Nucléaire/Energie : un manque d’anticipation, de l’amateurisme et du temps perdu


Après avoir traîné des pieds pendant des mois avant d’accepter de prolonger de 10 ans supplémentaires la durée d’exploitation de deux réacteurs nucléaires (Doel 4 et Tihange 3) après 2025, le Gouvernement belge a décidé ce vendredi 3 février, en conseil des ministres restreint, d’envisager la prolongation de trois nouveaux réacteurs (Doel 1, Doel 2 et Tihange 1). Cette décision des autorités fédérales laisse perplexe, elle arrive alors qu’on vient juste de fermer Tihange 2 le 31 janvier 2023, après Doel 3 en septembre 2022. Ce volte-face du Fédéral appelle aussi deux réactions qui peuvent paraître opposées. Elles traduisent le sentiment de nombre de Belges qui se demandent à quel jeu joue le Gouvernement fédéral.

D’un côté, on peut se réjouir que celui-ci ait fini par entendre raison et rejoindre l’analyse des partisans de cette option.

Ces derniers, parmi lesquels on retrouve notamment d’éminents spécialistes de l’atome et des ingénieurs de l’énergéticien Engie, n’ont pas ménagé leurs efforts et n’ont pas cessé de documenter leur position par des éléments concrets. D’abord, ils ont longtemps alerté les autorités et la population sur le risque de pénurie d’électricité et du risque de mise à mal de notre indépendance énergétique si la Belgique venait à renoncer totalement au nucléaire conformément à la loi de sortie de 2003. Ensuite, quand la solution de la prolongation de deux réacteurs nucléaires (Doel 4 et Tihange 3) a fini par s’imposer, ils ont attiré l’attention du Fédéral sur le fait que la Belgique risquait de greloter de froid durant les hivers 2025-2026 et 2026-2027 en raison d’une insuffisance de nos capacités de production nucléaire, car les deux réacteurs prolongés ne seraient prêts qu’en 2027.

La décision du Fédéral d’envisager la prolongation de 3 réacteurs nucléaires de plus laisse perplexe, elle arrive alors qu’on vient juste de fermer Tihange 2, après Doel 3 en septembre 2022.

Les partisans de l’atome plaidaient donc pour la prolongation de la durée d’exploitation de davantage de réacteurs nucléaires, non pas par lubie ou parce qu’ils ont une affection particulière pour l’uranium (combustible des centrales nucléaires). Mais leur plaidoyer répondait juste à la nécessité d’éviter une mauvaise surprise à la Belgique et de préserver nos entreprises et la population. Il répondait aussi à un souci de contribuer aux défis climatiques, car la production nucléaire d’électricité est décarbonée. Le Gouvernement leur donne aujourd’hui raison.

De l’autre côté, la décision de vendredi suscite aussi  de la colère. Car, on peut légitimement reprocher à la coalition politique fédérale, qui a succombé au dogmatisme du couple Ecolo-Groen, d’avoir trop attendu avant de revenir sur la voie du réalisme. Son obsession de vouloir à tout prix sortir du nucléaire malgré les alertes témoigne d’un amateurisme, d’un manque d’anticipation ayant entraîné une perte considérable de temps. C’est plus qu’une erreur de jugement. Un acteur de l’équation doit aussi se remettre en question : Elia, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité. Après avoir conforté le Fédéral dans son obsession de liquider totalement le nucléaire, celui-ci vient aujourd’hui indiquer qu’en cas de pic de consommation, notre pays pourrait être confronté à un trou de capacité de production estimé de 900 mégawatt (MW) à 1,2 gigawatt (GW).

Un acteur de l’équation doit aussi se remettre en question : Elia, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité.

L’heure est donc venue de faire preuve de pragmatisme et d’arrêter de s’enfermer dans un dogmatisme aveugle et sans remise en question. Il faut aujourd’hui prendre en considération les données factuelles et analytiques qui sont sur la table depuis plusieurs mois déjà pour reconnaître une chose : c’est le mix énergétique renouvelable-nucléaire qui garantira notre sécurité d’approvisionnement énergétique et contribuera à sauver notre planète.


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  • En fait, si j'ai bien compris, l'idée actuelle n'est pas de réellement prolonger les 3 vieux réacteurs (50 ans en 2025) mais bien de les 'utiliser' moins pour économiser du combustible et pouvoir encore leur faire produire de l'électricité (un peu) après la date de leur arrêt actuellement prévu dans la loi.
    Ce n'est pas si évident : pour ce faire, il faudrait un nouveau permis d'exploitation, relancer une enquête internationale (rayon de 1 000 km) et, techniquement, pas certain que la 'modulation' de puissance des réacteurs soit possible dans de telles proportions ni que des arrêts momentané et relances soient évidents ...De plus, ils ont été 'validés' pour une exploitation jusqu'à 50 ans, seront-ils encore techniquement, réglementairement, dans les conditions pour dépasser cette limite ???
    Entre-temps, la prolongation de D4 et T3 n'est toujours pas garantie à 100% : il n'y a encore qu'un pré-accord avec Engie, il faut modifier la loi, il faut une enquête d'incidence internationale, ...

  • Les réacteurs D1 et D2 de Doel sont identiques à celui de Borssele (aux Pays-Bas, à 20 km de la frontière belge). Sa durée d'exploitation a été portée à 60 ans, sans que personne y trouve à redire et ça n'a pas coûté cher aux Néerlandais, connus pour leur sens de l'économie. Ces réacteurs sont les mêmes que de nombreux réacteurs américains, dont la durée d'exploitation a été portée à 60 ans (et même 80 ans pour 6 d'entre eux).
    C'est uniquement pour des raisons politiques qu'une loi a été votée en 2003 pour sortir du nucléaire. Vingt ans plus tard, les conditions ont bien changé, que ceux qui ont voté cette loi stupide aient l'humilité de reconnaître leur erreur et que cette loi soit abrogée fissa !
    Les conditions d'exploitation et les demandes de prolongation des durées d'exploitation sont toujours examinées avec la plus grande rigueur par l'Agence Fédérale du Contrôle Nucléaire et les coûts entraînés par ces prolongations sont pris en charge dans le prix de vente de l'électricité. Ils ne sont d'ailleurs pas très élevés : ramenés au prix du kWh, c'est l'affaire de quelques centimes et tous comptes faits, comme Paul Magnette, Président du PS, l'a dit dans QR-Le Débat du 21-12-2022 à la RTBF, le kWh nucléaire coûte trois fois moins cher que le kWh éolien. Dommage que Sacha Daout lui ait brutalement coupé la parole, car il semblait bien parti pour en dire davantage.

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