FRANCE

France : la Première ministre Elisabeth Borne lance le combat pour le pouvoir d’achat

La Première ministre française, Elisabeth Borne, présente, ce jeudi 7 juillet, en conseil des ministres, le projet de loi sur le pouvoir d'achat. AFP

Ce jeudi 7 juillet, en Conseil des ministres, Elisabeth Borne présente le premier grand texte de son gouvernement : le projet de loi sur le pouvoir d’achat des Français. Une loi qui, selon le vœu du Président Macron, doit être votée par les députés avant ce 31 juillet. Après l’annonce d’un gouvernement fort de quarante et un ministres et secrétaires d’Etat en ce début de semaine, Elisabeth Borne, la Première d’entre elles et eux, a prononcé ce mercredi 6 juillet son discours de politique générale à l’Assemblée Nationale devant les 577 députés. Robe noire et veste parme, elle a présenté pendant quasiment nonante minutes les grands thèmes de la feuille de route de son équipe gouvernementale pour les prochains mois, voire les prochaines années. Certains n’ont pas hésité : à 61 ans, la Première ministre passait là son « grand oral ». Un examen pour lequel elle était très attendue, elle, qualifiée de « techno » bien plus que de politique. Elle qui, après une carrière d’ingénieure, de préfète de la République ou encore de ministre (Travail, Transports ou encore Ecologie), n’est pas vraiment connue des Français (les sondages de popularité la placent dans le ventre mou de la liste des personnalités préférées de l’Hexagone). Et sa réputation la présente comme droite et rigoureuse, grosse bosseuse également.

Des experts de la chose publique ont affirmé qu’Elisabeth Borne n’était pas le premier choix du Président de la République, Emmanuel Macron, pour le poste de chef de gouvernement. Il souhaitait Catherine Vautrin, figure du parti Les Républicains (LR), mais ses proches lui ont déconseillé ce choix. « Pour une fois, il a écouté », dit-on dans l’entourage de l’Elysée. Et comme, pour débuter son second quinquennat, il avait promis une femme pour diriger le gouvernement, il s’est rabattu sur Elisabeth Borne, une ministre qui, entre 2017 et 2022, n’a pas démérité et s’est toujours montrée loyale. Toutefois, la question était là, lancinante : a-t-elle les épaules suffisamment larges pour assurer le poste de Première ministre ? Pourra-t-il y avoir une « méthode Borne » ?

Une Première ministre déterminée et concentrée

La première réponse a été apportée avec la constitution du gouvernement Borne 2 : d’abord, elle n’a pas cédé aux demandes très appuyées de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur qui voulait le Quai d’Orsay et les Affaires étrangères ; ensuite, elle a obtenu, contre l’avis du Président de la République, le départ de Damien Abad, mis en cause dans trois affaires à caractère sexuel.

Un deuxième élément de réponse a été offert, ce 6 juillet à l’Assemblée Nationale, devant les députés. La Première ministre est face à un problème tout simple : depuis le 19 juin dernier, le camp d’Emmanuel Macron ne peut compter, avec 251 députés sur un total de 577, que sur une majorité relative au Parlement. Ce n’est certes pas une première dans l’histoire de la Vème République mais, pour cette mandature, à chaque présentation de texte, le gouvernement doit attirer près de quarante députés d’autres partis pour s’assurer la majorité.

En m’adressant à vous, c’est à la France que je parle. Nous ne pouvons pas la décevoir.

En montant à la tribune de l’Assemblée Nationale pour son discours de politique générale, Elisabeth Borne avait, bien sûr, en tête les données du problème, ce qui l’avait amené à ne pas demander le vote de confiance…

D’entrée, « sereine et concentrée » comme elle l’a confié peu avant de se lancer dans son discours, elle dit : « En m’adressant à vous, c’est à la France que je parle. Nous ne pouvons pas la décevoir ». Et, très vite, d’ajouter : « Nous réussirons, j’y suis déterminée ». Pendant une heure et demie, elle a dit et répété quelques formules : « A la recherche active de compromis », « urgence et nécessité d’agir », « bâtir ensemble »… et de lancer : « Le mot ‘’compromis’’ a été très longtemps oublié dans notre politique ».

Priorité à la transition climatique et au pouvoir d’achat

Durant ces nonante minutes, elle a affirmé que « désordre et instabilité ne sont pas des options » puis, déroulé un projet de gouvernement, reprenant sans surprise les grandes lignes du programme que le candidat Emmanuel Macron a présenté en avril dernier lors de l’élection présidentielle. Priorité absolue à la transition climatique, pouvoir d’achat des Français, école, santé, réforme de la retraite, renationalisation d’EDF (jusqu’alors, l’Etat en détient 83% du capital)…

Durant les dix premières de son discours, on a pu craindre une Elisabeth Borne conforme à sa réputation de « techno », mais le rodage terminé, ce fut la montée en puissance. Observations de vieux routiers de la politique hexagonale- l’un : « Clarté. Sérieux. Autorité. Autant de gages d’efficacité » ; l’autre : « Discours ferme, clair, précis et déterminé » ; encore un autre : « Elle avance avec la régularité et l’efficacité d’un véhicule blindé, insensible à la mitraille de ses ennemis ».

L’heure n’est pas à nous compter, mais à nous parler. La confiance ne se décrète pas a priori.

Devant les députés, elle a fait preuve de rigueur et de sérieux (le côté « techno ») mais, et c’est son côté politique, n’a pas manqué de lancer quelques appels aux oppositions « fréquentables » (de LR au Parti Socialiste et à Europe Ecologie-Les Verts) et n’a pas cité les deux oppositions extrêmes, la gauche radicale (avec La France Insoumise/LFI qui s’est laissée aller au chahut pendant l’intervention de la Première ministre) et l’extrême droite avec le Rassemblement National. La « méthode Borne », c’est la main tendue- mais pas à n’importe qui… « L’heure n’est pas à nous compter, mais à nous parler. La confiance ne se décrète pas a priori », a dit aussi Elisabeth Borne qui, dès ce jeudi 7 juillet, présente lors du Conseil des Ministres le premier grand texte de son gouvernement : le projet de loi sur le pouvoir d’achat des Français. Une loi qui, selon le vœu du Président Macron, doit être votée par les députés avant ce 31 juillet. A n’en pas douter, le premier grand test pour Elisabeth Borne et son art de la méthode…

Serge Bressan (à Paris)