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Iran : Donald Trump n’a pas renoncé à frapper la république islamique des Mollahs


Le président américain continue à souffler le chaud et le froid sur l’Iran, alternant les appels au dialogue et les menaces d’éradication du régime des mollahs. Mais un fait est certain : les Etats-Unis, depuis une dizaine de jours, ont accumulé des forces considérables au Moyen-Orient et ont désormais amplement les moyens de frapper si et quand il le souhaite tout en garantissant la sécurité de ses alliés régionaux. Au point que certains soupçonnent ses gesticulations des derniers jours sur l’Iran de n’avoir été qu’un « brouillard de guerre » destiné à détourner l’attention de Téhéran.  

Jeudi 22 janvier 2026, des sources de l’U.S. Navy révélaient à la presse américaine que le porte avion USS Abraham Lincoln naviguait dans l’Océan Indien, remontant vers le Moyen-Orient qu’il devrait atteindre dans les tout prochains jours.

Le même jour, à bord de l’Air Force One qui le ramenait de Davos, Donald Trump confirmait qu’une « armada importante » se dirigeait vers l’Iran. Mais il ajoutait qu’il espérait que le dialogue l’emporterait et qu’il n’aurait pas à se servir de cette arme redoutable.

Les paris sont ouverts

Il n’en a pas fallu plus pour relancer les spéculations. Frappera ? Frappera pas ? Les paris sont ouverts. Bien sûr, seul le président américain et une poignée de ses proches – son vice-président, JD Vance ; le secrétaire d’Etat, Marco Rubio (qui fait également fonction de Conseiller à la sécurité nationale depuis le départ de Michael Walz, le 1er mai dernier) ; le directeur de la CIA John Ratcliffe ; le chef d’état-major des armées Dan Caine et Stephen Miller, chef de cabinet adjoint – savent ce qu’il en est.

Tout ce qui concerne l’Iran est piloté directement, et dans le plus grand secret, depuis la Maison-Blanche.

Et tout ce qui concerne l’Iran est piloté directement, et dans le plus grand secret, depuis la Maison-Blanche. Mais il est possible de se livrer à des conjectures.

Pourquoi Trump a-t-il reculé il y a une semaine ?

D’abord, un retour en arrière s’impose. Dans la nuit du 14 au 15 janvier 2026, tout indiquait que l’offensive était imminente. Le ciel iranien était fermé, la plupart des ambassades occidentales (et d’autres) avaient exfiltré leur personnel non essentiel, et de nombreux militaires avaient été évacués de la base américaine d’al-Udeid, au Qatar.

Mais cette nuit-là, Donald Trump reculait. Il annonçait ensuite que l’Iran ayant renoncé à exécuter « 800 » opposants arrêtés lors des manifestations et les tueries ayant cessé, la frappe n’était plus à l’ordre du jour.

Ses alliés arabes dans la région, et surtout le Qatar, l’Arabie Saoudite et l’Egypte, avaient fait pression pour que le locataire de la Maison-Blanche renonce à l’option militaire par crainte de représailles.

En fait, les raisons de ce recul étaient tout autres. Ses alliés arabes dans la région, et surtout le Qatar, l’Arabie Saoudite et l’Egypte, avaient fait pression pour que le locataire de la Maison-Blanche renonce à l’option militaire par crainte de représailles. Israël faisait de même, expliquant ne pas être totalement prêt à faire face à une riposte iranienne qui – c’était annoncé depuis Téhéran – viserait entre autres l’Etat juif. Enfin, le Pentagone ne pouvait garantir que ces frappes auraient l’effet désiré.

Eradiquer le régime des Mollahs

Or cet « effet final recherché » (EFR) en langage militaire n’était rien de moins que l’éradication du régime par des frappes multiples portant tant sur les dirigeants du régime que sur les Gardiens de la Révolution et les centres de commandement, de contrôle de communication et de renseignement (C3R). Car l’oblitération pure et simple du régime est l’un des projets – à peine caché – de Donald Trump pour son deuxième mandat.

Mais au moment même où il annulait l’attaque, Donald Trump ordonnait que l’Abraham Lincoln fasse route de la Mer de Chine vers le Golfe, un voyage d’une dizaine de jours.

Le porte avion USS Abraham Lincoln est un véritable engin de guerre dont disposent les USA pour faire peur à ses adversaires. (SAMANTHA SIN / AFP)

Une bête de guerre et un renforcement militaire sans précédent

Le porte avion – une bête de guerre transportant plus de 5.500 hommes, des dizaines d’appareils et escortée par un groupe naval comportant quatre destroyers, un ravitailleur et un sous-marin d’attaque – arrivera sur zone dans les prochaines heures. Mais cette armada ne constitue qu’un élément dans un déploiement militaire sans précédent.

Il s’agit, en effet, du dernier volet d’une montée en puissance des installations militaires américaines dans la région. En effet, ces derniers jours, plusieurs dizaines de chasseurs F-15, F-16 et F-35, des bombardiers B-2 Spirit (dont les missiles peuvent détruire des installations souterraines enterrées à plusieurs dizaines de mètres de profondeur), des avions ravitailleurs KC-135 Stratotanker et au moins un avion de commandement et de contrôle destiné à coordonner les opérations ont été positionnés, entre autres en Jordanie et les défenses anti-aériennes ont été renforcées autour des 19 bases américaines de la région tandis que des forces spéciales y étaient dépêchées.

Brouillard de guerre et « Stratégie du fou »

Washington dispose donc désormais de capacités lui permettant tout à la fois de mener des actions multiples et décisives en Iran mais également d’offrir la protection d’un parapluie (quasi) infranchissables à ses alliés pour limiter les dégâts des frappes de riposte de Téhéran.

Donald Trump s’est donc employé à répandre un « brouillard de guerre » (fog of war), un véritable rempart de mensonges, pour reprendre l’expression de Winston Churchill à propos du débarquement en Normandie.

Reste qu’il fallait également « endormir » les Iraniens en leur faisant croire que le chef de la Maison-Blanche était hésitant et préférait la négociation.

Donald Trump s’est donc employé à répandre un « brouillard de guerre » (fog of war), un véritable rempart de mensonges, pour reprendre l’expression de Winston Churchill à propos du débarquement en Normandie, qui empêche de se faire une idée précise sur ses intentions.

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, en visite au Groenland pour montrer la volonté de son pays de protéger son territroire autonome convoité par Donald Trump. (Mads Claus Rasmussen / Ritzau Scanpix / AFP).

Groenland ne serait-il qu’une diversion ?

Outre ses déclarations lénifiantes sur de possibles négociations, les gesticulations présidentielles sur le Groenland – qui se sont intensifiées ces derniers jours sans que le dossier ne revête pourtant aucun caractère d’urgence – feraient partie de ces manœuvres de diversion.

Donald Trump a la réputation d’être imprévisible mais également velléitaire et de changer fréquemment de pied. Téhéran peut donc penser qu’il est passé à autre chose et que l’Iran n’est plus une priorité pour lui.

Donald Trump a la réputation d’être imprévisible mais également velléitaire et de changer fréquemment de pied.

Bref, une fois de plus, un mélange d’ambiguïté stratégique (va-t-il attaquer ou pas ?) et de « stratégie du fou » (il est capable de tout), déjà utilisée par Richard Nixon et Henry Kissinger durant la guerre du Vietnam) propre à répandre incertitude et confusion.

Dès lors, de deux choses l’une. Soit Téhéran cède, met fin à la répression et accepte par ailleurs de réellement négocier son programme nucléaire (mais les deux options sont douteuses car elles condamneraient le régime à brève échéance), soit Donald Trump appuie sur le bouton.

Tout est en place, reste à décider. Et cette décision pourrait venir très vite.

Hugues Krasner

(Le président américain, Donald Trump n’aurait pas totalement renoncé à sa volonté de contribuer à la chute du régime des Mollahs en Iran. Photo : DEREK BLAIR / AFP).


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