« Entrepreneur » se décline-t-il au féminin ? Actuellement, les chiffres permettent d’en douter : 22,8 % seulement des entrepreneurs indépendants sont des femmes. Elles ne représentent que 14 % des dirigeants des sociétés de plus de dix salariés. Si la fièvre entrepreneuriale semble être une tendance durable, pour Latifa Aït Baala (MR), vice-présidente des Femmes MR et MR International et vice-présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique (CFFB), les politiques publiques et le plan de relance post-Covid doivent aussi tenir compte de la dimension du genre. La députée au Parlement bruxellois a déposé une proposition de résolution relative à la mise en place d’une campagne destinée au renforcement et à la promotion de l’entrepreneuriat des femmes afin d’encourager les Bruxelloises à entreprendre.
En 2021, 664 512 PME actives en Belgique étaient dirigées par des hommes contre 229 830 par des femmes, ce qui représente respectivement 65,9% et 22,8% des PME de notre pays. Les femmes ne représentent que 14% des dirigeants de PME de plus de 10 salariés. Moins d’un entrepreneur sur trois est une femme et cette représentation est relativement homogène dans les trois régions du pays, avec des taux respectifs de 31% d’entrepreneuses en Flandre et en Wallonie, et 28 % en Région de Bruxelles-Capitale.
Les femmes accusent aujourd’hui un taux de refus de crédit, 30% supérieur à celui des hommes
Seules, 8% des start-ups innovantes à fort potentiel sont dirigées par une femme au sein de la Région de Bruxelles-Capitale. « Et même si depuis 2016, le gouvernement fédéral a pris des mesures concrètes visant à stimuler l’entrepreneuriat féminin, de manière générale, l’entrepreneuriat des femmes reste sujet à de nombreuses difficultés. Parmi les obstacles les plus souvent avancés se trouvent la peur du risque et de l’échec, l’émergence du monde numérique, l’absence de moyens financiers, de modèles représentatifs, de réseautage, ainsi que les difficultés à concilier vie privée et vie professionnelle », nous explique Latifa Aït Baala, Vice-présidente Femmes MR et MR International et Vice-Présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique (CFFB).
« L’entrepreneuriat suppose une prise de risque dont le cap n’est pas aisé à franchir, surtout pour les femmes dont on connait les indicateurs socio-économiques. Le rapport au risque est aussi une question de culture, d’éducation et de formation. Il ressort d’une étude, réalisée il y a deux ans auprès d’un échantillon de femmes âgées de 20 à 55 ans et sélectionnées en fonction de leur âge, de leur diplôme et de leur langue, que seulement 29 % d’entre elles aimeraient entreprendre mais que 9 % seulement osent franchir le pas », poursuit Latifa Aït Baala.
Dans son accord de majorité, le gouvernement bruxellois indique que les femmes doivent être soutenues face à la quatrième révolution industrielle, correspondant à la numérisation et à la digitalisation. « Et pourtant, début avril 2020, une dizaine d’associations bruxelloises de terrain ont signé une lettre ouverte sur la fracture numérique liée à la crise du Covid-19 et ses effets délétères spécifiques sur les femmes. Le bouleversement digital a sans conteste aussi un impact sur les femmes dans leur volonté d’entreprendre », précise la députée.
Au manque de confiance et à la fracture numérique, s’ajoute l’obstacle financier. Les freins culturels n’y sont pas étrangers, les banques prêtant moins facilement aux femmes. « En effet, les femmes accusent aujourd’hui un taux de refus de crédit, 30% supérieur à celui des hommes. Les conditions socio-économiques, comme le travail à temps partiel ou le chômage, ne permettent pas non plus à nombre de femmes d’offrir les garanties nécessaires requises par le monde de la finance pour obtenir un crédit », nous précise Latifa Aït Baala.
La charge mentale impacte aussi les femmes dans le secteur entrepreneurial. « L’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes démontre dans une étude qu’en moyenne, un jour de semaine classique, les hommes de 18 ans et plus consacrent 1 heure et 23 minutes de plus que les femmes à effectuer un travail rémunéré, mais ils ont néanmoins 44 minutes de temps libre en plus qu’elles. Les femmes consacrent 1 heure et 20 minutes de plus aux tâches ménagères, et 15 minutes de plus aux enfants. Le week-end, la différence entre les femmes et les hommes au niveau du travail rémunéré disparaît, mais la différence sur le plan des tâches ménagères, des soins apportés aux enfants et des loisirs persiste », souligne la députée.
Portée par ces constats, le 2 avril 2021, la députée MR a déposé, une proposition de résolution relative à la mise en place d’une campagne destinée au renforcement et à la promotion de l’entrepreneuriat des femmes afin d’encourager les Bruxelloises à entreprendre. Latifa Aït Baala demande au Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale d’organiser, en collaboration avec les opérateurs économiques, sociaux et culturels, une campagne d’informations et de sensibilisation à l’entrepreneuriat des femmes.
Parmi les autres propositions telles que la déconstruction des clichés, la députée souhaite également que le statut d’indépendant partiel soit encouragé afin d’adapter les offres de l’entrepreneuriat aux difficultés rencontrées par les femmes, que des formations à l’outil numérique soient proposées et qu’un fonds d’investissement régional bruxellois soit mis en place pour les start-ups lancées par les femmes, palliant ainsi aux difficultés liées aux financements bancaires.
« On ne naît pas femme, on le devient. Cette citation de Simone de Beauvoir se décline dans toute une série d’inégalités construites par notre société. Cela fait près d’un an que j’ai déposé ma proposition relative à la mise en place de cette vaste campagne de sensibilisation. Il est plus que temps que le politique montre l’exemple et travaille à ce que les femmes puissent se libérer professionnellement et libérer tout leur potentiel économique », ponctue Latifa Aït Baala.
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