GOUVERNEMENT WALLON

Etat de la Wallonie : quand le ministre-Président, Di Rupo (PS), voit la bouteille à moitié pleine

Le ministre-Président, Elio Di Rupo (PS), à la tribune du Parlement wallon lors de son discours sur l'état de la Wallonie. BELGA

Dans son discours sur l’état de la Wallonie, le ministre-Président, Elio Di Rupo a rappelé toutes les réalisations de l’exécutif régional, allant de la gestion de la crise du Covid-19 au soutien des sinistrés touchés par les inondations en passant par la réforme des Aides à la promotion de l’emploi (APE) et un coup d’accélérateur sur l’économie circulaire. Mais pour le PTB, depuis le banc de l’opposition, ce bilan est loin d’être aussi positif, car il y a encore des milliers de sinistrés des inondations en souffrance. Le député wallon, Germain Mugemangango, chef de groupe PTB au parlement régional, le gouvernement wallon mène une politique libérale, privilégiant les grandes entreprises. Les Engagés (ex-cdH) l’invite, de son côté, à faire des réformes structurelles face à la situation budgétaire difficile de la Région.

Très attendu pour son discours sur l’état de la Wallonie, le ministre-Président Elio Di Rupo (PS) a posé un regard flatteur sur le bilan de l’action de son gouvernement et les performances du sud du pays. « La force peut naître de l’adversité et des souffrances ». C’est par cette citation qu’il a entamé mercredi 18 mai son discours devant les députés wallons, rappelant au passage que « l’adversité et la souffrance, la Wallonie n’en a vraiment pas manqué ».

Il fait ainsi allusion à la crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine. Des situations difficiles auxquelles l’exécutif wallon a réagi « instantanément » avec la volonté de « ne laisser personne au bord du chemin ».  Il salue une campagne de vaccination qui a été « une grande réussite » ainsi que les efforts tant de la population, du personnel soignant et des pouvoirs publics qui ont permis de juguler la propagation du virus mortel.  Mais dit-il, « rien n’est acquis et nous savons très bien que l’épidémie est susceptible de reprendre n’importe quand, sous une forme ou sous une autre. Prenons donc la période actuelle comme un cadeau et profitons-en ».

En 2022, les perspectives de poursuite de la reprise économique sont positives.

Se basant sur les statistiques de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps), il s’est réjoui des performances de la Wallonie. Il relève notamment le nombre de personnes bénéficiant du Revenu d’intégration sociale (RIS) en baisse 70.000 Wallons comptabilisés en décembre 2021 contre une moyenne de 72.500 personnes par mois en 2020) et le taux de risque de pauvreté qui est passé de 18,2% en 2020 à 17,7% en 2021. Par ailleurs, le taux de croissance annuel du PIB est redevenu positif en 2021 et pour 2022, « les perspectives de poursuite de la reprise économique sont positives ». Et malgré l’augmentation du prix de l’énergie et des matières premières, l’instabilité des marchés financiers et la perturbation des chaînes de production, l’Iweps mise sur une augmentation du PIB de 2,5% en 2022.

Moins de 200.000 demandeurs d’emploi inoccupés

En matière d’emploi, il se réjouit du fait que le nombre de demandeurs d’emplois inoccupés soit passé sous la barre des 200.000 personnes en mars 2022 et que le taux de chômage se situe à 12,5%. Il met en avant la nouvelle dynamique d’accompagnement des demandeurs d’emploi matérialisée par le parcours d’orientation et de coaching personnalisé dans différents secteurs d’activités. « La mise en concordance entre les candidats à un emploi et les offres d’emplois se généralise. Un accompagnement spécifique pour les personnes les plus éloignées de l’emploi a par ailleurs été mis au point », précise-t-il, relevant au passage les expériences pilotes se basant sur le dispositif des « territoires zéro chômeurs de longue durée ».

Les investissements privés ont augmenté de 9% en 2021 après avoir fortement chuté en 2020. « Les investissements publics, de leur côté, ont augmenté de 13,8% en 2021 et continueront de croître en 2022, avec une augmentation estimée à 11,7%. Cette croissance est plus importante que la moyenne au niveau belge. (…) Entre 2020 et 2021, les exportations de biens ont crû de 13,5%. C’est la plus forte augmentation annuelle depuis 2010. L’augmentation devrait perdurer en 2022. Quant aux investissements étrangers, ils ont crû de 46% entre 2020 et 2021. Enfin, en 2021, le taux de création d’entreprise a progressé de 12,5%. C’est une évolution remarquable », a-t-il précisé.

Les investissements publics ont augmenté de 13,8% en 2021 et continueront de croître en 2022, avec une augmentation estimée à 11,7%.

Il exhibe les indicateurs de la Wallonie au niveau environnemental : baisse des émissions de gaz à effet de serre de 38,5% (par rapport à 1990) à 34 millions de tonnes, 1,4 million d’arbres plantés ou en passe de l’être (loin de l’objectif du million d’arbres), création de plus de 1.000 ha de réserves naturelles, etc.

L’économie circulaire et l’agriculture

Le Premier wallon met en avant la réforme des Aides à la promotion de l’emploi (APE) qui ont permis de garantir plus de 65.000 emplois et la création de 3.143 nouvelles places d’accueil pour la petite enfance.

Il a rappelé le budget de 200 millions d’euros dégagé par les autorités régionales pour doper l’économie circulaire via le programme « circular Wallonia », lequel est concentré sur six filières : la construction, les matières plastiques, la métallurgie, l’eau, les textiles et l’industrie alimentaire. Il n’a pas oublié les actions en faveur de l’agriculture et le tourisme. Ainsi on apprend que l’Europe et la Région wallonne ont mobilisé un budget de 1,862 milliard d’euros pour financer des aides directes aux agriculteurs et soutenir le développement rural.

Sur le front des inondations qui ont endeuillé la Wallonie à la mi-juillet 2021 et provoqué de sérieux dégâts matériels, il a rappelé l’accord avec les assureurs pour que les sinistrés assurés puissent être indemnisés à 100% et le renforcement du fonds des calamités afin d’aider financièrement les non-assurés. A ce jour, près de 7.700 demandes ont été introduites au fonds des calamités dont 1.170 ont fait l’objet d’une décision favorable. Le gouvernement wallon a soutenu financièrement les communes sinistrées et plus de 700 millions d’euros ont été dégagés pour assurer la reconstruction des zones sinistrées.

Une opposition insatisfaite

A la veille du conclave budgétaire, il a rappelé l’engagement d’une économie d’au moins 150 millions d’économie par an, malgré le contexte difficile ainsi que les quatre programmes d’actions prioritaires (PAP) qui ont fait l’objet d’un accord avec les partenaires sociaux wallons et sont dotés d’un budget de 2,5 milliards d’euros.

Germain Mugemangango au micro. Crédit photo BELGA

Le chef de groupe PTB, Germain Mugemangango ne partage pas l’enthousiasme d’Elio Di Rupo sur le bilan de la Wallonie.

Pour Elio Di Rupo, la Wallonie n’a pas à rougir de son bilan et doit regarder vers l’avenir. « Notre Région foisonne de citoyens intelligents et créatifs. Notre Région regorge d’une jeunesse formidable qui en veut. Qui ne regarde pas dans le rétroviseur et qui ne demande qu’à avancer ! , nous devons arrêter l’auto-flagellation et la comparaison avec des régions qui n’ont ni notre histoire industrielle, ni les mêmes particularités que les nôtres. Nous devons donner tort aux défaitistes et faire taire les oiseaux de malheur. Nous devons avancer ensemble et construire ensemble », a-t-il conclu.

Le bilan de la Wallonie, c’est surtout des sinistrés abandonnés face aux assurances, un gouvernement qui les surcharge administrativement pour recevoir des aides.

Sur le banc de l’opposition, l’analyse est plutôt différente. « Le bilan de la Wallonie, c’est surtout des sinistrés abandonnés face aux assurances, un gouvernement qui les surcharge administrativement pour recevoir des aides et des sinistrés contraints d’accepter des montants dérisoires par lassitude. A écouter Elio Di Rupo, tout va bien. La Wallonie va s’en sortir. De quelle Wallonie parle-t-il ? Celle des grandes entreprises, peut-être. En tout cas, pas celle des gens », a rétorqué Germain Mugemangango, chef de groupe PTB au Parlement wallon. Il reproche à l’exécutif régional d’appliquer une politique libérale.

Son homologue des Engagés (ex-cdH), François Desquesnes estime que le gouvernement wallon doit fermer le robinet des aides à tout va face sa situation budgétaire qui devient critique. Il a encouragé l’exécutif régional à respecter son engagement d’une économie de 150 millions d’euros par an et l’a exhorté à faire des réformes structurelles.