SOCIETE

Au Texas, on préfère enseigner la « relocalisation involontaire » pour effacer l’esclavage

Afro-Américains jouant aux dés au bord d'un champ de coton – 1900. Archives Library of Congress

AUSTIN – Certaines écoles publiques du Texas souhaitent décrire la période de l’esclavage aux élèves comme étant une « relocalisation involontaire » pour désigner l’arrivée forcée du peuple africain aux États-Unis. Selon le Texas Tribune, c’est un groupe de travail constitué de neuf éducateurs qui a soumis l’idée au Texas State Board of Education, le Conseil de l’éducation de l’État dans le cadre de la réactualisation actuelle du programme scolaire. Ce processus, qui a lieu une fois tous les dix ans, met à jour ce que les enfants vont apprendre dans les quelque 8.900 écoles publiques de l’État. La proposition a suscité la colère de Chris Murphy, membre du parti démocrate, et un énorme tollé sur les réseaux sociaux.

Actuellement, l’esclavage n’est pas abordé dans les écoles primaires au Texas. Le Texas State Board of Education, a fait appel à des groupes de travail pour réfléchir à introduire cette notion. L’un d’eux, composé de neuf personnes, a donc proposé de rebaptiser le flux migratoire aux Etats-Unis et, notamment de qualifier l’immigration irlandaise de volontaire et de qualifier l’esclavage de « relocalisation involontaire du peuple africain pendant la colonisation ». Cette proposition intervient un an après que le Texas a adopté une loi visant à éliminer des écoles les sujets qui mettent les élèves « mal à l’aise ».

Nier l’histoire

La suggestion et surtout les termes employés ont déclenché la colère du sénateur démocrate connu pour son engagement contre les armes à feu Chris Murphy. « Les républicains refusent désormais d’utiliser le mot esclavage. C’est nier l’histoire » a-t-il dénoncé sur Twitter. Des dizaines internautes ont aussi, dans la foulée de son tweet, exprimé leur incompréhension sur le réseau social.

Lors d’une réunion qui s’est tenue le 15 juin, la démocrate Aicha Davis, membre du Texas State Board of Education, représentant Dallas et Fort Worth, s’est déjà inquiétée du fait que les termes ne représentait pas fidèlement la traite des esclaves.

Une offensive conservatrice

Le Texas s’était déjà fait remarquer en 2015 après avoir approuvé l’inscription du mot « travailleurs » dans un manuel scolaire pour parler des esclaves africains. Il y a quelques mois, les professeurs d’un district de l’État avaient aussi été appelés à enseigner « les deux versions de l’histoire de l’Holocauste », ce qui avait aussi fait scandale.

L’éducation publique est devenue un enjeu politique majeur au Texas, avec d’un côté des élus conservateurs qui votent des textes restrictifs de « dé-éducation systématique » des jeunes Américains et de l’autre, des schools boards (le comité de direction des établissements scolaires) qui sont majoritairement financées par de riches conservateurs.