants. Et quand elle est présente, la colonisation belge ne représente pas un bien gros chapitre.
Dès lors, les controverses persistent sur la visibilité dans l’espace public de cette page de notre histoire; même la rénovation du musée royal de l’Afrique à Tervuren, en 2018, ne changea pas la donne. Pourtant, elle tend à revoir la copie et témoigner d’un autre visage de la colonisation. Celle-ci d’ailleurs, si elle ne fut pas toute blanche, ne fut pas toute noire non plus, faut-il le rappeler. Nombreux sont les Belges qui s’en sont allés porter leur savoir-faire avec bienveillance et courage aussi avant d’être chassé d’un pays qu’ils considéraient aussi un peu comme le leur pour lui avant tant donné. De nombreux Belges y sont nés.
Bien sûr, il faut enseigner toute l’histoire et non une partie. Bien sûr, on peut changer des noms de rues ou de boulevards, réorganiser l’espace culturel et historique public, créer des mémoriaux aux victimes des colonisations (Congo, Rwanda et Burundi), valoriser les peuples autrefois colonisés, mettre en exergue les bienfaits de leur présence aujourd’hui chez nous. Et le faire serait une bonne chose.
Bien sûr, il faut témoigner des aspects sombres de cette époque, mais sans non plus négliger de la replacer dans son contexte européen, mondiale et ce, sans pour autant la justifier non plus. On ne reconstruit pas l’histoire. On ne peut déconstruire l’histoire non plus. On l’explique, on la condamne et on tend à ne pas la répéter. On ne peut condamner à vie un Roi pour ses erreurs. Léopold II pour les Belges, ce n’est pas que l’histoire du Congo…où il n’a jamais mis les pieds. La Belgique a demandé pardon, nombreux sont les Congolais à ne pas retenir que les sombres actes du passage des Belges sur leur terre. Mais ce qu’ils y ont apporté de bien aussi. Même s’il n’en reste hélas plus grand-chose.
Bien sûr, la Belgique ne sombrera pas en déboulonnant une statue pour la remplacer par une autre.
Mais peut-être peut-on donner une autre valeur à une sculpture iconique ? Peut-être peut-on réagencer l’espace du Cinquantenaire en le recontextualisant à la lumière de l’histoire, celle pour laquelle il fut créé d’abord, et y apporter des éclairages afin de l’observer comme le témoin d’une époque non pas nostalgique, mais qui participa à faire de notre pays ce qu’il est aujourd’hui.
Pourquoi ne pas agrémenter l’espace du Cinquantenaire d’œuvres d’arts africaines contemporaines, des mémoriaux aux victimes afin de rappeler que tout ne fut pas grandiose et qu’il en reste aujourd’hui quelque chose de positif, un respect et une amitié.
La colonisation a, tout de même, donné lieu avec le temps à une amitié et une solidarité qui renaît sans cesse de ses cendres. Cela aussi fait partie de notre histoire commune qu’il serait bon de chérir plutôt que de déconstruire. Et pour cela, on doit pouvoir compter sur l’école. C’est là que tout commence, c’est là que ces choses-là doivent s’apprendre, s’expliquer pour en effet, ne jamais oublier. C’est à elle que revient aussi ce devoir de mémoire essentiel à la construction d’une société où le vivre ensemble prévaut sur l’ostracisme, le racisme et la rancoeur.
Quant aux regrets et aux pardons, ils doivent être entendus.
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