TRANSPORT AERIEN

Bruit des avions : un vent de révolte souffle sur le ministre Gilkinet


Interpellations sévères jeudi 12 mai à la Chambre lors de la séance plénière. Des députés ont clairement remis en cause la méthodologie du ministre Georges Gilkinet (Ecolo) dans le dossier du bruit des avions et du survol de Bruxelles par les avions décollant ou atterrissant à Brussels Airport. Ils ont manifesté leur incompréhension face au manque d’action du ministre. Bousculé, celui-ci a répondu qu’il ne faut pas confondre discrétion et inaction.

Ce jeudi 12 ami, en séance plénière de la Chambre, le ministre de la Mobilité, Georges Gilkinet (Ecolo) a essuyé un feu très nourri de critiques de la part des parlementaires, et même de son partenaire gouvernemental MR. Ce qui a déclenché les critiques est le rappel d’une prochaine action de 400 familles qui réclament, sur base d’un précédent arrêt de la Cour d’Appel, des indemnités à hauteur de 40 millions d’euros, pour des atterrissages illicites et abusifs sur la piste d’atterrissage 01 de l’aéroport de Bruxelles National.

Nous vous annoncions en exclusivité en novembre 2021, que l’avocat liégeois Laurent Wysen préparait une nouvelle action en justice pour faute contre l’Etat belge, après avoir fait condamner en octobre 2020 celui-ci, pour son inaction dans l’organisation des plans de vol de Bruxelles-National, et plus particulièrement, la mauvaise gestion des atterrissages sur la plus courte des trois pistes : la 01.

Calcul erroné des normes de vent

Le ministre Gilkinet semble être coincé par un arrêt de la Cour d’Appel qu’il tente d’esquiver en prétendant qu’il va négocier avec les riverains, alors que ceux-ci ne cessent de répéter qu’un arrêt s’exécute et ne se discute pas, comme l’ont rappelé jeudi les députés Florence Reuter (MR) et Georges Dallemagne (Les Engagés). Tout le problème provient d’une mauvaise manière de calculer les normes de vent qui régissent les utilisations de pistes. La cour d’Appel a mis à néant très sévèrement toutes les instructions ministérielles, sauf une : celle du 17 juillet 2013 prise sous le ministre précédent, Melchior Wathelet Jr (Les engagés), instruction qui avait déjà été validée par le conseil d’Etat et qui, selon la Cour, est la seule légale, licite, motivée et qui reprend les normes internationales de l’OACI.

La méthodologie du ministre Gilkinet a été vivement contestée au Parlement. Dans sa réplique un peu timide, celui-ci a rétorqué qu’il travaille en toute discrétion, qu’il avance avec calme et pondération, qu’il réunit tous les acteurs et qu’il vaut mieux la prudence que les grands coups d’éclat. Cette technique a été vivement contestée par les parlementaires Florence Reuter et Georges Dallemagne, rejoints en soirée par les bourgmestres Benoît Cerexhe (Les Engagés, Woluwe Saint-Pierre) et Frédéric Petit (MR, Wezembeek Oppem) qui ont affirmé n’avoir encore jamais eu l’honneur de rencontrer le ministre Gilkinet, ce qui est également le cas de bon nombre d’autres acteurs du monde aéronautique.

Plateforme de concertation décriée par les élus

La fameuse plate-forme de concertation ne plaît pas aux parlementaires : pas d’agenda, pas d’ordre du jour, pas de règlement d’ordre intérieur, pas de méthodologie, pas de PV des réunions et un flou artistique total, s’étonne le député Dallemagne. Ces réunions n’ont aucun intérêt et tant les bourgmestres que les associations se plaignent de la totale désorganisation régnant dans ce forum. De plus, Georges Dallemagne conteste, preuves à l’appui, l’argument du ministre de la Mobilité selon lequel les associations ne s’entendraient pas entre elles, en montrant une lettre commune de 15 associations demandant la fin des vols de nuit, la nuit européenne de 9 heures et l’élimination de tous les avions gros porteurs anciens, polluants et bruyants.

Pour Florence Reuter, on est dans un Etat de droit et le droit, c’est de respecter toutes les décisions de justice et de les appliquer. L’Etat a été condamné pour faute dans le sens de l’article 1382 du Code Civil, l’Etat doit donc indemniser les riverains (ce qu’il a déjà fait à hauteur de 9,5 millions d’euros avec les intérêts de retard) mais aussi réparer l’origine du préjudice : les normes de vent. Quand le ministre Gilkinet lui a fait remarquer que son prédécesseur MR n’avait rien fait, Florence Reuter a fait mouche avec une réplique cinglante « pourtant vous avez repris en votre cabinet l’entièreté de l’équipe avion de Bellot ». On a rarement vu la bourgmestre de Waterloo aussi énervée au Parlement. Il faut dire qu’elle sort de 3 semaines continues d’atterrissages, jour et nuit, survolant sa commune, avec un vent léger et moyen, encore et toujours une répercussion du fameux plan de dispersion communautaire de Bert Anciaux (Vooruit). Il convient d’expliquer qu’Anciaux en 2003, sans aucune étude d’incidence, ni de consultation, a imposé un plan de dispersion qui devait être temporaire, et qui limitait les décollages de la piste historique et principale 25R, pour offrir des périodes horaires sans survol à sa région, autour de Neder-over-Heembeek, Meise, Grimbergen et Wemmel.