MOBILISATION DE SOUTIEN AU PEUPLE IRANIEN PARTOUT

À Londres, la diaspora iranienne tente de peser sur l’agenda européen


Londres — Plusieurs centaines de manifestants issus de la diaspora iranienne ont defile, samedi 17 janvier, dans le centre de la capitale britannique, de Trafalgar Square jusqu’à l’ambassade d’Iran, afin d’appeler le Royaume-Uni et les pays européens à durcir leur position face au régime iranien. La mobilisation s’inscrit dans une série de rassemblements organisés ces dernières semaines à Londres, en soutien à la contestation quasi généralisée en cours en Iran et pour dénoncer la répression exercée par les autorités. Des manifestations ont également eu lieu dans plusieurs grandes villes (Athènes, Berlin, Francfort, Lisbonne, Paris, Washington, etc.).

Drapeaux iraniens, pancartes et slogans rythmaient le cortège. Au-delà des revendications politiques, la manifestation visait surtout à exprimer l’inquiétude profonde de nombreux participants pour leurs proches restés en Iran, dans un contexte marqué par la répression et les coupures récurrentes des moyens de communication.

Quand Internet est coupé, c’est le silence total, et nous ne savons pas s’ils sont en sécurité. Même lorsqu’on leur parle, ils ont peur de s’exprimer librement. Cette peur est devenue une réalité quotidienne.

« Ils vivent dans une peur permanente. Pouvoir contacter ses proches est devenu rare et incertain. Quand Internet est coupé, c’est le silence total, et nous ne savons pas s’ils sont en sécurité. Même lorsqu’on leur parle, ils ont peur de s’exprimer librement. Cette peur est devenue une réalité quotidienne », explique Marya, membre de la diaspora iranienne présente au rassemblement.

Londres, relais diplomatique pour une mobilisation en exil

Pour de nombreux Iraniens vivant à l’étranger, les manifestations organisées hors du pays constituent l’un des rares moyens de maintenir la question iranienne à l’agenda international. Londres, en tant que capitale diplomatique majeure, est perçue comme un point d’appui pour interpeller non seulement les autorités britanniques, mais aussi les gouvernements et institutions européennes.

Des Américains d’origine iranienne se rassemblent devant la Maison Blanche à Washington, le 16 janvier 2026, pour rendre hommage aux milliers de manifestants tués en Iran et appeler les dirigeants politiques à soutenir le peuple iranien. (SAUL LOEB / AFP).

le régime ne s’arrêtera pas de lui-même. On ne peut pas se contenter de condamnations verbales. La communauté internationale doit agir de manière coordonnée et exercer une pression réelle.

Hossein Rafipour, également présent à la marche, dit manifester pour « soutenir [son] peuple en Iran, soumis à une répression extrêmement violente ». Et de prévenir que « le régime ne s’arrêtera pas de lui-même. On ne peut pas se contenter de condamnations verbales. La communauté internationale doit agir de manière coordonnée et exercer une pression réelle ».

Installé au Royaume-Uni depuis plusieurs années, il évoque également son inquiétude pour ses proches. « Je n’ai pas pu communiquer avec ma famille pendant près d’une semaine. J’ai appris récemment qu’ils étaient en sécurité, mais j’ai de nombreux amis et anciens étudiants en Iran, et je n’ai aucune idée de leur situation actuelle ».

Demande d’actions concrètes

Si la cause iranienne suscite une empathie au Royaume-Uni, plusieurs manifestants interrogés déplorent l’absence d’actions concrètes à la hauteur de la situation. « Il existe une sympathie, mais souvent sans sentiment d’urgence. Beaucoup continuent de voir la situation iranienne comme une question lointaine ou strictement géopolitique, alors qu’il s’agit d’une crise humaine en cours », souligne Marya.

A Londres, la diaspora veut attirer des capitales européennes sur la situation en Iran. Photo : Alexander Seale).

La marche s’est déroulée dans un contexte marqué par des tensions survenues la veille, lorsqu’une intervention de la Metropolitan Police a eu lieu pendant un rassemblement devant l’ambassade iranienne.

Il existe une sympathie, mais souvent sans sentiment d’urgence. Beaucoup continuent de voir la situation iranienne comme une question lointaine ou strictement géopolitique, alors qu’il s’agit d’une crise humaine en cours.

Les autorités affirment être intervenues pour prévenir des troubles à l’ordre public, tandis que des participants dénoncent un usage disproportionné de la force. Les organisateurs insistent, de leur côté, sur le caractère pacifique des mobilisations, qu’ils présentent comme un prolongement symbolique des protestations menées en Iran, où toute contestation publique expose les participants à de lourdes sanctions.

Diversité politique et attentes européennes

Au sein du cortège, des symboles et références politiques variés témoignaient de la diversité des sensibilités présentes au sein de la diaspora iranienne mobilisée à Londres. Sans constituer un mot d’ordre unique, ces expressions traduisaient une même volonté de changement et une attente forte à l’égard des capitales occidentales.

Ce qui se passe en Iran n’est pas un événement isolé, mais une contestation profonde, portée par une population qui réclame un changement.

« Nous voulons que le monde voie le vrai visage du peuple iranien, distinct de l’image véhiculée par le régime. Ce qui se passe en Iran n’est pas un événement isolé, mais une contestation profonde, portée par une population qui réclame un changement », insiste Marya.

Au-delà du Royaume-Uni, ces mobilisations mettent en lumière les attentes de la diaspora iranienne à l’égard des gouvernements européens. En l’absence de relais politiques directs à l’intérieur du pays, les protestations en exil demeurent, pour de nombreux opposants iraniens, l’un des rares leviers pour tenter d’influencer les choix diplomatiques européens et maintenir la situation iranienne au centre de l’attention internationale. Outre Londres, d’autres manifestations ont eu lieu dans plusieurs grandes villes (Athènes, Berlin, Francfort, Lisbonne, Paris, Washington, etc.).

Alexander Seale (à Londres)

(Mobilisation de la diaspora iranienne à Londres. Photo : Alexander Seale).