Les confinements successifs, les couvre-feux, le port du masque obligatoire et le passe sanitaire, ils ont tous été recommandés par le Conseil scientifique, avant d’être imposés par le pouvoir politique. Après deux ans de pandémie, l’institution vit ses derniers jours. Créé au début de la pandémie de Covid-19, elle sera officiellement dissoute ce 31 juillet. L’analyste politique Mathieu Slama dresse le bilan de cette organisation, qui a été chargée d’éclairer la décision publique pour lutter contre le Covid. Consultant et analyste politique, il a notamment publié, « Adieu la liberté – Essai sur la société disciplinaire ». Selon l’essayiste, l’enseignement à tirer de cette crise est lourd de sens pour notre système démocratique, avec des pratiques adoptées qui se sont éloignées, comme en Belgique d’ailleurs, de l’esprit de la Constitution française, notamment en termes de séparation des pouvoirs et de protection des libertés fondamentales.
Créé dans l’urgence le 10 mars 2020, le Conseil scientifique a fait une entrée fracassante dans la vie des français le 16 mars 2020. Avec la fin de l’état d’urgence sanitaire, il sera officiellement dissous le 31 juillet prochain.
Après avoir rendu un ultime avis le 19 juillet intitulé « Vivre avec les variants », ses membres ont tenu jeudi une conférence de presse qui sonnait comme un clap de fin. S’il ne s’agissait pas, selon son président Jean-François Delfraissy, d’un testament déposé, une réflexion s’impose à tout le moins, selon Mathieu Slama, après 2 ans et 4 mois de travail, 300 réunions et 85 notes et avis divers.
Nous avions besoin des médecins et des scientifiques pour nous donner les clefs d’explication des contaminations, des variants, des gestes de protection et des vaccins. Et sur ce point-là, la parole des scientifiques a été précieuse. « Mais, le problème est que les scientifiques se sont mis à faire de la politique. Le Conseil scientifique ne se contentait pas d’exposer les mesures de précaution possibles. Il exprimait également une préférence. Et systématiquement, il exprimait sa préférence pour la recommandation la plus dure et la plus liberticide. Systématiquement, le gouvernement suivait cette recommandation à la lettre, à l’exception du mois de janvier 2021, où Emmanuel Macron décidera de ne pas reconfiner le pays contre l’avis du Conseil ».
L’éthique médicale, toujours historiquement très présente dans les questions de santé publique et au cœur des pratiques, a été pour l’essentiel absente durant toute la crise sanitaire.
Des mesures politiques aussi graves que le confinement ou le pass sanitaire ont été prises par le monde de la science et ont déstabilisé notre modèle démocratique, social et économique.
« Aucun scientifique n’est légitime pour déclarer qu’il faut confiner un pays tout entier. Seul le politique, après avoir pris en compte l’ensemble des enjeux et des problèmes, peut décider de mettre en place une telle mesure. Peuplé de gens brillants et des meilleurs scientifiques, le Conseil scientifique aura été, malgré tous les talents qui le composent, l’un des principaux artisans de la débâcle démocratique de la crise sanitaire. Et s’il y a une leçon que l’on peut tirer de ce fiasco, c’est que la science ne doit jamais se substituer au politique et que la décision politique ne peut pas résulter de la simple expertise scientifique au risque d’abîmer profondément notre démocratie », estime l’essayiste.
Dans cette atteinte aux principes fondamentaux de nos démocraties, « pour renforcer leur influence, certains membres du Conseil scientifique arpentaient, en outre, les plateaux télé pour assurer le service après-vente de leurs recommandations. Et aux paroles anxiogènes s’est ajouté l’ethos de scientifiques et médecins qui se sont mis à indiquer les règles qu’il fallait suivre dans sa vie familiale et sa vie privée, précisant de quelle manière il fallait voir ses amis, faire la fête, manger et même parler, l’Académie des sciences recommandant de ne pas parler dans les transports en commun ».
Pour Mathieu Slama, la crise du Covid-19 a révélé un nouveau totalitarisme « soft », fondé sur une idéologie du « safe ». Dans un essai incisif, « Adieu la liberté – Essai sur la société disciplinaire », Mathieu Slama analyse les faits et les mots qui ont fait croître l’acceptation de la servitude chez un peuple pourtant réputé rebelle depuis la Révolution française.
Avec l’assentiment d’une majorité de Français, une société de l’ordre et de la surveillance s’est installée. La science s’est mise à régir nos vies et à décider, par son autorité indiscutable, de ce qu’il fallait faire et ne pas faire. La démocratie est devenue management, le politique s’est effacé devant la science et les citoyens libres se sont transformés en moutons…
Pour l’analyste, « il y a donc urgence à séparer la science de la politique, sans pour autant briser un lien évidemment fondamental pour comprendre les phénomènes sanitaires, technologiques et climatiques qui sont si essentiels aujourd’hui. On ne dirige pas une démocratie comme une entreprise, comme on ne fait pas de politique à la manière d’un scientifique. Ou alors on accepte qu’au nom de l’efficacité, la démocratie devienne relative et qu’elle s’active et se désactive au gré des crises, ce qui reviendrait à abandonner définitivement le principe même de l’État de droit ».
Un Conseil de la science
Avant sa dissolution, le Conseil scientifique s’est exprimé une dernière fois. Il recommande, sans une dernière note, de créer un « Conseil de la Science », soit un groupe de scientifiques de haut niveau chargé d’éclairer le sommet de l’État. Après le 31 juillet, un « comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires », rattaché au ministère de la Santé, et qui ne sera pas exclusivement dédié au Covid-19, prendra le relais du Conseil scientifique.
« Puisque les risques évoluent, non seulement infectieux mais aussi liés à la qualité de l’air, de l’eau et de la terre, à l’impact du changement climatique, ce nouvel organe sera chargé de considérer ensemble la santé humaine, animale, végétale dans un environnement sain », a déclaré François Braun est le nouveau ministre de la Santé et de la Prévention du gouvernement Elisabeth Borne.
Copyright – Le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy – AFP
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