Politique

Mort de Fethullah Gülen, l’ennemi numéro un du président turc Recep Tayyip Erdogan


L’ennemi numéro un du président turc Recep Tayyip Erdogan, Fethullah Gülen, est mort en Pennsylvanie le 20 octobre 2024, où il s’était exilé depuis 1999. Prédicateur islamique, ancien imam, il était le fondateur du courant mondial appelé « mouvement Gülen » ou Hizmet (qui signifie « service » en turc), un réseau de personnes et d’institutions impliquées dans l’éducation, la culture et la philanthropie. Ce dernier était reconnu pour promouvoir un islam modéré qui encourage le dialogue interreligieux, la science, et l’éducation. Le mouvement a fondé de nombreuses écoles dans le monde entier, en particulier dans des pays en développement. Après la mort de Fethullah Gülen, quel avenir pour son mouvement ?

L’organisation a eu une influence significative en Turquie, particulièrement entre les années 1990 et le début des années 2010, avant d’être sévèrement réprimé par le gouvernement turc.  Beaucoup s’accordaient sur le fait que Fethullah Gülen prônait un modèle d’islam compatible avec la démocratie et la modernité, mais d’année en année, son influence sur la société turque et ses relations avec l’Etat turc sont devenues sources de conflits majeurs dans le pays.

Depuis sa création dans les années 1970, la confrérie œuvre en premier lieu dans le domaine éducatif. Un vaste réseau d’écoles, de collèges et d’universités a été créé en Turquie et à l’international, particulièrement réputées pour la qualité de l’enseignement, notamment dans les sciences et les langues. Beaucoup de travail était fait pour promouvoir la modernisation, la science et les valeurs humanistes. En Turquie, ce mouvement forme depuis des décennies une grande partie de l’élite intellectuelle du pays.

Liens avec des médias et influence sur la politique

Mais ce n’est pas tout : le mouvement Fethullah Gülen contrôlait ou avait des liens avec plusieurs organes de presse influents en Turquie, notamment des journaux, des chaînes de télévision et des agences de presse. Ces médias servaient de plateformes pour promouvoir les idées du mouvement, ainsi que des idées de dialogue interreligieux et de modération de l’islam. Il avait produit un corpus théologique également à destination des entreprises, de l’économie de marché et des politiques économiques néolibérales. Cet ensemble et son influence a commencé à déplaire au pouvoir.

Pour beaucoup, le mouvement aurait eu une forte influence dans le système judiciaire et les forces de l’ordre en Turquie, notamment à travers l’encouragement de ses sympathisants à intégrer ces institutions. On estime que de nombreux juges, procureurs et policiers étaient des partisans du mouvement. Pendant les années 2000, sous le gouvernement de l’AKP (Parti de la justice et du développement) dirigé par Recep Tayyip Erdogan, ces personnes auraient occupé des postes-clés dans l’appareil d’Etat, ce qui aurait permis à Fethullah Gülen et à ses partisans d’exercer une certaine influence sur la politique et la justice en Turquie. C’est en cela que certains considéraient « Hizmet » comme un Etat dans l’Etat.

Rupture avec Recep Tayyip Erdogan

Mais au début des années 2010, le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui entretenait des rapports cordiaux avec l’organisation jusque-là, a commencé à voir le mouvement comme un sérieux concurrent qui pourrait avoir des revendications politiques nationales. Et en 2013, c’est la rupture après un scandale de corruption, mis à jour par des magistrats gülenistes, qui vise les proches d’Erdogan. C’est là que Fethullah Gülen devient l’ennemi à abattre. C’est la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 qui a marqué un tournant radical dans l’influence du mouvement en Turquie, bien qu’à l’époque, Fethullah Gülen se soit toujours défendu d’en être l’instigateur. Depuis, des milliers de personnes soupçonnées de faire partie du mouvement Gülen ont été arrêtées ou ont perdu leur emploi ; de nombreuses écoles, médias et organisations caritatives associées au mouvement ont également été fermés.

Après la mort de Gülen, quel avenir à l’organisation ? Si son influence a été largement circonscrite depuis 2016, à l’intérieur de la Turquie, après la répression, elle continue à exister en dehors de l’Europe, notamment aux Etats-Unis, en passant par l’Asie centrale ou l’Afrique, grâce à la force de la diaspora turque de par le monde.

Sébastien Boussois
Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l’IHECS (Bruxelles), associé au Cnam Paris (Equipe Sécurité Défense), à l’Institut d’Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l’Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).


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