Le président Tebboune ouvre la voie au retour des sans-papiers en Algérie
Le président algérien a récemment annoncé, lors d’un Conseil des ministres, un dispositif de régularisation destiné aux ressortissants du pays vivant à l’étranger dans la précarité et en situation irrégulière. Une initiative présentée comme volontaire et encadrée, dans un contexte migratoire toujours sensible.
À l’issue du Conseil des ministres du 11 janvier 2026, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune a annoncé l’adoption prochaine d’un décret visant à régulariser la situation des Algériens vivant à l’étranger en situation « irrégulière et de précarité ». L’objectif est de leur permettre de rentrer au pays dans un cadre légal.
Un appel au retour après des parcours marqués par la précarité
Selon un communiqué de la présidence relayé par l’agence Algérie Presse Service (APS), l’appel s’adresse en priorité aux jeunes ayant quitté l’Algérie par la « harga », l’émigration clandestine, souvent au terme de traversées dangereuses et confrontés à des parcours administratifs bloqués dans les pays d’accueil.
On vit au jour le jour, sans papiers, sans droits, toujours dans la peur des contrôles. L’idée de rentrer existe, mais on a aussi peur de revenir sans perspective.
Les autorités algériennes décrivent une réalité marquée par la pauvreté, l’isolement social et l’exposition à diverses formes d’exploitation. « On vit au jour le jour, sans papiers, sans droits, toujours dans la peur des contrôles », témoigne Yacine, 27 ans, arrivé en Europe, il y a trois ans et aujourd’hui sans statut légal depuis 3 ans. « L’idée de rentrer existe, mais on a aussi peur de revenir sans perspective ».
Comme lui, de nombreux jeunes se disent partagés entre la fatigue de la clandestinité et l’incertitude d’un retour.
Une régularisation encadrée, entre attentes et limites
La mise en œuvre du dispositif sera assurée par les consulats algériens à l’étranger, chargés de traiter les demandes de régularisation et de délivrer les documents nécessaires, notamment des passeports, afin de permettre un retour volontaire.
La présidence précise que cette mesure exclut les personnes impliquées dans des crimes de sang, le trafic de drogue, le trafic d’armes ou toute collaboration avec des services de sécurité étrangers visant à nuire aux intérêts de l’État.
Selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 54.000 Algériens ont rejoint l’Europe entre 2020 et 2024.
Selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 54.000 Algériens ont rejoint l’Europe entre 2020 et 2024, illustrant l’ampleur d’un phénomène structurel. Pour certains observateurs, l’initiative marque une inflexion politique, mais son impact restera limité sans accompagnement économique. « Si je rentre, il faut du travail, pas seulement des papiers », insiste Yacine, qui dit attendre de voir « ce que l’État proposera concrètement » avant de se décider.
Inflexion dans le discours
En ouvrant la voie à une régularisation administrative préalable au retour, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune amorce un changement de ton dans la gestion de l’émigration irrégulière, longtemps dominée par une approche répressive. Pour rappel, la loi algérienne punit les ressortissants ayant fui le pays.
L’initiative se veut à la fois humanitaire et politique, mais elle se heurte aux réalités économiques et sociales qui ont poussé des milliers de jeunes à partir. Entre espoir de réintégration et crainte d’un retour sans avenir, la réussite du dispositif dépendra moins des annonces que de la capacité des autorités à offrir des perspectives durables à ceux qui accepteront de rentrer.
H. C.
(Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, incite ses jeunes ressortissants vivant dans la clandestinité en Europe à rentrer au pays, mais tout dépend de l’application concrète de cette ambition et les mesures à prendre pour susciter des désirs de retour. Photo : AFP)
