Syria's President Ahmed al-Sharaa (L) is welcomed by Britain's Prime Minister Keir Starmer ahead of their meeting at 10 Downing Street in central London on March 31, 2026. JUSTIN TALLIS / POOL / AFP
Après Berlin, le president syrien, Ahmed al-Sharaa, a poursuivi, mardi 31 mars, à Londres une tournée européenne qui marque une étape décisive dans la tentative de réintégration diplomatique de la Syrie. Reçu à Downing Street par le Premier ministre britannique Keir Starmer, puis intervenant à Chatham House pour sa première apparition publique au Royaume-Uni, le nouvel homme fort de la Syrie a cherché à imposer une image de dirigeant stabilisateur, tourné vers la reconstruction et la coopération internationale. Le Royaume-Uni traite la Syrie comme un partenaire fonctionnel, utile sur certains dossiers, mais on est encore loin d’une normalisation politique complète.
Mais face à cette séquence soigneusement maîtrisée, l’Europe ne parle pas le même langage que Damas. Là où Londres et Berlin abordent la Syrie à travers la migration, la sécurité et la stabilité régionale, al-Sharaa cherche à transformer ce dialogue en une reconnaissance politique de son regime et en normalisation progressive.
Priorité sur les problèmes de migration
Le compte rendu officiel britannique fixe clairement les limites de cette ouverture. L’entretien avec le Premier ministre britannique, Keir Starmer, s’est concentré sur des enjeux concrets et immédiats, notamment la désescalade régionale, la sécurité maritime et la lutte contre l’organisation Etat islamique. Mais le cœur politique de la discussion a porté sur la migration.
Londres a insisté sur la nécessité d’une coopération accrue concernant les retours de ressortissants syriens, le contrôle des frontières et la lutte contre les réseaux de passeurs.
Londres a insisté sur la nécessité d’une coopération accrue concernant les retours de ressortissants syriens, le contrôle des frontières et la lutte contre les réseaux de passeurs. La reconstruction économique a également été évoquée, en particulier les opportunités d’affaires pour les entreprises britanniques dans un pays en phase de relance.
Ce qui frappe, en revanche, c’est ce qui n’est pas dit. Ni l’Iran, ni le Hezbollah, ni la présence militaire russe ne figurent dans le compte rendu officiel. Cette absence traduit une stratégie claire : engager un dialogue avec Damas sans s’exposer sur les dossiers les plus sensibles.
Le Royaume-Uni traite ainsi la Syrie comme un partenaire fonctionnel, utile sur certains dossiers, mais on est encore loin d’une normalisation politique complète.
Message adressé aux capitales européennes
Quelques heures plus tard, à Chatham House, Ahmed al-Sharaa a élargi son discours en s’adressant directement aux partenaires occidentaux. Il a insisté sur la nécessité d’éviter une nouvelle escalade militaire dans la région, affirmant que la Syrie resterait en dehors des conflits tant qu’elle ne serait pas directement visée. Il a également mis en avant un projet de stabilisation interne, évoquant un calendrier politique comprenant la tenue prochaine d’une session parlementaire et, à terme, des élections à l’issue de la période de transition.
Le président syrien lors de la conférence de presse à Chatam House. D.R.
Le président syrien a évoqué la nécessité de relations équilibrées avec les grandes puissances occidentales, en citant explicitement la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni comme des acteurs clés pour l’avenir de la région.
Mais surtout, al-Sharaa a clairement positionné la Syrie dans un cadre européen plus large. Il a évoqué la nécessité de relations équilibrées avec les grandes puissances occidentales, en citant explicitement la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni comme des acteurs clés pour l’avenir de la région.
Ce passage est central. Il montre que Damas ne cherche pas seulement un dialogue bilatéral avec Londres, mais une réintégration dans l’espace diplomatique européen dans son ensemble.
Berlin-Londres : les réfugiés comme levier politique européen
La visite à Londres ne prend tout son sens qu’à la lumière de l’étape allemande. A Berlin, la question des réfugiés syriens a dominé les discussions, révélant les tensions politiques internes en Europe.
L’Allemagne accueille environ un million de Syriens, et le débat sur leur retour s’intensifie. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a évoqué la possibilité que jusqu’à 80% des Syriens présents en Allemagne puissent retourner dans leur pays dans les prochaines années, une déclaration qui a immédiatement suscité des critiques et illustré la sensibilité du sujet.
Ahmed al-Sharaa a insisté sur le fait que le retour des réfugiés syriens devait rester volontaire, sûr et digne.
Face à cette pression, Ahmed al-Sharaa a adopté une position plus mesurée. Il a insisté sur le fait que le retour des réfugiés syriens devait rester volontaire, sûr et digne, tout en reconnaissant qu’une grande partie des réfugiés avaient construit une nouvelle vie en Europe après plus d’une décennie de guerre.
Le chancelier allemand Friedrich Merz (à droite) et le président syrien Ahmed al-Charia tiennent une conférence de presse conjointe à l’issue de leurs entretiens à la chancellerie à Berlin, le 30 mars 2026. (John MACDOUGALL / AFP).
Dans le même temps, il essaie de transformer cette question en opportunité stratégique. Les Syriens installés en Europe sont présentés comme un atout pour la reconstruction du pays, en raison des compétences acquises à l’étranger. L’objectif n’est pas seulement d’encourager un retour, mais de mobiliser une diaspora devenue essentielle au redéploiement économique de la Syrie.
Cette approche met en lumière une tension fondamentale pour les Européens. Les réfugiés syriens sont à la fois un enjeu politique interne majeur et un levier potentiel pour la stabilisation de la Syrie.
Une normalisation encore sous conditions
La tournée européenne d’Ahmed al-Sharaa révèle un moment charnière. La Syrie n’est plus totalement isolée, et son président est désormais reçu dans les grandes capitales européennes. Mais cette ouverture reste étroitement encadrée.
Des manifestants brandissent le drapeau syrien et font un signe de ralliement lors d’une manifestation devant la gare centrale de Berlin, le 30 mars 2026. Le président syrien Ahmed al-Charia se rend en Allemagne le 30 mars 2026 pour des entretiens sur la guerre au Moyen-Orient, la reconstruction de son pays et les efforts de Berlin pour renvoyer les réfugiés syriens. (Tobias SCHWARZ / AFP).
L’Allemagne aborde la relation à travers la question migratoire et la reconstruction.
Le Royaume-Uni privilégie une coopération ciblée, centrée sur ses intérêts immédiats. L’Allemagne aborde la relation à travers la question migratoire et la reconstruction. Et plus largement, l’Europe avance avec prudence.
Le passé d’al-Sharaa, d’ancien commandant djihadiste et de rebelle syrien, ainsi que les incertitudes sur la transition politique syrienne continuent de peser sur la relation. Les promesses de stabilisation, d’institutions solides et d’ouverture économique devront être confirmées dans les faits.
La Syrie est donc bien de retour dans le jeu européen, mais dans un cadre encore fragile, conditionnel et profondément stratégique.
Alexander Seale (à Londres)
(Le président syrien Ahmed al-Charia (à gauche) est accueilli par le Premier ministre britannique Keir Starmer avant leur rencontre au 10 Downing Street, à Londres, le 31 mars 2026. JUSTIN TALLIS / POOL / AFP)
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