La ministre des Médias, Jacqueline Galant (MR), regrette la polémique que ses propos sur la RTBF ont déclenchée
LPost / Philippe BOURGUET Après avoir déclenché une vive polémique par ses propos critiquant durement la RTBF, Jacueline Galant a publié samedi une réaction sur les réseaux sociaux pour éteindre la controverse. Elle affirme « n’avoir jamais remis en cause ou entravé la liberté » du la chaîne audiovisuelle publique. Elle défend la procédure la procédure en cours visant à désigner un nouvel administrateur général pour diriger la RTBF. Elle défend toutefois le principe de la critique des médias. La question est de savoir si sa réaction suffira à clore le débat ou si celui-ci rebondira au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
La ministre francophone des Médias n’entend pas laisser durer la grosse polémique née de sa diatribe contre la RTBF. Jacqueline Galant (MR) a publié samedi 31 janvier 2026 sur les réseaux sociaux une réaction détaillée pour tenter d’éteindre la controverse. « Je regrette la polémique suscitée par la publication d’une vidéo enregistrée dans le cadre d’un débat avec des militants », a entamé la ministre Galant.
Diatribe de Galant contre la RTBF et Milquet
Pour rappel, lors d’un débat organisé le 13 janvier 2026 à Walhain, elle a décoché de sérieuses au média audiovisuel public, en présence de son président de parti, Georges-Louis Bouchez.
« (…). Par rapport à l’indépendance éditoriale, moi en tant que ministre, je ne peux pas intervenir par rapport aux émissions, même si je n’en pense pas moins sur beaucoup de sujets, mais je dois rester au-dessus de la mêlée comme ministre. (…). La bonne nouvelle, c’est que le patron de la RTBF va changer cette année et le directeur de l’info aussi. Et donc, on espère, évidemment, qu’avec ces deux changements, on pourra apporter une ligne un peu différente, qui ira de l’autre côté de l’échiquier politique », avait répondu Jacqueline Galant à une question d’un participant à la conférence.
La bonne nouvelle, c’est que le patron de la RTBF va changer cette année et le directeur de l’info aussi.
Elle avait aussi raillé la présidente du conseil d’administration de la RTBF, Joëlle Milquet. « Je peux vous dire, ce n’est pas facile tous les jours. Elle est plus à gauche que la gauche. Son meilleur ami, c’est Di Rupo (Elio Di Rupo, ancien président du PS, ndlr). Elle est en admiration devant Di Rupo et les socialistes. Dès qu’elle peut nous ennuyer, elle le fait. Elle a une faculté de séduction, elle essaye toujours d’embobiner les gens dans son sillage. Avec moi, ça ne marche pas trop », avait-t-elle poursuivi.
LPost / Philippe BOURGUET Pour la ministre-Présidente Elisabeth Degryse ( Les Engagés), une ministre des Médias ne devrait pas dire ça. (Photo Philippe BOURGUET/LPost.be).
Degryse rappelle Galant à l’ordre
Ses propos ont été dénoncés tous azimuts. A commencer d’abord par la ministre-Présidente, Elisabeth Degryse (Les Engagés) qui a taclé sèchement la ministre des Médias de son gouvernement. « Il est attendu d’une ministre des Médias qu’elle garantisse le respect de la liberté de la presse et son indépendance. A l’heure du recrutement d’un nouvel administrateur général et à l’aube du travail sur le nouveau contrat de gestion, la ministre-Présidente confirme qu’un média de service public se doit d’être impartial, indépendant et juste. C’est bien la ligne que le gouvernement entend défendre dans le respect de la liberté de la presse et éditoriale, des instances de gestion de la RTBF et de sa Présidente », avait rétorqué Elisabeth Degryse. avait rétorqué Elisabeth Degryse.
A aucun moment, je n’ai remis en cause ou entravé la liberté qui est celle de la RTBF. Ni en ON, ni en OFF, je n’ai un jour interféré dans le travail d’un journaliste du service public.
Pour éteindre la polémique Jacqueline Galant ne s’est pas contentée de regretter la polémique que la publication de la vidéo sur la chaîne YouTube du MR a déclenchée. Elle a voulu rassurer les uns et les autres sur ses intentions vis-à-vis de la RTBF. « Au cours de ces derniers mois, à aucun moment, je n’ai remis en cause ou entravé la liberté qui est celle de la RTBF. Ni en ON, ni en OFF, je n’ai un jour interféré dans le travail d’un journaliste du service public. Je ne l’ai jamais fait et je ne le ferai jamais. Car si j’estime que la critique de la presse est autorisée, la remise en cause de sa liberté ne l’est pas. J’ai d’ailleurs ouvertement défendu le rôle de notre média public à plusieurs reprises au Parlement et ailleurs », souligne-t-elle.
BELGA Pas de nouveau mandat de 6 ans pour l’administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot. (BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ).
Procédure objective pour remplacer Philippot
La ministre des Médias défend la procédure initiée pour trouver un successeur à l’administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot dont l’actuel mandat expire le 17 février 2026 et qui n’a pas voulu solliciter un cinquième bail de 6 ans. Sans oublier celle concernant le poste de directeur de l’information.
Les procédures encadrant les recrutements de l’administrateur général et du directeur de l’Information de la RTBF respectent en tout point les prescrits légaux et les procédures internes à la RTBF.
« Il me paraît opportun de rappeler, (…), que les procédures encadrant les recrutements de l’administrateur général et du directeur de l’Information de la RTBF respectent et respecteront en tout point les prescrits légaux et les procédures internes à la RTBF. Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, par les choix qu’il a posés depuis son entrée en fonction, a prouvé son impartialité dans les nominations des top managers de son administration », a conclu Jacqueline Galant.
Ecolo veut retirer la compétence des Médias à Galant
Outre la ministre-Présidente Degryse, la chaîne audiovisuelle publique et la Société des journalistes avaient aussi réagi. « Nous acceptons les critiques et le débat public mais nous refusons toute forme d’ingérence. Nous condamnons toute déclaration qui porte atteinte à l’indépendance éditoriale du média public, que ce soit au niveau de sa structure, de ses missions, de ses valeurs et de son personnel. En particulier, les attaques qui affectent la sérénité du processus de renouvellement de certaines fonctions de direction. Nous serons particulièrement vigilants à la transparence et à l’indépendance de ces procédures », ont indiqué la RTBF et la SDJ dans un communiqué commun.
Cette prise de parole relève d’une stratégie d’intimidation visant à affaiblir l’indépendance journalistique, une dérive indigne d’un État de droit.
Les partis de l’opposition (Ecolo, PS) ont aussi dénoncé les propos de la ministre Galant. « Cette prise de parole relève d’une stratégie d’intimidation visant à affaiblir l’indépendance journalistique, une dérive indigne d’un État de droit. Une telle pression, inacceptable, pèse inévitablement sur les rédactions et entrave la liberté d’informer », a critiqué Ecolo. Les Verts ont deux demandé, dans la foulée, deux choses : la convocation immédiate d’une commission conjointe Médias/Affaires générales afin que la ministre clarifie ses propos et le retrait de la compétence des Médias à Jacqueline Galant pour la confier à Elisabeth Degruse.
Il y a certainement peu de chances que la dernière exigence soit acceptée par la majorité. Pour la première, on verra…
Ph. Law.
