Début mai dernier, l’information avait fait l’effet d’une bombe. La Cour suprême des Etats-Unis projetait de supprimer le droit à l’avortement, un droit acquis depuis près d’un demi-siècle. C’est à présent acté. La Cour suprême a annulé, ce vendredi 24 juin, l’arrêt Roe vs Wade qui reconnaissait, depuis 1973, le droit à l’avortement au niveau fédéral. « Cette décision éloigne les Etats-Unis d’une tendance progressiste. Elle est un coup terrible porté aux droits humains des femmes et à l’égalité des genres », a regretté la haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet. Le président des Etats-Unis Joe Biden a, quant à lui, déclaré que la décision de la Cour suprême était une « erreur tragique » et le résultat d’une « idéologie extrémiste ». À peine la décision de la Cour suprême annoncée que sept Etats américains ont interdit le recours à l’IVG.
Le projet était porté par les conservateurs. La très conservatrice Cour suprême a rendu, vendredi 24 mai, la liberté aux 50 Etats américains d’interdire l’avortement sur leur sol. Cette décision ne rend pas les interruptions de grossesse illégales, mais renvoie les Etats-Unis à la situation en vigueur avant l’arrêt emblématique Roe v. Wade de 1973, quand chaque Etat était libre de les autoriser ou non. Compte tenu des importantes fractures géographiques, culturelles, religieuses et politiques sur le sujet, une moitié des Etats, surtout dans le sud et le centre, où la droite religieuse prédomine, devrait rapidement bannir l’avortement sur leur territoire. Cette décision historique est à contre-courant de la tendance internationale visant à libéraliser les IVG, avec des avancées même dans des pays où l’influence de l’Eglise catholique reste forte comme l’Irlande, l’Argentine, le Mexique ou la Colombie.
La santé et la vie des femmes de ce pays sont maintenant en danger.
La vie des femmes en danger
Joe Biden a déclaré, dans la foulée de l’annonce de l’arrêt, que la décision de la Cour suprême était « une erreur tragique et le résultat d’une idéologie extrémiste ». « La santé et la vie des femmes de ce pays sont maintenant en danger », a martelé le démocrate déplorant un « triste jour pour l’Amérique qui fait désormais figure d’exception dans le monde ». La révocation du droit à l’avortement par la Cour suprême des États-Unis va entraîner des conséquences désastreuses pour les Américaines, mais envoie également un message qui conforte les partisans des mouvements anti-IVG ailleurs dans le monde. Ce droit fondamental demeure en effet menacé par les courants réactionnaires qui déploient un travail constant de lobby liberticide y compris au sein de l’Union européenne.
Un signal dangereux pour les homosexuels
La décision de la Cour suprême relance aussi les spéculations sur le sort d’autres droits acquis, dont le mariage homosexuel, ravivées par la récente déclaration d’un des juges les plus conservateurs : « Dans de futurs dossiers concernant, eux aussi, le respect de la vie privée, nous devrions revoir toutes les jurisprudences », a écrit le juge de la haute juridiction, Clarence Thomas, dans un argumentaire personnel qui accompagne la décision.
Fait notable, il cite trois arrêts en particulier : Griswold v. Connecticut de 1965, qui consacre le droit à la contraception, Lawrence v. Texas de 2003, qui rend inconstitutionnelles les lois pénalisant les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Et, aussi, Obergefell v. Hodges, l’arrêt de 2015 protégeant le mariage pour tous aux Etats-Unis, et qui reste une cible prioritaire de la droite religieuse. Selon Clarence Thomas, la Cour a « le devoir de corriger l’erreur qu’ont instaurées ces jurisprudence ».
Dans de futurs dossiers concernant, eux aussi, le respect de la vie privée, nous devrions revoir toutes les jurisprudences.
Les droits reproductifs et la liberté à disposer de son corps sont de plus en plus menacés aux États-Unis par les conservateurs. C’est oublier que l’accès universel aux droits sexuels et reproductifs, comme disposer de son corps librement sont les conditions premières de l’émancipation des femmes. Un droit régulièrement rappeler par Amnesty International : « Dans de nombreux pays, les gouvernements tentent de nous imposer qui nous pouvons embrasser, qui nous devons aimer, comment nous devons nous habiller, quelle est notre identité, quand nous devons avoir des enfants et combien. Chaque personne doit avoir le droit de faire ses propres choix. Les droits sexuels et reproductifs impliquent la possibilité de prendre soi-même les décisions concernant son corps ».
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