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Retour sur la carrière de l’ex-Premier ministre français, Lionel Jospin, décédé à 88 ans


Le socialiste avait arrêté brutalement sa carrière politique en avril 2002 après avoir son perdu l’élection présidentielle qui avait vu Jean-Marie Le Pen accéder au deuxième tour du scrutin. Premier ministre de la cohabitation entre 1997 et 2002, avec Jacques Chirac comme président, il était l’homme des 35 heures et avait constitué un gouvernement avec plus de 30% de femmes. Il avait succédé à François Mitterrand comme premier secrétaire du parti socialiste en 1981. Il a pourtant eu une ascension politique remarquable. Il est décédé dimanche 22 mars 2026.

Triste hasard du calendrier, l’ancien Premier ministre socialiste français, Lionel Jospin (88 ans), est décédé dimanche 22 mars, le jour du second tour des élections municipales qui ont vu la gauche s’imposer dans plusieurs grandes villes (Paris, Lyon, Marseille, etc.).

Chef d’un gouvernement de cohabitation avec Jacques Chirac (droite) de 1997 à 2002, il n’avait pas réussi à se qualifier pour le deuxième tour de l’élection présidentielle, l’obligeant à annoncer brutalement son retrait de la vie politique le 21 avril 2002. Il faut dire que c’était la première fois que l’extrême droite, incarnée par Jean-Marie Le Pen accédait au deuxième du scrutin présidentiel qui avait été remporté par Jacques Chirac.

Militant Trotskyste à ses débuts

Né à Meudon, le 17 juillet 1937, Lionel Jospin, était le fils de Robert Jospin. Son père était membre du SFIO, ancêtre du parti socialiste français. Il sera même candidat aux élections législatives de 1936. Lionel Jospin a donc été élevé dans un environnement socialiste. Probablement en réaction aux orientations politiques du père, il avait d’abord commencé à militer à l’extrême gauche en adhérant à l’Organisation communiste internationale, présentée comme un groupe trotskyste lambertiste.

Lionel Jospin a donc été élevé dans un environnement socialiste.

Il s’inscrit à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et milite dans des organisations opposées à la guerre d’Algérie. Après une première tentative en 1960, sanctionnée par un échec, il réussit l’examen d’entrée à l’ENA en novembre 1961 où sont formés les hauts fonctionnaires de l’administration française. Mais il n’intégrera la haute école qu’en 1963 après son service militaire.

Le secrétaire national français Lionel Jospin (à droite) et le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), François Mitterrand (à gauche), assistent à une réunion sur les relations entre les socialistes et le tiers monde, le 14 février 1977 à Paris. (Archives AFP).

Lionel Jospin a commencé sa carrière professionnelle en tant qu’administrateur civil aux Affaires étrangères, mais il quittera la diplomatie en 1969 pour devenir, en 1970, professeur associé d’économie pendant plus de 10 ans à l’IUT (Institut universitaire de technologie) de Paris-XI à Sceaux.

Carrière politique remarquable

C’est en 1971 qu’il rejoint le PS et devient un proche de François Mitterrand. Il lui succédera en 1981 dans la fonction de premier secrétaire du parti lorsque celui-ci est élu pour la première fois, président de la République. Il assumera le mandat de patron des socialistes jusqu’en 1988. Il dirigera la même année la campagne présidentielle victorieuse de François Mitterrand et sera nommé ministre de l’Education nationale, de la Recherche et des Sports dans le gouvernement de Michel Rocard (de juin 1988 à mai 1991). Il restera dans le gouvernement d’Edith Cresson (de mai 1991 à avril 1992), toujours comme ministre de l’Education nationale.

Durant son ministère, il réussira à prendre des mesures de revalorisation des salaires des enseignants, mais devra affronter la mobilisation des lycéens contre la réforme universitaire.

Il se présente, pour la première fois, à l’élection présidentielle en 1995 et arrive en tête du premier tour avec 47,4% des voix, mais est battu au second tour par Jacques Chirac.

La ministre de l’Emploi et de la Solidarité, Martine Aubry, s’adresse aux députés lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale à Paris, le 14 octobre 1997, sous l’oeil du Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin. (Eric Feferberg / AFP).

Il se présente, pour la première fois, à l’élection présidentielle en 1995 et arrive en tête du premier tour avec 47,4% des voix, mais est battu au second tour par Jacques Chirac. La même année, il trouve refuge dans son parti où il est réélu premier secrétaire du PS.

Il prendra sa revanche deux ans plus tard quand Jacques Chirac, dissout l’Assemblée nationale, sonnant le glas de son Premier ministre de l’époque, Alain Juppé. La gauche remporte largement les législatives anticipées le 1er juin 1997 et Lionel Jospin entre à Matignon comme Premier ministre d’un gouvernement de coalition, soutenu par une majorité plurielle de gauche.

Un gouvernement avec plus de 30% de femmes

Son gouvernement était une révolution, car il avait fait la part belle aux femmes (plus de 30% de femmes) : Elisabeth Guigou, est nommée Garde des Sceaux et ministre de la Justice ; Catherine Trautmann se voit confier le ministère de la Culture et de la Communication (tout en assurant la fonction de porte-parole du gouvernement) ; Marie-George Buffet, obtient le portefeuille de ministre de la Jeunesse et des Sports ; Ségolène Royal devient ministre déléguée à la Famille, à l’Enfance et aux Personnes handicapées ; Dominique Voynet, celle de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement ; Martine Aubry est ministre de l’Emploi et de la Solidarité ; etc.

Son gouvernement était une révolution, car il avait fait la part belle aux femmes (plus de 30% de femmes).

Malgré des relations parfois tendues avec le président Chirac, Lionel Jospin procède à de grandes réformes : Emplois-jeunes, Pacs, primes pour l’emploi, congé de paternité, couverture maladie universelle (CMU), et surtout l’introduction des 35h, portées par Martine Aubry.

L’exPremier ministre français Lionel Jospin (à gauche) et l’ex-président français François Hollande (à droite) échangent quelques mots lors d’une réunion organisée à la Questure du Sénat, à Paris, le 17 juillet 2019, à l’occasion de la clôture de la session du groupe de sénateurs avant les vacances d’été. Le second avait nommé le premier à la présidence de la Commission sur la rénovation et la déontologie de la vie publique. (Thomas SAMSON / AFP).

Une sortie remarquée de la vie politique

Ces réformes l’ont toutefois desservi puisqu’il sera le symbole de la plus sérieuse débâcle à l’élection présidentielle de 2002 : le 21 avril 2002, il est éliminé à l’issue du premier tour et c’est le candidat de l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen qui s’est qualifié pour affronter Jacques Chirac. C’est celui-ci qui remportera le scrutin grâce au front républicain pour barrer la route à l’extrême droite.

Ces réformes l’ont toutefois desservi puisqu’il sera le symbole de la plus sérieuse débâcle à l’élection présidentielle de 2002.

Il annoncera dans la foulée son retrait de la vie politique et ne se représentera plus à aucune élection. En 2012, le président François Hollande le propulse à la présidence de la Commission sur la rénovation et la déontologie de la vie publique. Il est nommé au Conseil constitutionnel en 2015, mais quitte cet organe en 2019. Il sortira de sa retraite politique en 2024 pour soutenir le Nouveau front populaire (alliance de gauche : PS, Ecolo, etc.) après la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Emmanuel Macron.

Lionel Jospin était le père de deux enfants, Hugo et Eva (cette dernière est artiste plasticienne), nés d’une première union. Il était l’époux de la philosophe Sylviane Agacinksi depuis 1994.

Ph. Law.

(Le Premier ministre français Lionel Jospin (à gauche) couvre son micro pendant qu’il s’adresse au président français Jacques Chirac le 8 décembre 2000, lors d’une conférence de presse au sommet européen de Nice. Crédit : GEORGES GOBET / AFP).


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