EDITO

Abattage sans étourdissement : quand le religieux prend le pas sur le bon sens et la science

AFP

Il y a quelques jours, le Parlement bruxellois rejetait une proposition d’ordonnance déposée par des partis de la majorité (Défi, Groen, Open VLD) visant à interdire l’abattage rituel sans étourdissement à Bruxelles. La démarche était louable et s’inscrivait dans l’optique d’une limitation de la souffrance animale. Non seulement le bon sens recommande cette réforme de la législation, mais elle est aussi dictée par des considérations scientifiques qui notent que l’abattage d’un animal sans étourdissement augmente la souffrance de l’animal. Par ailleurs, il est démontré que la pratique de l’abattage sans étourdissement peut aussi provoquer du stress. Le stress et la souffrance peuvent altérer la qualité de la viande.

Dans un article cosigné avec d’autres spécialistes en 2015, Claudia Terlouw, titulaire d’une thèse sur la physiologie et le comportement au stress des animaux de ferme, relève que « l’implication du stress avant l’abattage sur les défauts majeurs de qualité des viandes est bien connue ». Ce stress peut, d’après les signataires, « expliquer une part importante des variations des qualités technologiques et sensorielles des viandes ». Chargée de recherche à l’institut de recherche public français sur l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, Inrae, Claudia Terlouw a soutenu dans la revue Science et Vie : « qu’il ait une origine physique (douleur, fatigue, faim, etc.) ou émotionnelle (peur, séparations d’avec les autres animaux du bétail), le stress modifie le métabolisme énergétique du muscle, et donc de la texture de la viande ».

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Ces éléments montrent à souhait que l’abattage rituel avec étourdissement va dans le sens d’un respect du bien-être animal.

Ces éléments montrent à souhait que l’abattage rituel avec étourdissement va dans le sens d’un respect du bien-être animal. Interpellant de voir qu’en 2022, au 21ème siècle, la préoccupation du bien-être animal ne soit pas plus largement partagée et que des députés bruxellois aient voté pour poursuivre l’abattage rituel sans étourdissement. Le résultat du vote est serré : 42 oui, 38 non et 8 abstentions. Ce vote est d’autant plus incompréhensible que la proposition d’ordonnance ne visait qu’à aligner la législation bruxelloise sur celle en vigueur, depuis 2019, en Wallonie et en Flandre. De plus, la Cour constitutionnelle et la Cour de justice de l’Union européenne se sont prononcées en faveur d’un étourdissement préalable des animaux lors de l’abattage rituel, pratiqué lors de la shehita (religion juive) et du dhakât (chez les musulmans).

Les résultats renforcent l’impression que les principes religieux et des considérations électoralistes ont influencé le vote de certains députés.

Les résultats renforcent l’impression que les principes religieux et des considérations électoralistes ont influencé le vote de certains députés. Il faut dire que les communautés religieuses sont plus importantes et plus actives dans la capitale européenne… Cette impression est d’autant plus renforcée que des députés de partis ayant déposé la proposition d’ordonnance pour introduire l’abattage rituel avec étourdissement dans les normes bruxelloises ont voté contre le texte. Certes, il s’agit d’un vote démocratique, mais il laisse un goût amer et des partis divisés sur un texte qui relève pourtant du bon sens et qui est soutenu par des considérations scientifiques.