Condamnée dans le dossier des assistants parlementaires à une peine d’inéligibilité, Marine Le Pen va faire appel

Attendu avec impatience par non seulement les principaux concernés, mais aussi la classe politique française, le jugement dans l’affaire des assistants parlementaires du Front National (devenu Rassemblement National) est tombé ce lundi matin, 31 mars. Le verdict est sévère pour l’ancienne présidente du parti, condamnée notamment à 5 ans d’inéligibilité avec exécution immédiate. Il lui barre donc la route de la présidentielle de 2027, alors qu’elle est la favorite dans les sondages. Elle entend faire appel du jugement, mais l’appel ne suspend pas l’exécution provisoire du jugement. Quant aux réactions, elles dépassent les frontières de l’Hexagone.
Ça ressemble à un séisme. Certains sont même allés jusqu’à évoquer un événement historique. A la mi-journée de ce lundi 31 mars, dans les murs de la 11ème Chambre du tribunal correctionnel de Paris, la présidente Bénédicte de Perthuis déroule les peines requises dans le procès dit « des assistants parlementaires du Front National » (un « système mis en place » pendant dix ans, dès 2009 avec détournement de 4,1 millions d’euros au bénéfice du parti frontiste et validé et signé par Marine Le Pen) contre les vingt-quatre prévenus, parmi lesquels Marine Le Pen, ex-présidente du parti d’extrême droite.
Peine sévère pour Marine Le Pen
La magistrate a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen, laquelle a quitté le tribunal sans même attendre la totalité du prononcé de sa peine : 4 ans de prison, dont 2 ans ferme et deux ans d’assignation à domicile avec bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité avec application immédiate. Ce dernier point signifie tout simplement qu’elle ne pourra pas se présenter à l’élection présidentielle de mai 2027 pour laquelle elle a depuis quelques mois fait acte de candidature. Elle a déjà participé aux présidentielles à trois reprises (dont deux présences en finale au deuxième tour, en 2017 et 2022 face à Emmanuel Macron).
C’est une affaire hors norme qui dépasse le cadre de cette salle d’audience.
Donc, première conséquence de ce procès (« C’est une affaire hors norme qui dépasse le cadre de cette salle d’audience », avait confié la présidente du tribunal en ouverture de l’événement), Marine Le Pen est hors-jeu pour la prochaine présidentielle, « le but ultime de sa vie politique » selon un de ses proches. Un retrait par force alors que la veille du procès, un sondage sur cette présidentielle 2027 la plaçait, avec 35 à 37% des intentions de vote, en tête en premier tour loin devant ses possibles adversaires : Edouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau ou encore Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen dénonce une mise à mort politique
Anticipant le prononcé du tribunal, Marine Le Pen crie au scandale, évoquant « une mise à mort politique » ou encore « une guillotine judiciaire ». Quelques semaines plus tôt, encore ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin avait assuré que « Marine Le Pen, on la combat dans les urnes et pas ailleurs ». Quant au Premier ministre François Bayrou, il se disait « choqué » par le procès fait à une des favorites de la prochaine présidentielle. Il a intimé l’ordre à tous les membres de son gouvernement de ne faire aucun commentaire tant avec les journalistes ou sur les réseaux sociaux.
Marine Le Pen, on la combat dans les urnes et pas ailleurs.
Le « lider minimo » de La France Insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, lui, est catégorique : « La destitution d’un élu devrait revenir au peuple ». Hors de France, l’affaire a fait réagir à Moscou, en Hongrie et en Italie avec le soutien du Kremlin, de Victor Orban et de Matteo Salvini à Marine Le Pen…
Quel avenir politique pour Marine Le Pen ?
Et maintenant, quel lendemain pour Marine Le Pen, 57 ans, et le Rassemblement National (RN) ? Le prononcé de la peine par le tribunal empêchera l’ex-présidente du parti d’extrême-droite, mais elle demeure la présidente du groupe Rassemblement National, fort de 140 députés, à l’Assemblée nationale.
Et il y a fort à parier qu’elle ne va pas s’y croiser les bras. En effet, récemment, chauffant l’ambiance avant le procès, elle a commencé à agiter la menace du dépôt d’une motion de censure pour faire tomber le gouvernement de François Bayrou. Cette option déclencherait une nouvelle crise politique en France et, en juin, de possibles nouvelles élections législatives…
Qu’en sera-t-il du parti ? L’actuel président, Jordan Bardella, 29 ans, fait figure d’héritier. Sera-t-il le candidat du RN à la présidentielle 2027 ? Il n’en dit rien mais l’idée fuse chez certains membres au parti qui voit même un ticket Bardella président et Marine Le Pen Première ministre, à moins que l’affaire reste dans la famille : dès le début d’après-midi de ce 31 mars, il se disait que Marion Maréchal, la nièce de Marine Le Pen et proche de l’idéologie de son grand-père Jean-Marie Le Pen, pourrait prochainement entrer dans la danse présidentielle. Point d’interrogation : vers qui se tourneront, lors des prochains rendez-vous électoraux, les 11 millions d’électeurs qui avaient donné leur voix tant aux européennes qu’aux législatives 2024 au Rassemblement National ?
Marine Le Pen fit appel de sa condamnation
En attendant, l’ancienne présidente du RN a fait appel de sa condamnation, mais celui-ci ne suspend pas l’exécution provisoire du prononcé. Les déclarations sont virulentes dans les rangs des nationalistes français. « Nous avons bien compris que le système était dans des soubresauts, qui voulait empêcher qu’une candidate et des électeurs se rencontrent », a déclaré Laurent Jacobelli, député RN à BFMTV.
En condamnant Marine Le Pen, ils ont interdit la candidature [à la présidentielle] de la favorite de toutes les enquêtes d’opinion.
« En condamnant Marine Le Pen, ils ont interdit la candidature [à la présidentielle] de la favorite de toutes les enquêtes d’opinion », a jugé Louis Aliot, également condamné dans le dossier des assistants parlementaires du Front national (devenu RN). Ex-eurodéputé, il a été condamné à 18 mois de prison, dont 6 mois ferme sous bracelet électronique, et 3 ans d’inéligibilité sans exécution provisoire, ce qui lui permet de garder son mandat d’édile en cours.
Le tribunal n’a pas prononcé d’application immédiate de la peine d’inéligibilité contre lui, vu le montant relativement faible des détournements de fonds le concernant et de la courte durée de son contrat.
Serge Bressan (correspondant à Paris)