CARTE BLANCHE

LCI ou la faillite morale en direct

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Le Réquisitoire. Il y a des moments où la colère doit être froide. Pas hurlée. Pas gesticulée. Froide. Précise. Chirurgicale. Parce que ce qui se passe sur certains plateaux français n’appelle plus à la polémique, il appelle au verdict.

Ce qu’on observe aujourd’hui sur LCI n’est pas un dérapage. Ce n’est pas un excès de zèle  intellectuel. Ce n’est pas même une erreur de jugement isolée. C’est le symptôme d’une pathologie morale installée, banalisée, présentée comme de la nuance alors qu’elle n’est que de la confusion et d’une confusion dangereuse.

Premier chef d’accusation : l’inversion des repères

Un Yakovlev disserte. Renaud Girard nuance. Une certaine de Bendern explique, la voix tremblante de vertu, qu’il serait inhumain de se réjouir de la neutralisation de responsables iraniens ciblés par Israël.

Inhumain. Le mot est posé sur la table comme une sentence morale définitive. Mais prenons ce mot au sérieux. Retournons-le.
Examinons-le. Si se réjouir de l’élimination de responsables d’un régime qui finance, arme et organise la terreur est inhumain alors que penser de Nuremberg ?

Fallait-il baisser les yeux quand fut lue la sentence contre Wilhelm Keitel ? Éprouver de la gêne à l’annonce de la pendaison de Joachim von Ribbentrop ?  Réserver nos larmes, par équité, pour les bourreaux autant que pour leurs victimes ? Si la réponse est oui, alors ce n’est plus de la morale qu’on défend. C’est son simulacre.

Deuxième chef d’accusation : le relativisme habillé en vertu

Ce qui rend cette posture particulièrement insidieuse, c’est sa forme. Elle ne se présente pas comme de la complaisance. Elle se présente comme de la hauteur.  Comme la marque d’une intelligence supérieure, capable de résister aux passions basses, aux réflexes tribaux, aux joies primitives de ceux qui osent encore distinguer le bien du mal.

Renaud Girard est un professionnel de cette posture. Chaque conflit devient complexe.  Chaque responsabilité devient partagée. Chaque victime a ses torts. Et chaque bourreau, ses circonstances atténuantes. C’est du journalisme à l’ancienne, dira-t-on. Non. C’est de la capitulation intellectuelle habillée en rigueur.

Il y a des situations où la nuance est une lâcheté. Où prétendre à l’équilibre, c’est choisir un camp, celui de l’inaction, celui de l’ambiguïté confortable, celui des gens bien qui ne se salissent jamais les mains parce qu’ils ont depuis longtemps cessé d’en avoir.

Troisième chef d’accusation : la haine intériorisée

Mais au fond, ce n’est pas seulement de la confusion. Ce n’est pas seulement de la paresse intellectuelle. Il y a quelque chose de plus profond. De plus grave. Derrière ces postures, il y a toujours les mêmes cibles implicites. Toujours les mêmes accusés par défaut.
Israël. Les États-Unis.  L’Occident agissant. On ne critique plus leurs actions au cas par cas. On délégitimise leur droit même à exister comme puissances capables de se défendre.  Et on appelle ça de l’humanisme.

Ce n’est pas de l’humanisme. C’est une forme de haine de soi,  intériorisée, sophistiquée, académiquement respectable. La haine de ceux qui agissent encore. La haine de ceux qui font des choix. La haine, au fond, de toute affirmation de soi dans un monde que ces gens-là voudraient voir fonctionner à coup de colloques et de tribunes dans Le Monde.

Une société ne perd pas d’abord sur les champs de bataille. Elle perd d’abord dans les têtes.  Elle perd quand ses intellectuels commencent à trouver indécent de vouloir survivre.

Le verdict

Alors nommons clairement ce que c’est. Ce n’est pas de la sensibilité. C’est de la faiblesse morale. Ce n’est pas de la complexité.  C’est de la capitulation. Ce n’est pas de l’humanisme. C’est une dégénérescence des repères. Éliminer les responsables opérationnels d’un régime terroriste, c’est protéger des innocents.  C’est la définition même de la légitime défense à l’échelle stratégique. Ce n’est pas réjouissant comme spectacle mais c’est juste.

Et la justice, parfois, mérite d’être reconnue pour ce qu’elle est. Ce qui est indécent, en revanche, c’est de demander aux victimes de la sobriété. C’est d’exiger la retenue de ceux qu’on protège mal.  C’est de faire la leçon depuis un plateau climatisé à des gens qui enterrent leurs morts.

LCI n’est pas une exception. LCI est un miroir. Et ce qu’on y voit n’est pas flatteur. Une défaite morale précède toujours les autres.

Toujours.

 

Aldo MUNGO
Armées & Défense,
Bruxelles, le 23 mars 2026

 

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