Société

Conflit à l’est du Congo : la diplomatie du Golfe à la manœuvre entre la RDC et le Rwanda


Pendant que les accusations se multiplient contre les Emirats arabes unis accusés de « complicité de génocide » par le pouvoir soudanais, le Qatar est actuellement à la manœuvre dans la médiation de la crise entre la République démocratique Congo (RDC) de Felix Tchisekedi et le Rwanda de Paul Kagame. L’Afrique est devenu un terrain d’influence important pour les pays du Golfe. Il faut dire qu’il y a de nombreuses situations de guerre ouverte. 

Le 18 mars 2025, le président congolais et son homologue rwandais se sont rencontrés à Doha, sous l’égide de l’émir du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani. Cette rencontre, la première depuis l’escalade du conflit en janvier 2025, a abouti à un appel conjoint en faveur d’un « cessez-le-feu immédiat et inconditionnel » dans l’est de la RDC. Depuis, de nouvelles réunions des délégations respectives ont été organisées à Doha.

Depuis, on a pu constater sur le terrain le retrait des forces du M23 de la ville de Walikale, qui revêt une importance stratégique. De nouvelles rencontres devraient prochainement avoir lieu. D’autant que le Qatar a depuis longtemps de très bonnes relations avec les deux belligérants.

L’origine du conflit à l’est de la RDC

Le conflit entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda est lié à des tensions anciennes, exacerbées par la présence de groupes armés dans l’est du Congo. Kigali accuse Kinshasa de tolérer la présence des FDLR, un groupe rebelle hutu accusé d’avoir participé au génocide rwandais de 1994. En retour, la RDC accuse le Rwanda de soutenir activement le M23, un groupe rebelle tutsi très actif dans le Nord-Kivu, notamment autour de Goma.

Le M23 est accusé de massacres, de déplacements massifs de civils et de déstabilisation de la région. Malgré les démentis de Kigali, des rapports de l’ONU confirment l’implication rwandaise. Ce conflit est aussi alimenté par des intérêts économiques, notamment autour des mines de coltan, d’or et de cobalt. Les tensions ont conduit à une militarisation accrue de la région, malgré la présence de la Monusco (forces de l’ONU).

Des efforts diplomatiques, notamment de l’Union africaine, n’ont pas encore permis une désescalade durable. Le conflit aggrave une crise humanitaire déjà dramatique, avec plus de 7 millions de déplacés en RDC.

Le Qatar à l’œuvre

Le Qatar, de par sa tradition de médiation (en Afghanistan, à Gaza, dans la Corne de l’Afrique et sur plusieurs continents), tente de tirer son épingle du jeu depuis plusieurs semaines entre les deux camps afin de décrocher un cessez-le-feu et un accord de paix. Depuis de nombreuses années, le multilatéralisme bat de l’aile et il est difficile pour les Nations-Unis de peser dans la balance des négociations de nombreuses crises dans le monde.

C’est souvent le cas dans la région des grands lacs sur le continent africain, une région stratégique pour les minerais et les terres rares, particulièrement convoitées par le monde entier depuis plusieurs années. Les Etats-Unis ne s’y sont pas trompés, puisque la RDC a quasiment déjà signé un accord avec les Etats-Unis de Donald Trump en échange d’un soutien diplomatique et politique, même si le président rwandais Kagame est aussi soutenu par Washington depuis très longtemps.

C’est là qu’avec le retour d’une certaine forme de bilatéralisme, les puissances régionales jouent un rôle important de « tampon diplomatique ». Il y a celles comme les Emirats qui ont souvent fait le choix des armes, de la Libye au Soudan en passant par le Yémen, et d’autres comme le Qatar qui optent pour la diplomatie. Mais les puissances régionales seront amenées à de plus en plus jouer un rôle de médiateur en dehors de leur propre zone d’influence et que cela concerne la Chine, la Turquie, l’Europe ou l’Arabie Saoudite.

Sébastien BOUSSOIS
Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l’IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l’Institut d’Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au Nordic Center For Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l’Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).


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