SOCIETE

Avortement : en Pologne, des militantes racontent leur calvaire dans la rue


Chaque année, le 28 septembre, la journée mondiale pour le droit à l’avortement libre et sécurisé est l’occasion de mobiliser la population sur cet enjeu majeur pour la santé des femmes. Une date qui résonne particulièrement en cette année 2022. En juin dernier, la cour suprême des Etats-Unis a décidé que l’avortement n’était plus un droit fédéral. Certains Etats américains ont depuis (ré) interdit l’avortement sur leur territoire. En Pologne, des associations féministes et des collectifs polonais qui militent pour un avortement libre se sont réunis à Varsovie. Dans un pays où avorter est quasiment illégal dans n’importe quel cas de figure, ces femmes racontent, dans des mises en scènes terribles,  leur histoire à même les pavés des rues de la capitale. Dans le monde, l’avortement est encore un droit à géométrie très variable. Dans plusieurs pays, ce ne sont toujours pas les femmes qui décident.

Depuis 2020, se faire avorter en Pologne est devenu très compliqué. La Cour constitutionnelle a interdit les avortements pour malformation du fœtus. Une situation qui représentait 98% des IVG en Pologne. Tout avortement est désormais interdit, sauf en cas de viol ou d’inceste.
La législation polonaise est ainsi l’une des plus restrictives en Europe. Dans plusieurs rues commerçantes de Varsovie, en cette journée mondiale, des femmes ont raconté leur propre avortement, celui d’une amie ou l’aide qu’elles apportent à des femmes dans le besoin.

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Ton corps, pas ton choix, ta liberté

L’avortement doit être sûr, abordable et accessible à toutes. Ce n’est malheureusement pas encore le cas partout. Aux Etats-Unis, en Ukraine, en Amérique latine, en Afrique, au Moyen-Orient, le droit à l’avortement est restreint ou interdit. En Europe également, certains pays appliquent des mesures de rétorsions.

En Pologne, Une Polonaise de 37 ans est décédée à l’hôpital après des semaines de souffrances. Enceinte de jumeaux, elle avait dû garder l’un de ses fœtus mort dans son ventre pendant sept jours, selon sa famille qui accuse le gouvernement d’avoir du sang sur les mains. En cause : la loi polonaise, l’une des plus restrictives en Europe, qui depuis un an interdit l’avortement en cas de grave malformation du fœtus, même mortelle.

Il y a deux ans, la Cour constitutionnelle polonaise a limité les cas dans lesquels les femmes pouvaient recourir à l’IVG. Il n’est maintenant plus possible d’avorter en cas de malformation du fœtus. Sauf que ces avortements représentaient 98% des 1.100 IVG pratiquées légalement en 2020. L’avortement est donc, de fait, presque devenu illégal. Aujourd’hui, les Polonaises ne peuvent interrompre leur grossesse qu’en cas de viol ou d’inceste ou bien s’il y a un danger pour la vie ou la santé de la femme enceinte.

Plusieurs jeunes femmes sont récemment décédées. Izabela avait 30 ans et Agniezka, déjà mère de 3 enfants, 37 ans. Elles sont les nouveaux visages de la lutte pour l’avortement. Enceintes d’un fœtus malformé, elles sont mortes d’un choc septique, faute d’avoir pu avorter.
Si les médecins pratiquaient un avortement et qu’un tribunal décidait qu’il n’y avait aucun danger pour la mère, ils encourent jusqu’à trois ans de prison. Dans le cas de la mort d’Izabela trois des médecins qui s’occupaient d’elle, ont été accusés d’homicide involontaire au début du mois, car ils n’auraient pas porté secours à une femme en danger. Eux affirment qu’ils ont simplement respecté la loi.

Copyright : Izabela, âgée de 30 ans et dont la grossesse avait commencé 22 semaines plus tôt, s’est éteinte fin septembre 2021 dans un hôpital à Pszczyna en Silésie – AFP

Les Polonaises ont beau manifester, cela ne change rien. Lorsque le droit à l’avortement a été restreint en 2020, 400.000 personnes sont descendues dans la rue pendant des mois. Le pays assistait à la plus grande manifestation depuis la fin de l’ère soviétique. Mais ça n’aura pas suffi à faire changer la décision du gouvernement.

En décembre 2021, les députés européens ont à nouveau condamné la décision du Tribunal constitutionnel polonais du 22 octobre 2020 qui impose une interdiction quasi-totale de l’avortement. Durant la dernière année écoulée, seules 300 Polonaises ont eu accès aux services d’avortement dans les hôpitaux du pays.
« Plus aucune Polonaise ne devrait mourir en raison de la loi sur l’avortement. Cette décision sur l’avortement est un nouvel exemple de la mainmise politique sur le pouvoir judiciaire et de l’effondrement systémique de l’État de droit en Pologne », réaffirme le Parlement européen.

Du crime à la liberté d’avorter

Le parcours pour avorter demeure un parcours du combattant dans de nombreux pays à travers le monde et de manière très inégale. Une vingtaine de pays considèrent encore l’avortement comme un crime et interdisent strictement l’interruption volontaire de grossesse, même dans les cas les plus extrêmes de viol, d’inceste ou de mise en danger de la vie de la mère.

C’est le cas à Madagascar, un héritage du code napoléonien de 1810. Aux antipodes, L’inde fait figure de meilleure élève dans le domaine. Le pays de 1,3 milliard d’habitants, qui comptera dans quelques années la population la plus nombreuse du monde, autorise l’avortement depuis plus de 50 ans. La tendance est à la facilitation de cette interruption de grossesse: les indiennes peuvent avorter pendant les 12 premières semaines, voire à 20 semaines dans des cas particulier, après l’avis de deux médecins.

En Belgique, chaque femme a le droit de demander une interruption volontaire de grossesse (IVG). Sauf en cas de problème médical grave, l’avortement doit avoir lieu avant la fin de la 12ème semaine qui suit la conception, soit 14 semaines après les dernières règles.

Photo: Copyright : Des militantes rassemblées dans les rues de Varsovie ce mercredi 28 septembre 2022 – Twitter