OPINION

Affaire Dutroux : “Qu’on leur foute la paix !”

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Ma fille aînée à 27 ans. Elle avait deux ans lorsque l’affaire a éclaté. Ce 20 octobre, cela fera 25 ans que 300.000 personnes ont marché sous le signe du blanc dans les rues de Bruxelles. J’ai marché, moi aussi, symboliquement, aux côtés de nombreux jeunes parents portés que nous étions par une vague d’indignation légitime. Mais, cela fait 25 ans aussi que les familles des victimes demandent le respect de leur deuil et que les victimes survivantes implorent de la discrétion, échouées qu’elles sont de ce tsunami pédophile et tout à la fois rescapées de ce naufrage.

Et pourtant, le retour brutal des vagues médiatiques est cyclique. Sauf qu’en l’espèce, ce n’est pas la lune qui scande les marées. C’est la presse elle-même qui donne de la mer à boire. Entre ceux qui chassent l’exclu et ceux qui tentent pour la énième fois de rentrer en contact avec les survivantes de ce drame, c’est le ressac de l’impudeur qui vient briser tel une lame de fond les murs fragiles de la reconstruction. Qu’y a-t-il encore à aller chercher ? Comment peut-on continuer à se nourrir du pire pour faire sensation ?

C’est surtout oublier qu’avant d’être des victimes, ce sont des êtres humains et non des phénomènes de société.

Depuis les faits, les parents et les victimes ont toujours exprimé vouloir (sur)vivre dans une dignité à préserver, mais surtout en dehors des spot lights. Qui respecte cette demande ? L’actualité y va à coup de documentaires, de longs-métrages et de soirées spéciales en prime time. Qui pense aux premier(ère)s concerné(e)s ? Il faut vendre du macabre et être les premiers. C’est la loi de l’offre et surtout celle de la demande. Sur les réseaux sociaux, le forum est voyeuriste. On est bien loin des ballons blancs…

« Victime » est aujourd’hui l’un des mots les plus décliné dans toutes les langues par les agences de presse et les médias. Et pour cause, le concept est un atout majeur en termes d’audimat. En dommage collatéral, ces victimes deviennent, malgré elles et par la force des faits, des symboles sociaux sur lesquels viennent se greffer une foule de sentiments citoyens allant du meilleur du positif au pire du négatif, jusqu’à parfois les rendre coupables d’être dans une notoriété dont elles se seraient bien passées. N’est-ce pas là leur infliger injustement une double peine ? C’est surtout oublier qu’avant d’être des victimes, ce sont des êtres humains et non des phénomènes de société.

Entretemps, Dutroux s’abreuve de ces coups d’éclairages médiatiques et alimente sa psychopathie narcissique : Dutroux veut améliorer ses conditions de détention, Dutroux fait de la glisse au préau, Dutroux veut sortir, Dutroux est dépressif, des groupies écrivent à Dutroux et bien sûr, Dutroux fête, par ces multiples tribunes consacrées à l’affaire, les vingt-cinq ans de son arrestation.

Alors, marcher c’est bien, mais réfléchir c’est mieux.

Rappelons-nous juste de l’attitude d’exceptionnelle dignité des parents de Julie Lejeune, Melissa Russo, An Marchal et Eefje Lambrecks, comme celles de Laetitia Delhez et Sabine Dardenne, et de leur intransigeance aussi calme que résolue devant les manquements des institutions qui ont été chargées de l’enquête. Pour le surplus, le ballon d’oxygène que les premier(ère)s concerné(e)s demandent, c’est que face à l’atrocité des faits vécus, on leur foute enfin la paix !

 

 

 

 

 

 

 


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