La FEJ condamne l’emprisonnement par la Turquie de 16 journalistes kurdes

Dans le cadre d’une enquête menée par le parquet général, 16 journalistes kurdes ont été incarcérés par un tribunal turc dans l’attente de leur procès. Ils sous suspectés d’avoir prétendument « diffusé de la propagande terroriste » en relation avec une émission télévisée en provenance de Belgique et une autre du Royaume-Uni, sans autre détail. Ils ont été interpellés le 8 juin dernier dans le cadre d’un vaste raid policier qui a entraîné l’arrestation de 21 personnes, essentiellement dans la province kurde de Diyarbakir, au sud-est du pays. Dans un communiqué, la Fédération européenne des journalistes (FEJ) se dit solidaire de tous les professionnels des médias kurdes emprisonnés par la Turquie pour avoir effectué leur travail et demande leur libération immédiate.
La police turque a perquisitionné les domiciles de plusieurs journalistes kurdes travaillant pour l’agence de presse pro-kurde Mezopotamya, le site web féminin Jin News, une société de production appelée Pel et l’association de journalistes Dicle Firat. Les policiers ont saisi des ordinateurs, des disques durs et d’autres équipements de travail au domicile des journalistes et dans les bureaux des médias. Parmi les 21 journalistes détenus, cinq d’entre eux ont été libérés sous contrôle judiciaire.
De la propagande terroriste
Les autorités turques ont refusé de commenter le motif légal des arrestations, l’enquête étant officiellement déclarée « secrète ». Citant des sources policières anonymes, les médias ont rapporté que les journalistes ont été arrêtés pour « diffusion de propagande terroriste » en relation avec une émission télévisée en provenance de Belgique et une autre du Royaume-Uni.
La Turquie (…), le pays qui emprisonne le plus de journalistes au monde
Le jour de leur incarcération, Mustafa Kuleli, le vice-président la FEJ et secrétaire général de l’Union des Journalistes de Turquie (TGS), a déclaré : « Aujourd’hui est l’un des jours les plus sombres pour la liberté de la presse dans l’histoire de la Turquie. Les autorités continuent de réprimer les journalistes, les accusant de terrorisme. Nous sommes solidaires de tous les professionnels des médias kurdes actuellement en prison pour avoir fait leur travail et nous demandons instamment leur libération immédiate ».
Ces arrestations massives interviennent quelques semaines après que l’alliance gouvernementale du Parti de la justice et du développement (AKP) et du Parti du mouvement nationaliste (MHP) ont soumis au Parlement un projet de loi sur « la désinformation et les fausses nouvelles ». Si le texte devait être adopté, il entraînerait de nouvelles restrictions à la liberté de la presse dans le pays. Les journalistes reconnus « coupables » de publier délibérément « de la désinformation et des fausses nouvelles » seront passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison.
La mort du journalisme
La Turquie s’est hissée à la première place d’un classement affligeant. C’est le pays qui emprisonne le plus de journalistes au monde. La liberté d’expression y subit depuis plusieurs années maintenant des attaques constantes et toujours plus nombreuses. Depuis la tentative de coup d’État de juillet 2016, les universitaires, les journalistes et les auteurs qui critiquent le gouvernement risquent de faire l’objet d’enquêtes pénales, de poursuites, de manœuvres d’intimidation, de harcèlement et de censure.
D’après l’Union des journalistes de Turquie, 39 journalistes sont actuellement derrière les barreaux pour avoir effectué leur travail. Les journalistes travaillant pour des organes de presse étrangers et les journalistes indépendants ne sont pas épargnés. Certains ont été expulsés ou se sont vu refuser l’entrée sur le territoire turc et d’autres ont vu leur carte de presse révoquée
« Cette stratégie, qui s’ajoute à la fermeture d’au moins 180 organes de presse par décret exécutif pris sous l’état d’urgence, envoie un message clair et inquiétant et a de graves conséquences pour la liberté de la presse. Le journalisme indépendant est au bord du gouffre en Turquie », estime Amnesty International. L’ampleur de la répression des médias par le gouvernement turc est telle qu’elle a été qualifiée par certains observateurs comme étant assurément « la mort du journalisme ».
Copyright : Journalists Solidarity Network
