Politique

Guerre à Gaza : le Hamas accepte un cessez-le-feu de 60 jours, Israël fait durer le suspense


C’est un tournant inattendu. Ce mardi 19 août 2025, le Hamas a annoncé accepter une trêve de 60 jours. Un cessez-le-feu temporaire qui n’a rien d’anodin. Cet accord, rendu possible grâce à l’entremise de l’Egypte et du Qatar, prévoit la libération progressive des otages israéliens et un allègement humanitaire indispensable pour Gaza. Fait notable : Israël n’a pas encore réagi. Silence stratégique ? Calcul politique ? Difficile à dire. Mais ce mutisme laisse planer une question essentielle : et si, cette fois, la brèche ouverte pouvait enfin déboucher sur autre chose qu’un énième retour aux armes ? Analyse.

Ces dernières semaines, les négociations ont connu une intensité rarement atteinte. L’Egypte et le Qatar, qui depuis des années, servent d’intermédiaires, ont fini par mettre sur la table un texte clair : deux mois de trêve, une libération des otages en deux étapes, et la garantie d’un afflux d’aide. Le Hamas a dit oui. Sans conditions.

C’est une décision pragmatique, dictée par la lassitude de la population gazaouie, la pression militaire israélienne et l’isolement croissant de l’organisation islamiste.

Il faut mesurer ce geste. Ce n’est pas une adhésion idéologique à un processus de paix. C’est une décision pragmatique, dictée par la lassitude de la population gazaouie, la pression militaire israélienne et l’isolement croissant de l’organisation islamiste. Le Hamas sait qu’il ne peut plus prolonger indéfiniment un conflit qui ravage son territoire et alimente sa perte de légitimité.

Deux années de chaos avant une fenêtre fragile

Ce n’est pas la première fois qu’une trêve est évoquée. Depuis deux ans, Israël et Gaza ont enchaîné tentatives avortées et cessez-le-feu éphémères. Chaque ouverture a été suivie d’un retour aux bombardements, d’une reprise des roquettes, ou de nouvelles incursions terrestres.

En novembre 2023 déjà, une pause de quatre jours avait permis un premier échange d’otages. Début 2025, un autre plan en plusieurs phases avait brièvement relancé l’espoir. Mais à chaque fois, l’engrenage de la violence reprenait, comme si la logique de guerre avait plus de force que toute volonté politique.

La nouveauté cette fois tient à deux facteurs : la pression humanitaire, insoutenable, et une mobilisation croissante en Israël même, où des familles d’otages et une partie de l’opinion exigent un compromis.

La nouveauté cette fois tient à deux facteurs : la pression humanitaire, insoutenable, et une mobilisation croissante en Israël même, où des familles d’otages et une partie de l’opinion exigent un compromis.

Autrement dit, le moment n’a jamais été aussi propice pour qu’une trêve, même temporaire, ouvre la voie à une dynamique nouvelle.

Et maintenant ? L’espoir d’un vrai tournant

Que peut-il sortir de ces soixante jours ? Avant tout, la libération progressive des otages, qui constituerait un soulagement immense pour les familles et une victoire symbolique pour Israël. Le respect des engagements par le Hamas pourrait aussi affaiblir son emprise politique et militaire sur Gaza, ouvrant la voie à une alternative plus viable pour la population.

Concrètement, il est question de la libération immédiate de 10 otages israéliens encore vivants, de la restitution d’un certain nombre de corps de captifs, de la libération de prisonniers palestiniens, et d’un retrait partiel des troupes de l’armée israélienne. « Les captifs restants seraient libérés lors d’une deuxième phase, avec des négociations immédiates à suivre pour un accord plus large » afin de mettre fin à la guerre, avec des garanties internationales.

Reste Israël. Son silence ne pourra pas durer. Le Gouvernement Netanyahu devra choisir entre l’escalade, qui risque d’accentuer la fracture avec une partie de son opinion publique, et l’apaisement, qui lui offrirait une occasion historique de transformer cette trêve en tremplin vers un avenir différent.

Le Gouvernement Netanyahu devra choisir entre l’escalade, qui risque d’accentuer la fracture avec une partie de son opinion publique, et l’apaisement qui lui offrirait une occasion historique de transformer cette trêve en tremplin vers un avenir différent.

Au cœur de ce fragile équilibre, l’Egypte et le Qatar confirment leur rôle de médiateurs essentiels. Leur diplomatie patiente rappelle qu’il est parfois possible d’obtenir par la négociation ce que la force ne parvient jamais à imposer. Bien sûr, tout reste fragile. Mais pour la première fois depuis longtemps, une fenêtre s’ouvre. Le Hamas accepte une trêve.

Les otages pourraient rentrer. Gaza pourrait respirer. Israël a l’occasion de réorienter son avenir. Personne ne croit à un miracle immédiat. Mais si cette trêve tient, si elle débouche sur un désarmement progressif et une réorganisation de Gaza loin du joug islamiste, alors il sera permis de croire à un véritable tournant. Et si, enfin, après tant de guerres sans fin, la paix n’était plus seulement une utopie mais une possibilité réelle ?

Sébastien Boussois
Docteur en sciences politiques, chercheur en géopolitique, collaborateur scientifique du CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense) et Directeur de l’IGE (Institut Géopolitique Européen)


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