Société

Quand les dirigeants du rail belge chargent pour rien les cheminots et méprisent leur souffrance


A un peu plus de 24 heures de la fin d’une grève de 5 jours visant à dénoncer différentes mesures prises par le gouvernement fédéral, la CEO de la SNCB, Sophie Dutordoir et son homologue d’Infrabel, Benoît Gilson ont fait une sortie concertée dans la presse pour fustiger la démarche du front commun syndical. Les deux dirigeants, dont les sorties dans les médias sont très rares, entendent manifester leur courroux contre un mouvement qui pénalise notamment les usagers du rail et qui en était, jeudi, à son 30ème jour de grève en l’espace de 12 mois.

Pour les patrons du rail, il est temps pour les cheminots d’arrêter de bloquer la circulation normale des trains. Au passage, ils les invitent à négocier un grand pacte social afin d’instaurer une paix sociale permettant d’affronter ensemble et sereinement l’ouverture du transport ferroviaire national à la concurrence en 2032.

La sortie des deux dirigeants interpelle, car elle donne à penser qu’ils s’attendaient à ce que les cheminots acceptent docilement, sans réagir aux réformes révolutionnaires que le gouvernement fédéral leur impose avec leur bénédiction.

La sortie des deux dirigeants interpelle, car elle donne à penser qu’ils s’attendaient à ce que les cheminots acceptent docilement, sans réagir, les réformes révolutionnaires que le gouvernement fédéral leur impose avec leur bénédiction : suppression du statut, contractualisation des engagements, allongement de l’âge de la pension à 67 ans pour tout le personnel cheminot alors que les conducteurs et les accompagnateurs de train pouvaient jusqu’à présent partir à la retraite à 55 ans s’ils affichent 30 ans de service au tableau de bord.

Les deux dirigeants des chemins de fer belges sont-ils à ce point naïfs de penser que les cheminots allaient facilement entériner le fait que c’est à leur demande que le ministre de tutelle a intégré deux réformes importantes ? Il s’agit de la modification du dialogue social en Commission paritaire nationale (CPN) et la création d’un comité d’escalation pour contourner le principe de la majorité des 2/3 requis au sein de l’organe sur différents points importants (statut du personnel, temps de repos, congés).

On peut aussi s’interroger sur la sortie des deux dirigeants syndicaux qui apparaît comme un manque d’empathie par rapport à la souffrance des cheminots.

Les deux dirigeants fustigent le mouvement des cheminots estimant que le protocole d’accord avait été signé avec le ministre de tutelle, Jean-Luc Crucke (Les Engagés). Ce faisant, ils mettent le doigt sur une erreur des responsables syndicaux qui avaient paraphé le protocole d’accord avant d’aller demander l’avis de la base, laquelle l’a évidemment rejeté. En agissant ainsi, ils discréditent les responsables syndicaux qui risquent d’être épinglés par leur base qui est en droit de leur reprocher cette méprise.

Il serait opportun de faire appel à un médiateur social pour relancer le dialogue social et remettre les parties sur de bons rails.

On peut aussi s’interroger sur la sortie des deux dirigeants syndicaux qui apparaît comme un manque d’empathie par rapport à la souffrance des cheminots. Ceux-ci dénoncent depuis des semaines, voire des mois, une dégradation de leurs conditions de travail entraînant des situations de burn-out et une multiplication des suicides. On n’a pas entendu les deux dirigeants apporter leur soutien aux cheminots en détresse, ni mettre sur la table des mesures qu’ils entendent prendre pour corriger le tir et instaurer un climat de travail sain.

Aujourd’hui, la situation est bloquée et un climat de méfiance s’est installé entre les travailleurs et leurs directions. Il serait opportun de faire appel à un médiateur social pour relancer le dialogue social et remettre les parties sur de bons rails.

(Des syndicalistes distribuent des tracts aux usagers de la gare de Bruxelles-Central, le premier jour d’une grève de cinq jours de la SNCB, en plein cœur de Bruxelles, le lundi 26 janvier 2026. Photo : Emile Windal/BELGA).


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