Politique

Zelensky à Poutine qui a décidé de l’indépendance du Donbass: « Les Ukrainiens n’ont peur de rien, ni de personne »


En choisissant ce lundi soir de reconnaître l’indépendance des séparatistes pro-russes du Donbass, Vladimir Poutine choisit l’escalade sur le front de l’est européen. Dans la foulée, il signait des « accords d’amitié et d’entraide » avec les régions séparatistes de Donetsk et de Lougansk, fixant ainsi les obligations des parties afin d’assurer une assistance mutuelle si l’une d’elles était la cible d’une attaque. Ces accords « éclair» doivent être ratifiés ce mardi 22 février devant la Douma. Emmanuel Macron, qui subit ici un fameux camouflet, a immédiatement condamné cette décision et réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, présidée en ce mois de février par… la Russie. Dans une allocution, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé ne pas avoir peur mais entend compter sur un soutien clair et efficace de ses amis occidentaux, ceux-là même qui ont défilé, un par un, depuis 15 jours à Kiev. L’Union européenne a, quant à elle, rappeler qu’elle prendrait des sanctions. Ce dont, on peut aisément l’imaginer, Vladimir Poutine, qui mène le jeu depuis le début de cette crise, se fout éperdument.

Le président ukrainien a ses alliés occidentaux : Il est très important de voir maintenant qui est notre vrai ami

C’est sur le coup de 22h, hier soir que le président russe Vladimir Poutine a annoncé dans une allocution télévisée qu’il signait des « accords d’amitié et d’entraide » avec les séparatistes prorusses des régions séparatistes de Donetsk et de Lougansk, à l’est de l’Ukraine, reconnaissant leur indépendance.  Ces accords prévoient «une assistance mutuelle» entre la Russie et les séparatistes si «l’une des parties est la cible d’une attaque».  Selon les textes publiés sur un site de la Douma, chambre basse du parlement russe, les accords d’entraide signés entre la Russie et les deux entités séparatistes pour une durée de dix ans, prévoient que les parties assureront leur défense, partageront des bases militaires et protégeront leurs frontières en commun. Ces « Accords » créent « le fondement juridique pour la présence» sur ces territoires d’unités militaires russes nécessaires au maintien de la paix dans la région afin d’assurer une sécurité durable des parties», selon une note explicative accompagnant ces textes.

Rebondissement… attendu

« Je juge nécessaire de prendre cette décision qui était mûre depuis longtemps: immédiatement reconnaître l’indépendance de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk», a déclaré Vladimir Poutine dans une allocution télévisée, peu avant 22h. Demandant dans la foulée au Parlement russe d’approuver cette décision puis de ratifier les accords d’amitié et d’entraide avec les deux républiques. Il a intimé à l’Ukraine de « cesser les opérations militaires ». Le président russe a décrit l’Ukraine comme un État créé par la Russie sous le règne du dirigeant communiste Lénine. «L’Ukraine », a poursuivi Poutine, « n’a jamais eu de véritable État, mais a plutôt copié des modèles pour créer un État-nation».

Ce qui se passe ce soir est très grave, mais nous n’avons aucun mal à imaginer qu’il puisse se passer pire encore.

« Vladimir Poutine est dans « une sorte de dérive idéologique» et a tenu lundi un discours mêlant des considérations «rigides et paranoïaques», a estimé hier soir l’Elysée en réaction à la décision du président russe de reconnaître l’indépendance des territoires séparatistes ukrainiens. « Vladimir Poutine a  fait un choix très clair de rompre ses engagements  et n’a pas respecté la parole donnée»,  à Emmanuel Macron, a affirmé la présidence française, en n’excluant pas de nouveaux «faits militaires» russes. Ajoutant encore «ce qui se passe ce soir est très grave mais nous n’avons aucun mal à imaginer qu’il puisse se passer pire encore. Il faut faire tout ce qui est nécessaire, y compris sur le plan des sanctions, pour éviter une aggravation».

L’Ukraine, les yeux tournés vers les Occidentaux

Et alors que Poutine ordonnait à l’armée russe de maintenir la paix dans les territoires séparatistes ukrainien, faut-il le rappeler, le président ukrainien Volodymyr Zelensky dénonçait ce mardi  une violation de la «la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine» après la reconnaissance l’indépendance des deux «républiques» séparatistes du Donbass par Moscou, dont il affirme ne pas «avoir peur»,  ajoutant que « les Ukrainiens étaient sur leurs terres, et n’avaient peur de rien ni de personne et ne céderaient pas « une seule parcelle du pays».
Le président ukrainien a ajouté attendre des alliés occidentaux un soutien «clair» et «efficace» à son pays face à la Russie. «Il est très important de voir maintenant qui est notre vrai ami», a-t-il ajouté.

AFP

Ce 16 février 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky écoutant des explications lors d’un exercice militaire à l’extérieur de la ville de Rivne, dans le nord de l’Ukraine.

Les Etats-Unis menacent de riposte et le Royaume-Uni promet un paquet de sanctions

Du côté de Washington, la Maison Blanche a annoncé poursuivre ses efforts diplomatiques «tant que les chars russes ne seront pas en mouvement», a indiqué un haut responsable à la presse, refusant de dire explicitement quelles manœuvres militaires pourraient être qualifiées d’invasion. Les Etats-Unis ont promis hier soir une réponse «ferme» et «rapide» à la reconnaissance par Moscou de l’indépendance de régions séparatistes ukrainienne, dévoilant de premières sanctions contre ces territoires et menaçant d’une riposte plus ferme en cas d’escalade.
En guise de riposte, Joe Biden a publié un décret qui interdit tout nouvel investissement, échange ou financement par des Américains à destination, en provenance ou dans les régions prorusses de Donetsk et Lougansk. Biden a informé son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky de ces mesures, réaffirmant «l’engagement des Etats-Unis» au respect de «l’intégrité territoriale de l’Ukraine».

Les deux territoires séparatistes du Donbass (Donetsk et Lougansk) entretiennent déjà des relations extrêmement limitées avec les Etats-Unis. Mais ces sanctions annoncent une nouvelle phase dans ce qui pourrait bientôt devenir la confrontation la plus dangereuse entre l’Occident et Moscou depuis l’effondrement de l’URSS en 1991. D’«autres mesures» seront par ailleurs dévoilées mardi a indiqué un haut responsable américain sous couvert d’anonymat.

Chez nous, Sophie Wilmès, ministre des Affaires étrangères a commenté que « Cette reconnaissance par Moscou est une violation du droit international et des accords de Minsk et met à mal les initiatives diplomatiques engagées ». Sophie Wilmès participait hier en journée à une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27, où la menace russe sur l’Ukraine était au centre des discussions. La possibilité d’une reconnaissance russe de l’indépendance des territoires séparatistes  y engendrait justement des inquiétudes.

Pendant ce temps-là, de l’autre côté de la Manche, Boris Johnson  a annoncé qu’il déciderait ce mardi d’un paquet de sanctions « importantes» contre Moscou, selon ses dires,  en présidant une réunion de crise concernant la situation en Ukraine. Pour rappel,  le 13 février, l’ambassadeur russe en Suède Viktor Tatarintsev confiait lors d’un entretien télévisé «  Nous n’en avons rien à foutre de toutes leurs sanctions ». Selon le diplomate, les sanctions ayant  un effet positif sur l’économie et l’agriculture russes. (LPOST13/02/2022).

Des milliers de violations de la trêve recensée depuis vendredi

Peu  avant minuit, plus de 3.000 violations de la trêve avaient enregistrées dans l’est de l’Ukraine en 48 heures selon les observateurs de l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Soit 2.158 violations recensées dans la région de Donetsk et 1.073 dans celle de Lougansk, tenues en partie par les séparatistes prorusses en guerre contre Kiev. Il s’agirait principalement d’explosions autour de la ligne de front, selon ce bulletin de l’OSCE, qui a également des observateurs postés aux points de passage permettant d’entrer et de sortir de ces deux régions. «Il est d’une importance cruciale que la décision d’aujourd’hui ne mène pas à une nouvelle action militaire et à un bain de sang», a réagi par voie de communiqué le représentant spécial de l’OSCE en Ukraine.

Réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU réclamée… à la Russie

Dans la foulée de la prise de pouvoir de la Russie sur l’avenir indépendantiste de Donetsk et de Lougansk, les membres occidentaux du Conseil de sécurité de l’ONU, la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Irlande et l’Albanie réclamaient une réunion d’urgence ce lundi soir. Tous auraient agis suite à une lettre de l’Ukraine adressée à  l’ONU. Il revient cependant à la présidence tournante du Conseil, assurée en février par la Russie, de programmer formellement la réunion. Qui sait si elle y donnera suite. Rien n’est moins certain.

 

 


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