SANTE

Medista : « Pour la sérénité de la campagne de vaccination, il faut écarter cette fonctionnaire du SPF »


Depuis le 1er septembre, c’est la société Movianto qui est chargée de la gestion du stock stratégique de du pays lié au Covid-19, mais c’est Medista, écartée par l’Etat belge, qui au final, assure à nouveau la logistique de la nouvelle campagne de vaccination lancée ce lundi 12 septembre, le nouveau prestataire n’étant pas en mesure de le faire pour des questions de stockage et de traçabilité. Alors que l’entreprise de distribution de médicaments et de dispositifs médicaux sauve la campagne de vaccination, elle est toutefois mise au pied du mur par le SPF Santé. A l’exclusion d’un paiement à titre prévisionnel reçu, auquel l’entreprise ne peut toucher, cela fait des mois qu’elle n’est pas payée. l’Etat fédéral doit encore plus de 5 millions de factures impayées pour ses prestations passées sous des prétextes fallacieux. Medista dénonce des manœuvres de décrédibilisation et vise une fonctionnaire en particulier. « Pour la sérénité de la campagne de vaccination et le bien des deniers publics, il faut écarter cette fonctionnaire du SPF », estime Olivier Delaere, un des administrateurs de Medista qui implore par ailleurs l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire.

Selon Medista, Le ministre fédéral des Affaires sociales et de la Santé publique, Frank Vandenbroucke « refuse de contrôler les manœuvres d’intimidation d’un fonctionnaire et oblige Medista à continuer à travailler, sans perspective de paiement ». Cela fait des mois qu’un fonctionnaire haut placé au sein du SPF Santé publique tente de pousser à bout Medista.
Ce sont d’ailleurs des collaborateurs du gouvernement qui ont informé Medista des méthodes douteuses adoptées par leur supérieur hiérarchique. Même si Medista tient à souligner que tout le monde au SPF Santé n’est pas pétri de mauvaises intentions, cette situation, qui empêche l’entreprise de faire son travail, ne peut plus durer pour le bien-être de la population, dont la sécurité sanitaire doit être garantie.

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 La continuité du service à quel prix ?

«Nous ne souhaitons pas continuer à travailler pour un gouvernement si peu fiable, qui abuse de son pouvoir, tolère les manœuvres d’intimidation, nous enfonce dans un gouffre financier, puis veut encore nous obliger à organiser la nouvelle campagne de revaccination, alors qu’il est d’ores et déjà évident que nous ne serons jamais payés. Mais Vandenbroucke enchaîne les astuces juridiques pour nous obliger à continuer nos prestations de services, parce que le distributeur qu’il a choisi pour les vaccins Covid n’a pas les autorisations nécessaires, ni les congélateurs pour les vaccins Pfizer», nous explique Olivier Delaere.
Mais, l’entreprise est prise au piège. Elle n’est pas payée pour ses prestations et doit toutefois continuer à prester pour assurer la continuité d’un service public, doublé de l’argument sanitaire. « Cela n’arriverait jamais en droit commercial pur. Si un fournisseur n’est pas payé, il ne livre plus son entreprise cliente ! », nous précise Olivier Delaere, profondément choqué par ces manœuvres dilatoires.

 De l’intimidation à l’étouffement financier

Pratiquement toutes les factures de Medista sont systématiquement contestées et, étonnamment, à chaque fois, le dernier jour avant la date d’échéance du terme. Exsangue, Medista a demandé cette fois la garantie qu’elle serait payée, avant de continuer les activités de distribution dans le cadre de la nouvelle campagne. Le gouvernement s’est alors tourné vers les cours et tribunaux, sans en informer l’entreprise. Un juge vient de décider a que Medista devait continuer à prester, quand bien même le gouvernement ne paie pas.

« C’est surréaliste ! On a tout laissé tomber au début du Covid-19 pour nous concentrer sur cette activité, au détriment même de certains autres projets de développement. C’est cela le remerciement ? Sans compter que Medista est aujourd’hui à la pointe de l’innovation dans son secteur. L’Etat est prêt, en période de relance économique, à fragiliser une entreprise ? Il espère quoi ? Une faillite ? ».

En période de campagne vaccinale, Medista emploie jusqu’à 150 personnes, salariés et indépendants confondus. L’avenir pourrait s’assombrir pour l’ensemble du personnel. « Le SPF a déjà fait comprendre qu’il pensait réclamer le montant prévisionnel versé, ou au moins une bonne partie, dès la fin de la campagne de revaccination. Pour ne rien arranger, le gouvernement a accumulé une ardoise complémentaire de 1,8 million d’euros, et cela ne tient pas encore compte des frais liés à la campagne de revaccination ».

 Le sommet du cynisme

Le ministre Vandenbroucke laisse également entendre que Medista aurait été trop chère. « C’est faux. Lors de la première attribution de marché, le gouvernement a lui-même indiqué que les prix de Medista étaient conformes au marché. Le fait que le nouveau fournisseur soit moins cher n’a en soi rien d’étonnant : les services prestés ne sont simplement pas comparables », nous précise Olivier Delaere.
« Et Le fait que le ministre se retranche derrière une volonté d’utilisation efficace de l’argent des contribuables est particulièrement cynique. Ses services ont gaspillé plus de cent millions d’euros en vaccins et médicaments qui ne seront jamais utilisés ». L’entreprise a toujours, en effet, dans ses hangars un stock d’importance de produits périmés pour cause de mauvaise gestion et en attente de destruction, ce qui coûtera aussi de l’argent et donc des deniers publics, comme la déjà plusieurs fois signalé Medista.

Une commission d’enquête exigée

A ce stade, Medista estime ne plus avoir le choix. Une entreprise est poussée à bout par un fonctionnaire haut placé. L’origine du conflit remonte au moment où Medista a informé le ministre à propos de pratiques inacceptables de la part d’un fonctionnaire responsable. « Contre toute attente, le ministre a pris le fonctionnaire sous sa protection, ce que ce dernier a interprété comme un sauf-conduit pour essayer de briser l’entreprise qui avait osé dénoncer ces pratiques. J’espère qu’une commission d’enquête aura lieu pour faire toute la lumière sur cette situation et la manière dont les deniers publics ont été utilisés. S’il s’avère par exemple qu’un nouveau tender a eu lieu sans rapport de l’inspection des finances, il faudra que le ministre prenne sa responsabilité et que ses collègues lui fasse comprendre qu’encore de nos jours tout n’est pas permis en Belgique ! », ponctue Olivier Delaere.