Politique

Commission européenne : la nomination de l’Américaine Fiona Scott Morton est un mépris pour les économistes européens


La Commission européenne a annoncé, début de cette semaine, la nomination de l’Américaine Fiona Scott Morton, en tant qu’économiste en chef à la Direction générale de la concurrence. Elle a certainement les compétences pour occuper un poste hautement stratégique pour l’économie européenne. En effet, elle est professeur d’économie à Yale, une université privée américaine du Connecticut dont la réputation dépasse les frontières du pays de l’Oncle Sam et dont la renommée n’a rien à envier à l’université de Havard. Titulaire d’un bachelier en économie à Yale en 1989 et d’un doctorat en économie au MIT (Massachusetts Institute of Technology), l’Américaine de 56 ans a servi, de mai 2011 à décembre 2012, comme économiste en chef à la division antitrust du département américain de la Justice durant le mandat de l’ancien président US, Barack Obama. Dans ses fonctions, elle a soutenu l’application des lois antitrust. A Yale, elle a initié le projet de recherche Thurman Arnold qui rassemble des universitaires et des étudiants autour de la politique de la concurrence et l’application des lois antitrust.

Fiona Scott Morton a également exploré les solutions devant permettre aux USA de soumettre les géants comme Google et Facebook aux lois antitrust. Elle a piloté le Digital Economy Project du Tobin Center for Economics afin de garantir une meilleure compréhension des marchés du numérique.

La Commission européenne n’a-t-elle pas trouvé un(e) économiste de haut vol dans aucun des 27 pays européens pour occuper le poste d’économiste en chef ?

A priori, la future économiste en chef de l’antitrust européen est la personne idoine pour piloter le service dont la mission est de surveiller le bon fonctionnement de la concurrence au sein de l’Union européenne et de traquer les abus de position dominante chez les géants du numérique. Il faut dire que ce combat a accroché des amendes record prononcées par la Commission européenne ces dernières années (4,1 milliards d’euros infligés en 2018 à Google pour abus de position dominante liée à son système d’exploitation Androïd, 561 millions d’euros imposés en 2013 à Microsoft pour avoir favorisé son navigateur Internet Explorer au détriment de ses concurrents, etc.).

Mais la nomination de Fiona Scott Morton interpelle à plusieurs égards. D’abord, il y a sa mission de consultante (de lobbyiste ?) qu’elle avait exercée pour des géants du numérique comme Amazon, Apple et Microsoft. Bref des groupes qui cherchent souvent à contourner ou à ignorer sciemment les règles antitrust de l’Europe et qui sont souvent dans le viseur de la Commission européenne. Comment va-t-elle se positionner par rapport à ces groupes sans éveiller des soupçons quand son service devra les sanctionner ? Ensuite, une question vient à l’esprit : la Commission européenne n’a-t-elle pas trouvé un(e) économiste de haut vol dans aucun des 27 pays européens pour occuper le poste qui sera vacant lors du départ du Belge Pierre Régibeau ? Certainement qu’une procédure sérieuse d’appel à candidatures avec assessment a été organisée, mais n’y a-t-on pas prévu comme critère d’être ressortissant(e) d’un des 27 pays membres de l’Union européenne ?

Comment la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, va-t-elle justifier la nomination d’une Américaine à un poste stratégique, alors que l’Europe se bat pour gommer cette image de vassale des Etats-Unis qui lui colle à la peau ?

Sur des dossiers importants, l’Europe va sciemment se priver des conseils de son économiste en chef, alors que c’est justement pour ça qu’elle a été nommée !

Cette nomination apparaît, à tout le moins, comme une erreur d’appréciation dans le chef de celles et ceux qui ont pris la décision de nommer Fiona Scott Morton. Quel mépris pour les économistes européens ! Tant qu’à faire, allons chercher un(e) Britannique… Ce faisant, ils prennent le risque de choquer l’opinion européenne qui doit bien se demander à quoi joue l’exécutif européen ? N’y a-t-il pas suffisamment de compétences particulières en Europe au point d’aller les chercher Outre-Atlantique ? L’argument selon lequel la future économiste en chef de l’antitrust européen n’interviendra pas dans les dossiers dont elle a eu à connaître dans ses fonctions précédentes ne convainc guère. Car sur des dossiers importants, l’Europe va sciemment se priver des conseils de son économiste en chef, alors que c’est justement pour ça qu’elle a été nommée ! Quelle absurdité. Si on veut creuser encore un peu plus le fossé entre l’institution européenne et ses citoyens, on ne s’y prendrait pas autrement. Il est encore temps de corriger le tir…


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