SOCIETE

Libérons la parole des laïques musulmans !, le projet du Collectif Laïcité Yallah


La Belgique souffre d’un mal gangrénant : le communautarisme. Qu’il soit ethnique ou religieux, il est le terreau fertile au délitement du lien social. Le réflexe du repli identitaire gagne ainsi du terrain dans certains quartiers de la capitale, et pas seulement, sans que des solutions viables ne soient envisagées. L’émancipation des laïques musulmans se heurte de plein fouet à ce constat. Les voix des laïques ayant un héritage musulman ne sont pas suffisamment entendues dans le débat public. Pour valoriser leur parole, le Collectif Laïcité Yallah, avec le soutien de Centre d’Action Laïque et de la Cocof, lance la campagne « Libérons, encourageons, soutenons la précieuse et nécessaire parole des laïques musulmans ! » , cinq vidéos-documentaires  réalisées pour explorer le parcours migratoire de sept personnalités de générations différentes et aux vécus pluriels.

Prendre la mesure de l’enjeu

Créé le 12 novembre 2019 à l’initiative du Centre d’Action Laïque, le Collectif Laïcité Yallah est constitué de croyants et de non croyants ayant un héritage musulman oeuvrant à promouvoir la laïcité et la mixité. Il a été mis sur pied pour rassembler et fédérer des citoyennes et des citoyens préoccupés par la montée du racisme et du communautarisme ethnique et religieux.

« C’est comme si nous n’avions pas encore pris collectivement la mesure de cet enjeu de société. Pourtant l’ensemble du corps social est éprouvé par les dérives communautaristes et le clientélisme de certains partis politiques. Surtout ces dernières années, avec la montée du fondamentalisme musulman, du racisme, de la xénophobie et de l’antisémitisme avec une percée des partis d’extrême droite et une interférence, néfaste et sans cesse grandissante, des États étrangers », nous expose Djemila Benhabib, politologue et écrivaine algéro-canadienne, chargée de missions au Centre d’action laïque.

Un prisme en lecture pluriel

Et de préciser : « Lorsque la communauté nationale n’est vue qu’à travers une juxtaposition de communautés ethniques et religieuses, le citoyen devient l’otage de sa supposée communauté d’appartenance. Comment exercer son libre arbitre? Que reste-t-il, alors, de la citoyenneté, seul moteur d’un vivre ensemble harmonieux?  Comment ne pas être sensible à la solitude et à l’isolement de celles et ceux qui choisissent d’exercer leur libre arbitre, de rompre avec la norme imposée par l’assignation identitaire? »

Le Collectif Laïcité Yallah a pour objectifs de partager la vision de citoyens laïques, croyants et non croyants, ayant un héritage musulman, de combattre le communautarisme et de soutenir les personnes qui, dans le monde, se battent contre les mouvements et les régimes autoritaires ou absolutistes faisant de l’islam une religion d’État.

 Des parcours migratoires riches de sens

Dans le cadre de la campagne « Libérons la parole des laïques musulmans ! », cinq vidéos-documentaires ont été réalisées pour explorer le parcours migratoire de sept personnalités en provenant de pays différents. Il s’agit de : Sam Touzani et sa maman, Rahma Ghali Bouchibet ; Malika Akhdim ; Najibe Dogru et son fils, Bahar Kimyongur ; Amira Barhoumi et Ed Mahbouli.

Ces vidéos qui sont consultables sur le site internet du collectif présentent la trajectoire de ces témoins, souvent chaotique, de la vie dans les centres d’accueil pour refugiés pour certains en passant par la solitude et le communautarisme ancré. Un point commun toutefois les réunit : le sentiment d’une identité multiple.

Un manifeste pour une citoyenneté de la diversité

Depuis le 5 mars 2020, le Collectif Laïcité Yallah promeut un « Manifeste pour une citoyenneté de la diversité ». « Douze citoyens laïques, croyants et non croyants, riches de leur héritage musulman, partagent, dans ce Manifeste, leur vision de la situation et proposent des mesures pour s’ouvrir à la diversité, promouvoir la citoyenneté et combattre le communautarisme ethnique et religieux ».
Ce manifeste s’adresse aux décideurs, aux faiseurs d’opinion, aux associations et au grand public qui œuvrent à promouvoir la diversité et la citoyenneté.

Djemila Benhabib signe aussi « Islamophobies mon œil ! », aux éditions Kennes.
Le résumé : « L’islamisme avance à bas bruit, dévoilant au grand jour la fragilité de nos démocraties qui s’effritent, souvent dans l’indifférence, parfois avec la complicité de certaines sphères d’influence. Face à ce phénomène, la peur guide encore trop nos pensées et nos actes. Peur de blesser, peur de choquer, peur de stigmatiser, peur d’être traité de raciste, peur de passer pour un islamophobe. Cette stratégie victimaire, mise en place au nom du respect d’une prétendue sensibilité, porte lourdement atteinte à nos libertés. On s’efface, on se tait, tandis que d’autres se réveillent la tête lourde, prêts à commettre les pires atrocités. À travers un récit aux touchants accents personnels, Djemila Benhabib situe les enjeux et offre une perspective historique pour comprendre l’escroquerie intellectuelle de l’islamophobie, principal facteur qui entrave l’émergence d’un discours humaniste. Comment réenchanter durablement notre destin commun sinon en reconnaissant à chacun une appartenance à une même humanité ? Car l’universalisme est l’horizon et l’espace où le bonheur des uns s’entrelace avec celui des autres. »