FRANCE : GRAND JEU DES ALLIANCES POUR LE DEUXIEME TOUR DES MUNICIPALES

Alliances et rapports de force dans les grandes villes françaises pour les municipales 2026 : Dati fusionne sa liste avec celle de Bournazel à Paris


Au lendemain du premier tour des élections municipales du 15 mars, les négociations entre listes se sont accélérées dans les grandes villes françaises ce lundi. Les résultats ont dessiné un paysage politique éclaté qui rend les alliances déterminantes avant le second tour de dimanche prochain, 22 mars. Dans plusieurs grandes villes, lissue dépendra moins du score du premier tour que de la capacité des candidats à rassembler leurs camps respectifs ou à attirer des partenaires. Les appels sont lancés… mais la date butoir c’est demain mardi 18h. Les socialistes se sont déjà alliés à La France insoumise dans plusieurs villes (Toulouse, Limoges, Avignon, etc.).

La bataille de Paris concentre une grande partie de l’attention. Le candidat socialiste, Emmanuel Grégoire, est arrivé en tête du premier tour avec 37% des voix, devant la candidate de droite, Rachida Dati, qui a récolté environ 25%. Dati qui, pour le moment, perd Paris … et son pari.

Paris au cœur des stratégies politiques

Plusieurs autres listes ont franchi le seuil permettant de se maintenir au second tour (10%), notamment celles de Sophia Chikirou pour La France insoumise (LFI), et de Pierre-Yves Bournazel pour le centre ainsi que celle de Sarah Knafo pour Reconquête.

Mais quelles sont alors les différentes voix possibles ?

Cette configuration ouvre la voie à un second tour potentiellement très éclaté. La stratégie de Rachida Dati consiste d’abord à tenter une alliance avec le centriste Pierre-Yves Bournazel afin de constituer un bloc de droite et du centre capable de rivaliser avec la gauche.

La question d’une alliance avec Sarah Knafo reste plus sensible. La candidate de Reconquête a appelé à une union de la droite, mais Rachida Dati privilégie pour l’instant un rapprochement avec le centre afin de conserver un électorat modéré. « La division nous affaiblit, le 2ème tour sera le choix décisif…. J’appelle ceux qui ne veulent pas que Paris s’enfonce dans la fuite en avant à se rassembler le plus largement possible avec comme exigence : le rassemblement et la mobilisation », a martelé l’ancienne ministre de la Culture de Macron.

La division nous affaiblit, le 2ème tour sera le choix décisif…. J’appelle ceux qui ne veulent pas que Paris s’enfonce dans la fuite en avant à se rassembler le plus largement possible avec comme exigence : le rassemblement et la mobilisation.

Lundi, dans la soirée, Pierre-Yves Bournazel a annoncé la fusion de sa liste avec celle de Rachida Dati et se retire de la course. « Nous allons travailler avec Pierre-Yves Bournazel à un projet d’alternance. C’est la vie des Parisiennes et des Parisiens pendant les 6 prochaines années qui est en jeu. Nous devons réussir l’alternance ! », avait indiqué lundi Rachida Dati, maire réélue du VIIe arrondissement.

Des observateurs parlent de Knafo en trouble-fête avec une bonne remontada, mais qui pourrait effrayer, en cas d’alliance, les électeurs centristes et les faire retomber en « dégringolada ». Une autre analyse est le fait que Rachida Dati aurait dû se séparer plus tôt de la macronie en n’acceptant aucun ministère et se concentrer sur les municipales.

Benoît Payan, maire sortant de Marseille et candidat de la coalition de gauche « Printemps Marseillais » à sa réélection, s’exprime après l’annonce des résultats du premier tour des élections municipales françaises de 2026 à Marseille, dans le sud de la France, le 15 mars 2026. (Thibaud MORITZ / AFP).

Marseille un duel serré entre gauche et RN

À Marseille la bataille apparaît particulièrement ouverte. Le maire sortant, Benoît Payan, soutenu par la gauche municipale, arrive légèrement en tête avec environ 37% des voix. Il est suivi de près par le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio (35%). La droite classique menée par Martine Vassal et une liste de La France insoumise (LFI) sont également qualifiées pour le second tour.

Le maire sortant, Benoît Payan, soutenu par la gauche municipale, arrive légèrement en tête avec environ 37% des voix.

Cette situation pourrait conduire à une quadrangulaire. Dans ce contexte la stratégie des alliances sera décisive également. La gauche cherche à se rassembler autour du maire sortant afin de barrer la route au RN tandis que la droite hésite entre maintien ou rapprochement avec d’autres listes. Mais Benoît Payan a fermé la porte à toute alliance avec LFI. Le Rassemblement national espère profiter de ces divisions pour remporter la deuxième ville de France.

Lyon une bataille entre écologistes et droite

À Lyon, le maire écologiste sortant, Grégory Doucet, se retrouve dans un duel serré avec Jean-Michel Aulas, soutenu par la droite et le centre. La candidate de La France insoumise s’est également qualifiée pour le second tour.

Le rassemblement autour de Grégory Doucet s’élargit. En responsabilité, les listes de La France insoumise ont, comme ailleurs, rejoint cette dynamique. 

Mais une alliance de gauche vient de se constituer autour du maire sortant, renforçant ses chances de reconduction. « Le rassemblement autour de Grégory Doucet s’élargit. En responsabilité, les listes de La France insoumise ont, comme ailleurs, rejoint cette dynamique », écrit la liste de l’Union de la gauche et des écologistes dans un communiqué.

A Lille, une gauche fragmentée

La situation est également incertaine à Lille. Le socialiste Arnaud Deslandes arrive en tête, mais est talonné par la candidate de La France insoumise, Lahouaria Addouche. Les écologistes sont eux aussi en position de se maintenir au second tour. Leur candidat, Stéphane Baly, est très convoitée par les deux premiers arrivés du premier tour.

Sans accord, la dispersion des voix pourrait ouvrir un espace à la droite dans une ville longtemps dominée par les socialistes.

Toulouse et Nantes : des positions solides pour les sortants

A Toulouse, le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, arrive largement en tête et aborde le second tour en position favorable face aux candidats de gauche. Mais dans la quatrième ville de France,  les candidats de gauche (LFI, PS et Ecologistes) ont annoncé lundi 16 mars une liste commune après des heures de négociations. En additionnant les scores respectifs de l’insoumis François Piquemal (27,5%) et du socialiste François Briançon (25%), ces derniers peuvent mathématiquement le maire divers droite sortant Jean-Luc Moudenc (37%), car ils ont 10 points d’avance.

À Nantes, la maire socialiste, Johanna Rolland, domine également le premier tour (35,24%) et elle a annoncé avoir conclu un accord de fusion avec LFI. La liste insoumise menée par William Aucant a recueilli 11,2% au premier tour. Reste à voir cette alliance de gauche suffira pour battre Foulques Chombart de Lauwe (LR et majorité présidentielle) qui est sorti avec 33,77% au premier tour.

Eric Ciotti (à gauche sur la photo), veut ravir la mairie de Nice à Christian Estrosi (à droite sur la photoà. (Valery HACHE / AFP).

Dans le sud de la France, le Rassemblement national confirme sa progression.

Dans le sud de la France, le Rassemblement national confirme sa progression. A Toulon, la candidate RN, Laure Lavalette, arrive largement en tête avec plus de 40% des voix. A Nice, une alliance entre la droite dure et les soutiens d’Eric Ciotti domine également le premier tour. Ces résultats montrent que le RN reste particulièrement puissant dans l’arc méditerranéen et espère transformer cette dynamique en conquêtes municipales.

A Besançon, la maire écologiste sortante qui a été largement devancée par le candidat LR, Dimanche, a annoncé le ralliement de LFI à sa liste afin de « battre la droite » au second tour. Anne Vignot (33,37% des voix au premier tour) fait donc cause commune avec la candidate LFI Séverine Véziès (10,90%) pour barrer la route à Ludovic Fagaut (40,13%), soutenu par Laurent Croizier (MoDem).

Une fusion LFI-PS est également actée à Limoges où Thierry Miguel (PS-PCF-Place publique, 16,92% au premier tour) va unir sa liste avec celle du député LFI, Damien Maudet (24,86%).

A Brest, le maire PS sortant, François Cuillandre (23,8%), devancé après le premier tour  par Stéphane Roudaut (30,24%, NDLR), s’allie avec La France insoumise (LFI) pour le second tour.

Johanna Rolland, maire sortante de Nantes et candidate d’une large coalition de gauche à sa réélection, membre du Parti socialiste (PS), vote au premier tour des élections municipales françaises de 2026 à Nantes, dans l’ouest de la France, le 15 mars 2026. (Loic VENANCE / AFP).

Un scrutin révélateur des équilibres politiques

À l’échelle nationale, deux tendances semblent se dessiner après ce premier tour. Le Parti socialiste conserve ou renforce ses positions dans plusieurs grandes villes comme Paris, Nantes ou Montpellier ou Lille, ce qui laisse entrevoir une certaine remontée après les difficultés des dernières années.

Entre recomposition de la gauche, rapprochements entre droite et centre, et progression du RN dans le Sud, ces municipales pourraient constituer un baromètre important des forces politiques à un an de la présidentielle de 2027.

Mais cette dynamique reste fragile en raison des divisions persistantes avec La France insoumise et les écologistes.
De son côté, le RN confirme sa capacité à s’imposer dans plusieurs villes du Sud et à rivaliser dans certaines grandes agglomérations comme Marseille.

Le second tour devrait donc être largement déterminé par les alliances. Entre recomposition de la gauche, rapprochements entre droite et centre, et progression du RN dans le Sud, ces municipales pourraient constituer un baromètre important des forces politiques à un an de la présidentielle de 2027.

Yannick Ferruzca (à Paris)

(A PAris, Rachida Dati/à gauche sur la photo, fusionne sa liste avec celle de Pierre-Yves Bournazel/à droite afin de constituer un bloc de droite et du centre capable de rivaliser avec la gauche. Crédit : AFP)




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