Politique

Ukraine : vers un accord de paix ou un gel du conflit pour des décennies ?


L’image est déjà entrée dans l’histoire : le président américain Donald Trump et son homologue russe Vladimir Poutine, côte à côte en Alaska, évoquant une sortie de crise pour une guerre qui dure depuis plus de trois ans. Un sommet improbable, mais révélateur d’un temps où le multilatéralisme s’effondre et où les conflits les plus brûlants se règlent dans la solitude de rencontres bilatérales. Quelle autre alternative ? Le système international issu de 1945, conçu pour prévenir les guerres totales, semble épuisé. Aujourd’hui, ce sont les chefs d’État eux-mêmes, parfois en marge des institutions, qui se réservent le dernier mot. Que donnera la rencontre prévue ce lundi 18 août entre Donald Trump et le président Ukrainien, Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche?

Personne ne peut nier le courage acharné du peuple ukrainien, qui résiste depuis février 2022 à l’invasion brutale de ses territoires par la Russie. Cette guerre a fait ressurgir les fantômes d’un impérialisme que l’on croyait révolu. Elle a ravivé des traumatismes européens que seule la Seconde Guerre mondiale semblait avoir refermés. Les Ukrainiens se battent pour leur souveraineté, mais aussi pour une certaine idée de la liberté et de l’indépendance en Europe de l’Est.

Supériorité militaire de la Russie

Pourtant, la réalité militaire s’impose peu à peu : malgré le soutien massif de l’Occident, Européens et Américains en tête en armements et en financements, la ligne de front se fige. Les gains territoriaux restent limités, les pertes humaines colossales, et l’horizon stratégique s’obscurcit.

L’impasse est manifeste : la victoire totale de l’un ou de l’autre semble de plus en plus hors de portée. Pire, la Russie grignote du terrain à chaque déconvenue diplomatique ukrainienne. L’effet psychologique est clair. Un accord de paix tel qu’on l’entendait avant paraît de plus en plus illusoire tant les positions sont irréconciliables. Et tout conduit à penser, malgré ce que Trump pense, que le conflit glissera vers un gel, une guerre de positions, peut-être pour des décennies, à l’image de la Corée depuis 1953.

Pourtant, la réalité militaire s’impose peu à peu : malgré le soutien massif de l’Occident, Européens et Américains en tête en armements et en financements, la ligne de front se fige.

C’est dans ce contexte pourtant que Trump a choisi de tendre la main à Poutine. Pour beaucoup, cette démarche apparaît comme un pari cynique : faire la paix à tout prix, y compris au détriment de l’Ukraine, en sacrifiant une partie de ses territoires ou de ses ambitions. Mais pour d’autres, la logique est implacable : chaque jour de guerre détruit davantage l’Ukraine, la vide de ses forces vives, et affaiblit ses capacités de reconstruction future.

Faillite des institutions multilatérales

Les institutions multilatérales – ONU, OSCE, Union européenne – apparaissent incapables de peser sur le cours du conflit. Elles sont spectatrices d’un affrontement où seuls Washington et Moscou semblent encore avoir voix au chapitre.

La paix imposée d’en haut ne sera sans doute pas juste. Mais elle pourrait mettre fin au bain de sang. C’est là tout le dilemme moral et stratégique : vaut-il mieux une paix imparfaite ou une guerre interminable ? Dans tous les cas, il faudra veiller à ce qu’un accord n’enterre pas définitivement les espoirs ukrainiens et qu’il garantisse au maximum la sécurité du pays, afin qu’il ne devienne pas une proie à nouveau vulnérable dans quelques années.

Les Européens, rangés avec le Canada et l’Australie derrière Kiev, affichent une unité de façade.

Les Européens, rangés avec le Canada et l’Australie derrière Kiev, affichent une unité de façade. Leur aide militaire et financière est indispensable à la survie du pays. Mais ce soutien, s’il se prolonge indéfiniment, risque paradoxalement d’affaiblir encore plus l’Ukraine. Le pays est à bout de souffle, sa population épuisée, son économie exsangue. Plus le conflit dure, plus Kiev risque de devenir dépendante de ses alliés et prisonnière d’un front figé, incapable de reconstruire ni de planifier son avenir. Peut-être faudrait-il dès lors admettre qu’un gel du conflit, aussi imparfait soit-il, serait moins pire qu’une poursuite sanglante sans horizon. Non pas une capitulation, mais une trêve durable qui donnerait à l’Ukraine le temps de respirer et de se reconstruire, même partiellement.

Que donnera la rencontre de ce lundi 18 août 2025 ?

C’est dans cette perspective qu’il faut regarder la rencontre, prévue ce lundi 18 août 2025, à la Maison Blanche entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky. Les États-Unis veulent en finir, conscients qu’ils restent les seuls capables d’imposer un cadre de négociation.

Washington sait que l’Europe n’a ni le poids militaire, ni la volonté politique pour forcer un accord.

Washington sait que l’Europe n’a ni le poids militaire, ni la volonté politique pour forcer un accord. Il est possible que la paix ne soit pas à portée de main. Mais si un gel du conflit, même fragile, pouvait être arraché d’ici Noël, ce serait déjà une étape décisive. La diplomatie, même brutale et déséquilibrée, peut sauver des vies. Et au fond, c’est peut-être tout ce qu’il reste à espérer : que l’hiver qui arrive soit celui d’un cessez-le-feu, plutôt que celui d’une nouvelle saison de massacres.

Sébastien Boussois
Docteur en sciences politiques, chercheur en géopolitique, collaborateur scientifique du CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense) et Directeur de l’IGE (Institut Géopolitique Européen)


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