POLITIQUE

Ahmed El Khannouss exclus des Engagés : il dénonce un racisme primaire et un parti droitisé


Lundi matin, Maxime Prévot, le président des Engagés, annonçait le départ d’Ahmed El Khannouss. Cette exclusion, que le premier concerné conteste, fait suite à des tweets de l’ancien député bruxellois dans lesquels considère que le parti a tourné le dos à ses valeurs humanistes, avec une incapacité de remise en question. Exclusion ou démission ? Ahmed El Khannouss a reconnu maintes fois publiquement avoir un franc parler, n’hésitant pas à remettre en cause la ligne officielle du parti. Si ce départ, volontaire ou non, est tout sauf inattendu, ce divorce est l’occasion pour lui de se livrer. Dans une interview exclusive accordée à nos confrères de Divercite.be, il pointe un repli communautariste et n’hésite pas à affirmer que les Engagés se sont droitisés.

Cette rupture avec le parti suit de près le départ de Véronique Lefrancq, maintenant indépendante au Parlement bruxellois. Cette dernière a estimé il y a quelques jours qu’elle ne se retrouvait plus dans le projet humaniste initial. Pour l’ancienne membre du parti, si elle s’est engagée en politique, c’est avant tout pour aider les gens fragilisés. Elle estime qu’aujourd’hui ce n’est plus le cas. Dans l’entretien accordé à Divercite, Ahmed El Khannouss affirme que les Engagés s’éloigne des valeurs fondatrices du parti pour faire du mimétisme du MR et de l’extrême-droite, loin de l’héritage de Joëlle Milquet. Le travail de la tenante d’une ligne inclusive serait ruiné. La plaie est béante au sein des Engagés bruxellois.

Une permanence du front national

L’ancien député bruxellois ne mache pas ses mots lorsqu’il évoque le manifeste du parti. Il affirme que sur la plupart des 2000 propositions citoyennes, sur des enjeux de société majeurs, quasi aucune n’a été prise en compte. « Sur les 300 amendements proposés lors de la finalisation du manifeste, là aussi presque rien n’a été validé, mis à part l’un ou l’autre point repris juste pour amuser la galerie. Tout cela n’est rien d’autre qu’une grosse supercherie qui fait que beaucoup de gens ne s’y sont plus retrouvés ».
Ahmed El Khannouss reconnait avoir alors utiliser des formules chocs afin de provoquer un sursaut ou une prise de conscience. « Quand je vais au siège du parti à la rue du commerce, j’ai l’impression d’être dans une permanence du Front national ».

Se débarrasser du foulard

Ahmed El Khannouss estime que les choses ont commencé à changer avec l’arrivée de Benoit Lutgen. Il revient, entre autres sur l’affaire Mahinur Özdemir, aujourd’hui ambassadrice de la Turquie à Alger. « Son soi-disant refus de reconnaitre le génocide arménien alors qu’elle s’était clairement alignée sur la position officielle de l’État belge à l’époque, était un prétexte pour pouvoir se débarrasser réellement de quelqu’un qui portait un foulard et rien d’autre ». L’ancien député dénonce aussi un communautarisme où l’« on va chercher des personnes uniquement pour faire des voix et même parfois des personnes analphabètes qui, une fois élues, doivent juste se contenter de faire office de presse-boutons ».

Une islamophobie ancrée

Et de révéler une autre anecdote : « cela s’est passé en 2018. Deux dames qui sont membres de ma section locale portent un bandana comme couvre-chef. L’une est Belge de souche et convertie à l’islam, l’autre est Belge d’origine congolaise et chrétienne. Cette dernière est décédée aujourd’hui d’un cancer (paix à son âme), maladie qu’elle avait déjà pendant la campagne de 2018 et qui explique pourquoi elle portait un bandana. A l’époque, nous préparions la campagne, imprimions les affiches, les fascicules, etc. Quand le président de l’époque de la section molenbeekoise du cdH me téléphone et me dit « Ahmed, il y a une merde, le secrétaire général veut me voir, apparemment Benoit Ludgen ne veut pas de femmes voilées sur les affiches » (gardant probablement des séquelles de l’élection de Mahinur Özdemir au Parlement bruxellois) pensant que les deux candidates étaient de confession musulmane. J’étais hors de moi et après avoir eu des échanges très vifs et très durs, le parti a fait machine arrière. C’est là que j’ai réalisé que l’islamophobie était ancrée parfois au plus profond de certains au sein même du Centre Démocratique Humaniste ».

« Joëlle Milquet, Francis Delperée, Marie-Dominique Simonet, Julie Degroote, Hamza Fassi-Fihri. Véronique Lefrancq, Miche Lemaire, Bertin Mampaka, Denis Grimbergh, Benoit Cerexhe, Mahinur Özdemir et bien d’autres… Toutes ces personnes se sont profondément investies pour défendre les véritables valeurs humanistes et nous sommes passés de 6% à 13% », assène l’ancien député. Pour Ahmed El Khannouss le parti est malade. Il traverse de graves problèmes structurels de par son orientation idéologique marquée par une droitisation. Les régionale de 2024 apparaissent à tout le moins actuellement des plus hasardeuses pour Les Engagés.




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