Municipales françaises : rapports de force contrastés et appels aux alliances avant mardi.
Le premier tour des élections municipales qui s’est déroulé dimanche 15 mars a livré des résultats avec des surprises. Le RN arrive en tête dans plusieurs grandes villes, et LFI fait de même à Lille. A Paris, Rachida Dati n’obtient pas le score escompté et rate son pari. Pour le deuxième tour, voici les règles : une liste qui obtient moins de 5 % des voix est éliminée et ne peut pas participer au second tour. Les listes ayant obtenu entre 5% et 10% peuvent fusionner avec une liste qualifiée, tandis que celles qui dépassent 10% des suffrages peuvent se maintenir au second tour. Ce système rend les alliances entre les deux tours particulièrement décisives, car elles peuvent profondément modifier les rapports de force observés au premier tour. Les résultats de ce dimanche soir peuvent être modifiés mardi à 18h si certaines alliances font perdre un protagoniste vainqueur.
Au niveau national, les premières réactions politiques n’ont pas tardé. Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, a pris la parole rapidement pour donner le ton de l’entre-deux-tours. Il a appelé les électeurs du RN à « confirmer dans les urnes, dans une semaine, le choix du changement », estimant que ces résultats montrent une dynamique favorable à son camp.
Le changement n’attend pas 2027, il commence dès dimanche prochain.
Il a également affirmé tendre la main aux listes de droite « sincères ». Un discours qui semble renverser les stigmates du cordon sanitaire qu’il veut imposer à gauche. Dans plusieurs villes du sud, le RN confirme en effet son implantation locale. Pour Jordan Bardella, « le changement n’attend pas 2027, il commence dès dimanche prochain ».
Victoire du RN
À Perpignan, le maire sortant, Louis Aliot, reste solidement installé à la tête de la ville, confirmant l’ancrage du parti dans la plus grande commune actuellement dirigée par le RN. À Toulon, la députée RN, Laure Lavalette, arrive en tête avec environ 42% des voix. Sa victoire reste toutefois incertaine : une alliance entre plusieurs listes de droite issues des Républicains pourrait se former entre les deux tours pour tenter de lui barrer la route.
Dans le Pas-de-Calais, la ville de Hénin-Beaumont demeure un bastion du parti. Elle est dirigée depuis 2014 par le maire RN, Steeve Briois, proche de Marine Le Pen. À Nice, la droite radicale réalise également un score important. Éric Ciotti obtient environ 42,5% des voix avec son mouvement Union des droites pour la République. Derrière lui, la candidate Juliette Chesnay atteint 11%, ce qui lui permet également de se maintenir au second tour.

Laure Lavalette, candidate du Rassemblement National (RN), parti d’extrême droite, à la mairie de Toulon, pose devant une affiche de campagne à son QG après la publication des premiers résultats du premier tour des élections municipales de 2026 à Toulon. (Miguel MEDINA / AFP).
A gauche, des discussions pour faire barrage
Face à ces résultats, des responsables de gauche appellent déjà à discuter d’éventuelles alliances, mais pas tous. Le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, a ainsi indiqué qu’il fallait « ouvrir des discussions dans les villes où il existe un risque de victoire de la droite ou de l’extrême droite », afin de construire des majorités capables de l’empêcher.
L’eurodéputé Raphaël Glucksmann, leader de Place publique, a pour, sa part, affirmé qu’il refusait toute alliance avec La France insoumise (LFI), accusant le mouvement d’entretenir des positions qu’il juge problématiques.
Cette stratégie ne fait cependant pas l’unanimité à gauche. L’eurodéputé Raphaël Glucksmann, leader de Place publique, a pour, sa part, affirmé qu’il refusait toute alliance avec La France insoumise (LFI), accusant le mouvement d’entretenir des positions qu’il juge problématiques, notamment sur la question de l’antisémitisme tout en rappelant le jeu de mot à propos de la prononciation de son patronyme.
Des situations serrées dans le Nord
Dans le nord du pays, les résultats sont plus incertains.
A Lille, le maire socialiste Arnaud Deslandes arrive en tête avec environ 26% des voix, mais il est talonné de très près (25%) par une autre liste, ce qui annonce un second tour particulièrement serré dans la capitale des Flandres. A Roubaix, en revanche, LFI semble avoir remporté la mairie, confirmant l’ancrage à gauche de cette ville populaire du Nord.

Le maire sortant du Havre et candidat du parti Horizons (centre-droit) à sa réélection, Édouard Philippe, arrive pour s’exprimer après l’annonce des résultats du premier tour des élections municipales françaises de 2026 au Havre, dans le nord-est de la France, le 15 mars 2026. (Lou BENOIST / AFP).
Au centre et à droite, appel à l’ancrage local
Du côté du centre et de la droite modérée, certains élus ont également réagi aux résultats.
Edouard Philippe n’entend pas confier cette ville portuaire et touristique à quelqu’un qui ne la connaît pas.
Au Havre, l’ancien Premier ministre, Edouard Philippe, s’est déclaré soulagé par la dynamique de sa campagne, estimant qu’il fallait préserver l’identité de la ville. Il a notamment affirmé qu’il ne souhaitait pas « confier cette ville portuaire et touristique à quelqu’un qui ne la connaît pas », critiquant également le RN qu’il accuse de « faire plaisir à ses chefs parisiens » plutôt que de défendre les intérêts locaux.
Et à Paris alors ?
A Paris, une course ouverte et un second tour fragmenté. Dans la capitale, la succession d’Anne Hidalgo s’annonce particulièrement ouverte. La gauche arrive en tête avec la liste menée par Emmanuel Grégoire, loin devant la candidate de droite, Rachida Dati, qui recueille 25% des suffrages.
Derrière ce duel, plusieurs candidats franchissent également le seuil des 10%, ce qui leur permet de se maintenir au second tour. C’est le cas du centriste Pierre‑Yves Bournazel avec 14%, mais aussi de la candidate de Reconquête Sarah Knafo avec 11%, ainsi que de Sophia Chikirou (LFI), créditée de 11,5%.
Cette configuration pourrait conduire à un second tour très fragmenté, voire à une quadrangulaire. Théoriquement, des alliances pourraient se former pour tenter de battre la gauche. Toutefois, un rapprochement entre Rachida Dati et Sarah Knafo paraît peu probable en raison des divergences politiques entre la droite traditionnelle et le parti Reconquête.
Dans ce contexte, la division de la droite et du centre pourrait favoriser la liste arrivée en tête au premier tour, tandis que les négociations et les reports de voix seront déterminants dans la capitale.
Des seconds tours décisifs
Dans de nombreuses communes, les résultats du premier tour ne permettent pas encore de désigner un vainqueur clair. Les alliances entre les listes qualifiées, qu’elles soient à gauche ou à droite, devraient donc jouer un rôle central dans l’issue du scrutin.
Dans plusieurs villes, notamment Toulon ou Lille, les stratégies d’entre-deux-tours pourraient ainsi complètement rebattre les cartes et déterminer la future majorité municipale. Les alliances devront se faire avant mardi 18h , confirmer les reconductions au second tour qui se tiendra dimanche prochain.
Yannick Ferruzca (à Paris)
(A Paris, Rachida Dati rate son pari et laisse filer le candidat de la gauche, Emmanuel Grégoire en tête au premier tour des élections municipales de mars 2026. Crédit : AFP).
