EDITO

Racisme et antisémitisme: des maux qui ternissent l’image de l’Europe

Le Nigérian Alika Ogorchukwu est mort sous les coups d'un Italien qui l' abattu à mort. Source: Twitter

Un homme noir qui se fait tabasser à mort devant des témoins en Italie. La vidéo, insoutenable, a fait le tour du monde et des réseaux sociaux suscitant à juste titre une vague d’indignation. Comment, en plein jour, dans une rue commerçante de Civitanova Marche sur la côte Adriatique, Alika Ogorchukwu, un Nigérian de 39 ans, a pu être battu à mort dans l’indifférence totale ou, pire, sous le regard de passants qui filmaient ? Le drame s’est déroulé vendredi 29 juillet, peu après 14h, dans la péninsule. En à peine quatre minutes, la vie d’un père de famille s’est achevée sur le trottoir parce qu’un homme blanc de 32 ans s’est acharné sur lui. Alika Ogorchukwu laisse derrière lui deux orphelins et une veuve qui demande que justice soit faite.

Que s’est-il passé pour qu’un tel drame arrive ? Mais rien ne peut justifier une telle barbarie. Une question me vient à l’esprit : les passants seraient-ils restés aussi apathiques si cela avait été un homme blanc ou une femme blanche qui se faisait tabasser de la sorte ? Mais en élargissant un peu la focale, le drame intervient dans une ambiance électorale marquée par des idées de l’extrême droite et dans une région des Marches dirigée, depuis 2020, par Francesco Acquaroli, membre des Frères d’Italie, un parti d’extrême droite. Il aurait d’ailleurs fait ses débuts au sein du Mouvement social italien, un parti néofasciste.

Au regard de ces éléments, difficile de ne pas voir dans ce drame les conséquences d’un discours politique qui désigne l’étranger comme le principal responsable des maux de la société occidentale.

Au regard de ces éléments, difficile de ne pas voir dans ce drame les conséquences d’un discours politique qui désigne l’étranger comme le principal responsable des maux d’une société occidentale de plus en plus confrontée à des problèmes d’insécurité, de violence et de chômage. Seul le débat d’idées, la sensibilisation et l’élaboration de vraies solutions aux problèmes de société contribueront à déconstruire le discours de haine de l’autre tenu par l’extrême droite.

Le racisme et l’antisémitisme sont des fléaux qui ternissent l’image et la renommée de l’Europe. Il faut les combattre avec fermeté et sans compromis, mais en démontant leurs arguments et leurs affirmations ou raccourcis de ceux qui les professent. Il faut le faire partout, à tous les niveaux et sur toutes les plateformes. Il ne faut pas non plus tomber dans la victimisation béate. L’insécurité n’a pas de couleur, pas plus que la violence.

Nos responsables politiques doivent se rendre compte que leurs discours peuvent servir de carburant à des actes susceptibles de provoquer des dégâts irréversibles. L’Europe a en son sein des dirigeants qui ne réfléchissent pas plus loin.

Il ne faut pas non plus tomber dans la victimisation béate. L’insécurité n’a pas de couleur, pas plus que la violence.

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, est l’exemple emblématique du dirigeant européen semeur de haine et de division. Ses propos du 23 juillet dernier, déclarant ouvertement son refus d’une « race mixte » et de la « société multiethnique ». Comment un dirigeant européen peut-il soutenir que sa population ne veut pas d’une « race mixte » qui se mélangerait avec des « non-Européens » ? Si ce n’est faire preuve d’une myopie intellectuelle, être rétrograde et vivre avec des idées rétrogrades du passé. Car les sociétés, sous tous les cieux, vont justement vers davantage de mixité et que les mélanges produisent généralement de beaux résultats. Mais une autre question se pose : pourquoi un tel dirigeant est élu pour un quatrième mandat d’affilée à la tête de son pays ?