SANTE

Campagne vaccinale : Medista fustige un marché public « pas net » et des mensonges


Fin 2020, l’État belge attribue un marché public à Medista concernant la gestion de stocks et des services liés à tout ce qui concerne le matériel de test pour le Covid-19. Dans le courant de l’année 2021, l’État belge attribue aussi à Medista un marché public pour la gestion de stocks et des services liés aux vaccins. Ce contrat a une durée de 4 ans. Or, cela fait plusieurs mois que Medista, l’entreprise de services logistiques spécialisée dans le milieu pharmaceutique initialement en charge de la distribution des vaccins anti-Covid, pointe les méthodes du SPF Santé et dénonce « un gouvernement qui abuse de son pouvoir ». Après une saga à rebondissements, il y a quelques jours, la justice a levé l’obligation de Medista, décidée par le gouvernement fédéral il y a moins de deux mois, de coopérer à la nouvelle campagne de vaccination contre le coronavirus. Aujourd’hui, Medista affirme que « le Conseil d’État a été trompé par le SPF Santé publique » et somme le ministre Vandenbroucke de revenir sur ses déclarations après de fausses informations données par son administration. Explications.

En juin dernier, le marché pour l’entreposage et la distribution des vaccins Covid a été confié à un nouveau fournisseur. Cela ne s’est pas fait sans accrocs. Medista, l’entreprise belge qui assurait jusque-là avec la distribution des vaccins, a perdu le marché public face à Raes Logistics et Movianto, une multinationale d’origine française. Estimant qu’il y avait un manque de transparence concernant les motifs, Medista s’est alors posé de sérieuses questions sur la manière dont la procédure a été menée. L’Etat belge a en effet opté pour un fournisseur qui ne disposait même pas des autorisations nécessaires pour pouvoir entreposer et distribuer les vaccins Pfizer. Medista a par conséquent dû introduire un recours au Conseil d’État.

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Un marché public loin d’être net

Mais, au mois d’août dernier, le Conseil d’État a jugé qu’il n’y avait « à première vue » pas d’irrégularités établies dans le cadre de la nouvelle attribution de marché à la société Moviento. « Trois mois après cette décision, il semblerait que Medista, qui a mené à bien l’opération Covid ces deux dernières années, avait bel et bien des arguments valables à faire valoir. Le ministre Vandenbroucke a, tout le moins, déjà dû faire marche arrière à deux reprises devant la commission Santé publique, en admettant implicitement que l’argumentaire du gouvernement devant le Conseil d’État n’était pas entièrement clair », affirme Medista dans un communiqué.

Aucun rapport de l’Inspection des finances

Un dépassement imminent du budget avait été la principale raison avancée pour expliquer la rupture du contrat de Medista, un contrat qui avait été attribué à l’entreprise moins d’un an auparavant. « Est-ce un hasard si cela s’est produit juste au moment où Medista était en conflit avec le fonctionnaire responsable du SPF Santé publique ? La réponse est dans la question. En effet, il est depuis lors apparu qu’il n’y a aucun rapport de l’Inspection des finances, comme l’avait d’abord prétendu le ministre Vandenbroucke. Dans le cadre de la commission Santé publique, le ministre a dû faire marche arrière et admettre que le rapport en question n’existe tout bonnement pas. Or, ce rapport était normalement la raison justifiant la décision de réattribuer le marché public », précise l’entreprise dans son communiqué. De son côté, Frank Vandenbroucke a quant à lui déclaré devant la commission Santé publique que son administration avait demandé un « avis verbal » et que pour lui cela réglait la question.

Une offre d’emploi suspecte

En juin dernier, Medista constate que aussi depuis le 25 mai 2022, Movianto, qui remportera ultérieurement le lot 1 du marché public, a placé une offre d’emploi en ligne en vue de recruter un collaborateur qui sera affecté spécifiquement à la réalisation des missions du marché public. Il apparaît dans cette offre d’emploi que Movianto disposait d’une part d’informations qui n’avaient pas été transmises à Medista par le SPF Santé, et était d’autre part déjà au courant du fait qu’un ou plusieurs lots du marché public allaient lui être attribués. C’est à une violation flagrante du principe de traitement égal et équitable dans le cadre d’une passation de marché, estime Medista.

Un nouveau mensonge

La semaine dernière, Frank Vandenbroucke a aussi admis sur ce point qu’il avait mal informé les députés lorsque ceux-ci lui ont posé des questions à propos de cette offre d’emploi suspecte publiée par le nouveau fournisseur. « Il apparaît maintenant que le consultant engagé par le nouveau fournisseur est bel et bien allé travailler au SPF, et ce, peu après la décision du Conseil d’État. Il est donc évident qu’il y a eu des contacts entre les fonctionnaires impliqués dans l’attribution et les représentants du nouveau fournisseur pour la logistique Covid pendant la procédure de passation «, affirme Medista.

Pour Medista, tant l’entreprise elle-même que le Conseil d’Etat « ont été menés en bateau ». Au vu de ces faits nouveaux, Medista espère toujours que le ministre de la Santé revienne sur ses affirmations initiales et présente ses excuses après de fausses informations données par son administration.